‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 58 sur 244 · Retour de Scheurer-Kestner à Paris · texte numérisé non relu

Retour de Scheurer-Kestner à Paris

— Un incendie se déclare vers six heures du matin dans les sous-sols de l'ambassade d'Allemagne à Paris, rue de Lille. Les pompiers ne se rendent maitres du feu qu'après deux heures et demie d'efforts. (Temps, daté du 23 octobre.)

Cet incendie donna lieu à une légende que Scheurer-Kestner note, dès le mois suivant, dans ses Mémoires inédits, et qui se développa en se répandant dans les milieux antirevisionnistes.

Dans un récit publié, le 2 janvier 1899, par le Soir, le commandant Myszkowski plaça lincendie en 1894 et raconta qu'Esterhazy, déguisé en pompier, avait pénétré dans le cabinet de Schwartzkoppen et défoncé, à l’aide d’un pic, son coffre-fort. Il y trouva le bordereau qu'il entreprit ensuite de calquer sur papier pelure. Ce calque n’était pas achevé, quand, sur une démarche de l’ambassadeur d'Allemagne auprès du Président de la République, Mercier dut restituer le document original :

« Le temps pressait, après avoir commencé son décalque à peu près conforme à l'original l’officier en fut réduit à terminer sa copie en écriture à peu près cursive. » C'est cette copie qui fut placée au dossier et soumise aux juges du Conseil de guerre.

.… [ y a de tout dans le bordereau : de l'écriture de Dreyfus correctement calquée, de l’écriture courante d’un officier, et, entre les deux, des caractères hésitants plus ou moins rapidement tracés, et qui tiennent, tantôt de Dreyfus, tantôt de l'officier.

Cf. le Siécle du 20 juillet 1899 et le Temps du même jour. Voir aux 8 et 17 juillet 1899,

— Marguerite Pays se rend chez l’architecte Autant et insiste pour le prompt transfert du bail de l'appartement qu'elle habite. Elle dit qu'Esterhazy est décidé

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21062 Octobre 1897,

à se suicider. (PR. Zora : dép. Autant, II, 157; dép. Stock, I, 175. — Cass.: Enq. Bertulus, dép. Autant, II, 229.)

D'après Autant (lettre à Stock), Esterhazy lui écrit : « Il faut que je disparaisse de suite, à toute force. »

22 ou 23. — Une lettre et une carte-télégramme « conçues dans la même manière que la lettre signée Espérance » sont envoyées à de Boisdeffre pour le mettre au courant de ce qui se prépare contre Esterhazy.

Roget pensa que ces avertissements étaient envoyés par du Paty. (Cass.: dép. Roget, I, 102.)

23. — Du Paty va prendre Esterhazy à sept heures du matin et l’'emmène au cimetière Montmartre. (Récit de cette entrevue : Cass.: dép. Esterhazy, 1, 579-580.) Là, du Paty se nomme et lui dicte cette demande d'audience au ministre :

J'ai l'honneur de vous rendre compte que je suis certain qu’un grand scandale auquel mon nom sera mêlé va éclater. Je viens vous demander de vouloir bien m'’accorder une audience ; dix minutes suffiront. Vous êtes le gardien de l'honneur de vos officiers. Permettez-moi, en toute confiance, de venir mettre le mien entre vos mains.

(Cass.: 11, 91. Eng. Pellieux, interrog. Esterhazy. — Rapr. Bar», 70.)

— Esterhazy, en civil, se rend à l'ambassade d'Allemagne et voit le colonel de Schwartzkoppen. Il lui dit qu'il est découvert et quelui-même (lattaché militaire) sera compromis par cette découverte. Ille supplie de se rendre chez madame Dreyfus et de iui déclarer que son mari est bien un traître. Schwartzkoppen s'y refuse, Esterhazy devient menaçant, tire un revolver, déclare qu'il va tuer son interlocuteur et se tuer ensuite. Ces faits ont été connus par les confidences de l'ambassadeur d'Italie, le comte Tornielli, au sénateur Trarieux, en mars 1898. (Cass.: dép. Desvernine, I, 731, 733 ; dép. Trarieux, I, 465-466, — PR. ZorA : Dép. Trarieux, ILI, 425-426.)

Les Droits de l'Homme, le 7 mai 1899 (à la date du 8), disent que cette visite a été organisée à l’instigation du bureau des renseignements, qui aurait fait connaître à Esterhazy les relations que Schwartzkoppen aurait eues avec une dame X... Esterhazy aurait menacé l’attaché militaire de révélations scandaleuses à ce sujet. Schwartzkoppen aurait averti cette dame de ce qui s'était passé, et plus tard celle-ci aurait tout raconté à Emile Zola.

Dans la soirée Esterhazy retrouve au Cercle militaire Gribelin, qui le mène à du Paty. Celui-ci lui dicte des notes sur ce qu'il doit dire à Billot. En rentrant rue de Douai, Esterhazy trouve à sa porte Henry qui le rassure, lui confirme les déclarations de du Paty et lui assure qu’on le protège en haut lieu. (Cass. : dép. Esterhazy, I, 579-580 ; cf. Eng. Esierhazy, dép. de Boisandré, IT, 181-182; dép. Cuignet, 1, 347.)

— Le 12 janvier 1899, au cours de sa première déposition devant la Chambre criminelle, du Paty dit avoir été convoqué, le 23 octobre, par Gonse et informé par ce dernier qu'une campagne était commencée depuis dix-huit mois dans le but de substituer Esterhazy à Dreyfus.

Le lendemain de cette déposition, du Paty déclare devant la même Chambre ne pouvoir préciser la date de .cette convocation. (Cass.: dép. du Paty de Clam, T1, 443-445 ; 447 ; cf. dép. Cuignet, I, 347.)

24. — Billot écrit à Scheurer-Kestner pour l’inviter à déjeuner, insistant pour que son invitation soit acceptée et ajoutant que, depuis le retour de Scheurer- Kestner, il est allé chez lui prendre de ses nouvelles.

— M. Hadamard reçoit la lettre anonyme de menaces, portant le cachet du bureau de poste de Lyon-Terreaux, déposée le 21 ou le 22, par Esterhazy, à l'agence postale privée Feret-Pochon. (Cass.: eng. Ravary, int. Esterhazy; I. 119.)

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