‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 47 sur 244 · CL · texte numérisé non relu

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NON Septembre 1897,

écrit régulièrement que l’on s'occupe de lui, et je laisse passer les lettres où rien n’est précisé. » :

J'essaye de faire comprendre à Lebon que, depuis trois ans, le malheureux doit étre blasé sur ces formules vagues ; que tout autre serait la portée d’une lettre qui préciserait, qui vous nommerait ; que, si Dreyfus meurt avant que vous ayez pu agir, lui, Lebon, assume une horrible responsabilité.

Il répond que son métier de geôlier le dégoûte, qu’il en a lui-même horreur, mais qu'il ne peut pas faire autrement que de me réitérer ce qu'il m’a dit. Il ne transmettra pas ma lettre. Il ajoute cependant que si vous, qui n'êtes pas Sémite, et qui êtes premier vice-président du Sénat, vous écrivez à Dreyfus, pour lui faire part de votre conviction, il soumettra votre lettre au Conseil des ministres, qui décidera, et qui prendra la responsabilité qu'il ne veut pas assumer, à lui tout seul.

J'observe que Lebon part pour le Sénégal, et que le prochain Conseil aura lieu fin septembre. C’est donc un refus déguisé, un nouvel atermoiement.

Je lui dis alors tout ce qu’on peut dire à un homme. Peine perdue. Il ne transmettra pas ma lettre, il soumettra éventuellement la vôtre au Conseil des ministres, il parlera à Méline de ma visite.

Et puis, il essaie de m'apitoyer sur le métier qu'il est condamné, lui, Lebon, à faire : « Songez, me dit-il textuellement, que, l’année dernière, quand on a fait courir le bruit de son évasion, j'ai dû le faire mettre aux fers pendant un mois, et cependant il n'avait rien fait! » lei, j'ai bondi : « Alors, parce que la Libre Parole a annoncé une fausse nouvelle, vous avez infligé à ce malheureux ce nouveau supplice immérité ! »

Il répond avec son beau calme : « Je l’ai dû : ah! mon métier me dégoûte ! » Puis, pour soulager sa conscience, il me dit qu'il ne croit pas à l’innocence de Dreyfus, qu'il a lu toutes ses lettres, et qu'elles ne l’ont pas ému, que c’est toujours la même chose, et dans les mêmes termes. — « Et que voulez-vous donc que ce soit ? » Réponse : « Oh! à sa place, je serais mort depuis longtemps. »

J'ai clos l'entretien — qui a duré une heure — en lui disant que je vous aviserais de son refus et de notre conversation. « Oui, parfaitement. Mais dites-lui que s’il écrit, lui, je soumettrai sa lettre au Conseil des ministres, qui décidera. Ah! quel métier ! »

Voilà.

Ci-inclus un extrait de la Patrie d'hier soir qui vous intéressera,

Je reste tout à vos ordres et je vous aime de plus en plus.

A vous de tout cœur,

JosEPH REINACH,

Voulez-vous, à tout événement, conserver la présente lettre ?

16. — Le contrôleur général de l’armée, Martinie, se rend, de la part du ministre de la guerre, chez M. Hadamard, beau-père de Dreyfus. Il interroge Hadamard sur les documents dont dispose Scheurer-Kestner pour établir l'innocence de Dreyfus et lui dit que le général Billot serait désireux de les connaître « pour s'orienter », — Hadamard et Maihieu Dreyfus ignorant comment s’est formée la conviction du vice-président du Sénat, ne peuvent répondre à ces questions.

— Les journaux de Paris reproduisent un entrefilet du Combat, de Cayenne, sur la triste situation physique et morale de Dreyfus. Dans la prévision de sa mort, on a envoyé de France tout un matériel d’embaumement.

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