Lettre de Scheurer-Kestner à Leblois
Thann, 16 août 1897.
Cher Monsieur,
Je comprends ce que vous m'écrivez, mais il est impossible à qui que ce soit de demander la revision, s’il n’a pas de faits nouveaux à faire valoir auprès du garde des Sceaux. Il n’y a pas, dans la France entière, un seul homme qui puisse espérer réussir dans une demande de revision, s’il n’a pas le moyen de se servir de ce que nous savons.
Il y a deux choses dans une demande de revision : la demande et l’accueil qui lui sera fait. Or, soyez sûr que si le bon Dieu lui-même se bornait à demander la revision, basée sur le déni de justice, sans vouloir confier au garde des Sceaux qu'il a les moyens de la forcer, le ministre et le Parlement feraient le nécessaire pour enterrer l'affaire, et, cette fois-ci, d'une manière définitive.
Et puis, je suppose la revision accueillie, comment et sur quoi la faire reposer ? Il faudra bien que moi, ayant demandé la revision, je fasse connaître les faits nouveaux. Il faudra donc, nécessairement, que, le jour où je demanderai la revision, je sois délié. Je vous répète qu'il faudra la forcer; donc il faudra que je sois délié.
Veuillez réfléchir à cela.
Je vous envoie mes cordialités,
A. SCHEURER-KESTNER
11 — Esterhazy est mis en non-activité pour infirmités temporaires. (Cass. ; Dossier disciplinaire Esterhazy, Rapport Kerdrain, I, 170). Esterhazy, à l'enquête