Alerte à l’île du Diable
Rapport de Deniel, commandant supérieur des Iles-du-Salut, du 27 juin 1897 :
Le 6, à huit heures cinquante-cinq du soir (huit heures trente à l'Ile du Diable, qui n’a pas la même heure à cause du service du garde de nuit, ainsi que je l’ai fait connaitre par un rapport spécial), une fusée était lancée de l’île du Diable. Aperçue par moi dans la cour de mon logement, je courus au téléphone pour l’appel aux armes à l’île Royale, et pour ordonner les préparatifs pour les secours à apporter. Au même instant le surveillant principal Kerbros m'avisait qu'une forte goélette, ayant le cap sud-ouest, venait d'entrer dans le golfe formé par l'ile Joseph et l’île du Diable. Je lui ordonnai de tirer dessus à blanc (une salve de trois coups de fusil, le canon-revolver étant masqué par la palissade du déporté), et à balle, si elle continuait à avancer malgré l'avertissement. Mais, aux premiers coups de feu, une forte brise se levant en ce moment, elle vira de bord et mit le cap nord-ouest, c’est-à-dire qu'elle retourna du côté d’où elle venait, se mettant hors de portée de fusil.
Pendant ce temps, nos ordres ayant été ponctuellement exécutés à l’île Royale, je m'embarquais dans un canot, avec huit surveillants armés du fusil et du revolver. La chaloupe à vapeur, de son côté, allumait ses feux.
Arrivé à neuf heures vingt-cinq à l’île du Diable, une demi-heure après le lancement de la fusée, je trouvais le canon-revolver en batterie et les surveillants à leur poste de combat — quelques-uns en simple tricot, mais en armes.
Le déporté, qui s'était réveillé en sursaut et s'était dressé sur son lit aux coups de feu, s'était aussitôt étendu sur le dos et ne bougeait plus.
Le surveillant de garde croit avoir vu ses prunelles darder sur lui.
La goélette s'étant éloignée immédiatement, aucune mesure de rigueur n'avait été prise à son égard.
Après avoir désigné leur poste à chacun des surveillants de secours, je gravis le mamelon avec le surveillant principal afin de scruter l'horizon ; nous aperçcumes la goélette qui à nouveau avait fait demi-tour et se dirigeait, par bonre brise, à l’est, vers Cayenne.
Quoi qu'il en soit, cette alerte était nécessaire pour nous permettre de connaître sur quels éléments nous pouvions compter en cas de danger et nous rassurer sur l'exécution du service et de la consigne à l’île Royale et à l’île du Diable.
Le gouverneur de la Guyane, dans un rapport du 10 juin 1897, donna sur le bâtiment qui occasionna l'alerte, les renseignements suivants:
Il résulte de tous les renseignements recueillis que !a déposition du capitaine Nash (commandant de la goélette anglaise Nepouset, du port de la Barbade) est exacte et, dans ces conditions, l’incident qui s’est produit doit être attribué à un cas de force majeure et ne saurait révéler aucune manœuvre, aucune intention de tenter ni un coup de main ni un enlèvement.
(Rapport Decrais, RENNES: 1, 250, 251.)
40. — Picquart reçoit la lettre d'Henry du 51 mai. Il répond par la protestation suivante :
Personnelle.
Commandant Henry,
Reçu lettre du 31 mai.
Je proteste de la manière la plus formelle contre les insinuations qu’elle contient et la manière dont les faits y sont exposés.