‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 56 sur 244 · ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

ESPÉRANCE

Ne montrez jamais cette lettre à personne; elle est pour vous seul et pour vous sauver des grands dangers qui vous menacent.

(Cass. : Instr. Ravary, I, 107 ; Eng. Bertulus, II, 269-270.)

Esterhazy n’a jamais pu représenter l'enveloppe de cette lettre ; il l'aurait, ditil, brûlée par mégarde. (Cass. : Eng. Bertulus, IT, 228.) « J'ai tout lieu de croire, dit Esterhazy, que cette lettre m'avait été adressée du ministère ». (Les dessous de l'affaire Dreyfus.)

Le général Roget dit « qu’il s’est procuré la certitude » que cette lettre est de du Paty. (Cass. : 7, 102.) Du Paty proteste énergiquement contre cette accusation. (Cass. : I, 447.

La date de réception de cette lettre à donné lieu à de formelles contradictions. Esterhazy déclara d'abord qu'il l’avait reçue le 20 octobre, dans sa lettre au président de la République du 29 octobre 1897, à l'interrogatôire du général de Pellieux (Cass. : 1, 91), à l'instruction Bertulus où il dit même une fois le 21. (Cass. : ZI, 227, 257, 269-270, 275.) Mais, devant la Cour de cassation, il déclara lavoir reçue le 18 octobre, ajoutant : « On m'avait prescrit de dire le 20. » (Cass.: 1, 557.) Il a confirmé cette déclaration dans Les Dessous de l'affaire Dreyfus. Ce dernier témoignage est d’ailleurs corroboré par celui de Marguerite Pays, qui déclara que son amant lui avait parlé de cette lettre le jour de son arrivée à Paris, le 18 octobre. (Rapp. Barp, p. 69. — Cass. : dép. Pays, 1, 802 ; II, 240, 257, 275.)

Si la date du 20 a été adoptée par les adversaires de Dreyfus qui l'avaient indiquée à Esterhazy, c’est qu’elle permettait de déplacer de deux jours tous les

— Octobre 1897.

faits et mettait la visite d'Esterhazy à Schwartzkoppen du 23 octobre avant tous les conciliabules avec lEtat-Major, tandis qu’elle a effectivement eu lieu après. La date du 20 est d’ailleurs affirmée par Roget (Cass. : 7, 102-103) et Cuignet. (Cass. : 1, 346.)

A la réception de cette lettre Espérance, Esterhazy serait venu immédiatement à Paris. (Cass. : dép. Esterhazy, I, 577 ; dép. Pays, I, $02.) Dans sa première déposition devant Bertulus, Esterhazy a donné le 22 octobre comme date de son retour. (Cass. : 11, 277, cf. 258.)

19. — Boisdeffre envoie au général Leclerc l’ordre de faire continuer à Picquart sa mission « sans interruption ». L'ordre arrive le 23 à Tunis. (Cass.: dép. Picquart, 1, 197. — Rennes : d., 1, 461. — Cf. Cass. : dép. Gonse, 1, 254. — Cass. : eng. Bertulus, dép. Picquart, II, 210, 265.)

— Au ministère de la Guerre, Gonse, Henry, du Paty et Lauth se réunissent pour aviser aux moyens de prévenir Esterhazy, et « parmi ces moyens celui d’une lettre anonyme dont la rédaction a été modifiée deux fois. L’une de ces lettres était la copie presque textuelle d’une lettre anonyme écrite à l'adresse du ministère; l’autre était beaucoup plus brève et a été rédigée par le colonel Henry. Ces lettres doivent exister encore; elles n’ont pas été envoyées ». (Cass. : dép. du Paty, I, 445), Gonse dit avoir eu l’idée de ces lettres anonymes, mais que Billot en défendit l'envoi. (Cass. : Dossier du Paty de Clam. Observations du général Gonse, Il, 197 ; dép. Billot, I. 547, 558 ; dép. de Boisdeffre, I, 558.— Cf. Cass. : dép. Lauth, 1, 423-424.)

Henry charge Gribelin de remettre une lettre à Esterhazy. Gribelin se rend au cercle militaire, ne trouve pas le commandant, ne peut obtenir son adresse et rend compte de sa mission à Henry. Celui-ci l’envoie, affublé de lunettes bleues, chez Marguerite Pays, à 7 heures du soir. Esterhazy n’y est pas : Gribelin déclare qu'il reviendra dans la soirée, mais il ne retourne rue de Douai que le lendemain matin.

Esterhazy place cette visite à la date du 19 octobre. (Cass. : dép. Esterhazy, LI, 577-978; eng. Esterhazy, dép. Boisandré, IT, 181-182.)

Comme cela a été expliqué (voir plus haut 18 octobre 1897), la date de cette visite se trouve déplacée et reculée de deux jours dans diverses dépositions. Gribelin dit : le vendredi, c'est-à-dire le 22 octobre. (Cass. : 1,434.) — Cuignet, allant plus loin que Gribelin lui-même, qui cependant a fait la visite en question, explique que celui-ci, cédant à des scrupules et hésitant, ne se serait rendu rue de Douai, pour la première fois, que le lendemain du jour où cela lui fut ordonné, c’est-à-dire, d’après lui, le 23. (Cass. : I, 346-347.)

— Premier numéro du journal l’Aurore.

20. — Déclaration du capitaine Lebrun-Renault. Cet officier affirme que, le à janvier 1895, Dreyfus « lui a fait l’aveu suivant » :

Je suis innocent; dans trois ans mon innocence sera prouvée. Le ministre sait que si j'ai livré des documents sans importance, c'était pour en obtenir de sérieux des Allemands.

Cette déclaration est suivie de l’attestation suivante :

Le capitaine Lebrun-Renault, de la garde républicaine, a fait la déclaration ci-dessus en présence du général Gonse et du lieutenant-colonel Henry et l’a écrite de sa main.

Paris, 20 octobre 1897.

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