‹ Répertoire de l'affaire Dreyfus, 1894-1899 [microform]Chapitre 6 sur 244 · Second rapport, officiel cette fois, de Bertillon · texte numérisé non relu

Second rapport, officiel cette fois, de Bertillon

… La preuve est faite, péremptoire, vous savez quelle était ma conviction du premier jour, elle est maintenant absolue, complète, sans réserve aucune.

(Cass. : rapport d'Ormescheville, 11, 78 ; Cf. CASS MIN 65)

24. — Forzinetti écrit au ministre de la Guerre que l’état mental de Dreyfus l'inquiète.

Il est convoqué chez le général de Boisdetfre qui l'accompagne chez le ministre et lui demande ce qu’il pense de Dreyfus. Forzinetti répond : « Mon général, si vous ne me demandiez pas mon avis, Je me serais bien gardé de le formuler. Je crois que vous faites fausse route. Dreyfus est aussi innocent que moi, » (Cass. : dép. Forzinetti, 1, 319-320.)

28. — Lettre signée Henry, adressée à M. Papillaud, rédacteur à /a Libre Parole :

Mon cher ami,

Je vous l'avais bien dit : c’est le capitaine Dreyfus, celui qui habite 6, avenue du Trocadéro, qui à été arrêté le 15 (octobre) pour espionnage et qui est en prison au Cherche-Midi.

On dit qu'il est en voyage, mais c'est un mensonge, parce qu'on veut étouffer l'affaire. Tout Israël est en mouvement.

À vous.

ù À : L HENRY.

Faites compléter ma petite enquête au plus vite, (Cf. Cass. : dép. Lépine, IL, 11.) — Voir au 29 octobre. 29. — La Libre Paroie annonce, sous forme interrogative, une arrestation

importante pour espionnage :

Est-il vrai que récemment une arrestation fort importante ait été opérée par ordre de l'autorité militaire ?

L'individu arrêté serait accusé d'espionnage.

Si la nouvelle est vraie, pourquoi l’autorité militaire garde-t-elle un silence absolu ?

Une réponse s'impose.

— M. Papillaud, rédacteur à /a Libre Parole, et le commandant Biot, après s'être assurés de la disparition de Dreyfus par une enquête faite à son domicile, se rendent au ministère de la Guerre et communiquent au commandant Henry la lettre du 28 adressée à /« Libre Parole et signée du nom de l’ofticier. Henry se déclare étranger à la rédaction et à l’envoi de cette lettre qu’il taxe de faux et sur laquelle, dit-il, il va procéder à une enquête. (Fronde du 4 avril 1899. Lettre de Reinach au président Mazeau, du 5 avril 1899.)

— Lettre du colonel de Schwartzkoppen au ministre de la Guerre d'Allemagne (RENNES : /11, 558) :

J'ai l'honneur de transmettre ci-joint à M. le ministre de la Guerre les renseignements suivants, qui proviennent d’une bonne source :

4° Les tableaux d'effectifs réels de l’armée française;

90 Les manœuvres de forteresse de Paris;

30 Les manœuvres de forteresse de Toul.

J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien transmettre aussi ces documents au grand Etat-Major général.

Lette lettre, postérieure à l’arrestalion de Dreyfus, n'a été communiquée ni au

US Octobre 1894.

Conseil de guerre de 1894, ni à la Cour de cassation ; elle faisait seulement partie du dossier secret complémentaire apporté au Conseil de guerre de Rennes après le 4 septembre 1899.

— Rapport de l'expert Teyssonnières :

Avant d'entrer dans des constatations de ressemblance, nous ferons remarquer que l'écriture de la pièce n° 1 (le bordereau) présente des signes de déguisement dans lesquels le naturel reprend quand même le dessus.

Conclusions : Nous déclarons, sur notre honneur et conscience, que l'écriture de la pièce incriminée n° 1 (le bordereau) émane de la même main qui a tracé l'écriture des pièces de comparaison 2 à 30.

(Cass. : dép. Teyssonnières, 1, 503 et rapport d’'Ormescheville, 1, 79.)

— Rapport de l’expert Charavay :

En somme, la ressemblance l'emporte tellement sur la dissemblance, qu’il est raisonnable d'attribuer la pièce n° 1 à la main qui a tracé les pièces 2 à 30. Pour soutenir l'hypothèse contraire, il faudrait admettre une coïncidence extraordinaire de graphisme. Mais s’il existe, en effet, dans les écritures comme dans les physionomies, des sosies, on n’a chance d’en rencontrer que dans un ensemble considérable de documents émanés de nombreuses personnes et non dans un cercle restreint.

Conclusions : Etant données les constatations notées dans le présent rapport, je soussigné conclus que la pièce incriminée est de la même écriture que les pièces de comparaison 2 à 30.

Appelé en témoignage par la Cour de cassation, M. Charavay n’a pas maintenu les conclusions de scn expertise de 1894 (Cass. : 7, 501). IT a, au sujet de ce changement d'opinion, fait à un rédacteur du Temps les déclarations suivantes (Temps du 3 février 1899) :

En même temps qu'on nous soumettait le bordereau, on nous a montré plusieurs lettres émanant de divers auteurs, inconnus de nous, et qui pouvaient être, nous at-on dit, soupçonnés d’avoir écrit le bordereau à raison de leur situation.

Il y avait parmi ces lettres une missive de Dreyfus, et, comme il est indéniable que son écriture a certains points de ressemblance avec celle du bordereau, c’est sur elle que s'est arrêté notre choix. Par contre, il n’y avait pas de lettres d’Esterhazy, je l'affirme, car l'identité des deux écritures est telle que nous en aurions été frappés.

Le 23 avril 1899, M. Charavay a adressé à M. Gabriel Monod une lettre complétant sa déposition du 18 janvier :

.… Quoi qu’il en soit, j'ai répondu négativement à la demande posée par la Chambre criminelle : « Maintenez-vous vos conclusions de 1894? »

Ensuite j'ai cru devoir, pour l’acquit de ma conscience, vérifier l'impression produite sur mon esprit par la confrontation de l'écriture du bordereau avec celle des deux éléments de comparaison. Je me suis procuré deux lettres de l’ex-commandant Esterbazy et j'ai fait le travail de comparaison à l’aide d’une photographie du bordereau qui m'avait été donnée ofliciellement en 1894. De cette vérification il résulte :

1° Que le bordereau reproduit exactement le graphisme d’Esterhazy ;

2° Que les parties du bordereau qui, en 1894, avaient attiré les soupcons de l’autorité militaire sur Dreyfus et avaient impressionné les experts, ressemblent tout autant à l’écriture naturelle d’Esterhazy qu'à celle de Dreyfus;

3° Que les dissemblances constatées dans mon rapport entre l’écriture de Dreyfus et celle du bordereau sont précisément les analogies caractéristiques des écritures du bordereau et d’Esterhazy.

Dans ces conditions, j'estime que la confection graphique du bordereau ne peut plus être attribuée à l’ex-capitaine Alfred Dreyfus, mais doit être restituée à l’ex-commandant Esterhazy.

Cette déclaration complète et confirme ma déposition. J'éprouve d’autant moins d’embarras à la faire que j'ai conscience d’avoir toujours agi de bonne foi et que les circonstances exceptionnelles de l'expertise de 1894 expliquent suffisamment les raisons de ma conclusion première. Je n'ai, vous le savez, nulle prétention à l'infaillibilité, et je me suis toujours fait un devoir (mon rapport de 1894 en est la meilleure preuve) d'exposer les arguments pour et contre, afin de permettre aux juges de se prononcer en connaissance de cause. Est-il besoin de répéter qu’en aucun cas, l'expertise en écri= ture ne saurait constituer l’unique élément d’une condamnation, et qu’en droit comme en fait, elle n’a iamais été et ne sera jamais qu’un témoignage ?

Le ONE Octobre 1894.

La clôture de l'enquête et la publication des dépositions concernant la partie graphique de l’affaire me dégageant du silence qu'à tort où à raison je m'étais imposé en présence du déchaînement des passions contraires, je saisis cette occasion de libérer ma conscience et d’obéir, en vous faisant connaître mon opinion, aux sentiments de loyauté et d'impartialité qui ont été et seront toujours ma règle de conduite...

(Cass. : IT, 341. Pr. ZoLA : I, 474. RENNES : II, 460.)

— Rapport de l'expert Pelletier :

Le document en cause ne semble nullement déguisé: il a toute l'apparence d’une pièce écrite franchement et d'une façon normale; en d’autres termes, il doit représenter le graphisme usuel de son auteur.

Conclusions : Nous ne nous croyons pas autorisé à attribuer ni à l’une ni à l’autre des personnes soupconnées le document incriminé.

(Cass. : I, 500; 11, 64. Pr. Zora : 1, 477. RENNES : II, 470)

30. — Dernier interrogatoire de Dreyfus, par le commandant du Paty de Clam :

Nous avons fait amener devant nous le susnommé que nous avons interrogé ainsi qu'il suit :

D. — Vous avez demandé, dans votre dernier interrogatoire, à être entendu par M. le ministre de la Guerre pour lui proposer qu’on vous envoyät n’importe où, en vous tenant pendant un an sous la surveillance de la police, tandis qu’on protéderait à une enquête approfondie au ministère de la Guerre?

R. — Oui.

D. — Je vous montre le rapport d'expert qui déclare que la pièce incriminée est de votre main; qu'avez-vous à répondre ?

R. — Je vous déclare encore que je n’ai jamais écrit cette lettre.

D. — Le ministre est prêt à vous recevoir, si vous voulez entrer dans Ja voie des aveu.

R. — Je vous déclare encore que je suis innocent et que je n'ai rien à avouer. Il m'est impossible, entre les quatre murs d’une prison, de m'expliquer sur cette énigme épouvantable. Qu'on me mette avec le chef de la Sûreté, et toute ma fortune et ma vie seront employées à éclairer cette affaire.

En foi de quoi procès-verbal a été dressé.

31 octobre. — Rapport du commandant du Paty de Clam au ministre de la Guerre, sur les opérations de son enquête contre Dreyfus. Ce rapport ne formule

pas de conciusions :

En terminant, j'ai l'honneur, Monsieur le Ministre, de vous adresser le dossier de cette affaire, afin que vous jugiez quelle suite il convient de lui donner.

(Rapp. Bar, p. 23 à 28; Cass.: dép. du Paty, 1, 439 et Rapp. d'Ormescheville, IT, 74.)

— Note de l'Agence Havas :

Des présomptions sérieuses ont motivé l’arrestation provisoire d’un officier de l’armée française, soupçonné d’avoir communiqué à un étranger quelques documents peu importants, mais confidentiels. L'instruction se poursuit avec la discrétion que comportent les affaires de ce genre, et une solution pourra intervenir à très bref délai.

— L'Éclair, daté du 1% novembre, publie l’article suivant :

Plusieurs journaux ont publié une note de quelques lignes, pour demander s’il

n'avait pas été procédé à une importante arrestation pour crime de haute trahison,

arrestation tenue secrète.

Les faits sont malheureusement exacts et beaucoup plus graves que la question posée

ne le laisserait croire. | Un officier, non toutefois un officier supérieur, est en ce moment en prison au

Cherche-Midi. à j Il a commis le crime le plus abominable qu'un oflicier puisse commettre.

Il a, par vénalité, trahi sa patrie. | L'enquête, menée secrètement, est terminée, le dossier établi, la preuve faite maté-

riellement.

Cet officier, coupable de haute trahison, va dans peu de temps passer devant le Con-

seil de guerre séant à Paris.

Alors on aura la douleur de voir cette turpitude étalée au grand jour.

AIRES Octobre 1894.

Il faudra bien que le mystère dont on a voulu entourer cette pénible affaire s'éclaircisse.

… C’est M. Cochefert qui a procédé à l’arrestation du criminel. Celui-ci a nié d’abord, puis, accablé par l'évidence, il a fait des aveux.

… Parmi ceux qui, avec la tâche sacrée du relèvement des forces nationales, ont donné le plus pur de leur patriotisme, il s’est glissé un misérable; mais leur labeur reste entier, leur renom reste intact.

Le crime de cet homme ne flétrit que lui-même.

Et c’est pourquoi l’armée appelle une expiation qu'elle veut éclatante,

TER G) SN EE Novembre 1894.

4. — Les ministres se réunissent en Conseil de cabinet et décident, après examen du bordereau, l'ouverture d’une instruction. Réserves de M. Hanotaux, ministre des Affaires étrangères. (Cass. : dép. Charles Dupuy. I, 658 ; dép. Guérin, I, 290; dép. Poincaré, I, 292: dép. Hanotaux, 1, 642; dép. Mercier, 1, 4, 5. — Rennes : dép. Hanotaux, 1, 217.)

— Le colonel Panizzardi, attaché militaire italien, adresse au général Marselli, commandant en second l’État-Major italien, le rapport suivant :

L'arrestation du capitaine Dreyfus à produit, ainsi qu'il était facile de le supposer, une grande émotion.

Je m'empresse de vous assurer que cet individu n’a jamais rien eu à faire avec moi.

Les journaux d'aujourd'hui disent, en général, que Dreyfus avait des rapports avec l'Italie; trois seulement disent, d'autre pari, qu'il était aux gages de l’Allemagne. Aucun journal ne fait allusion aux attachés militaires. Mon collègue allemand n'en sait rien, de même que moi. |

J'ignore st Dreyfas avait des relations ave: le commandement de l'Etat-Major.

Le général Marselli répondit par télégramme au colonel Panizzardi que l'État- Major italien se {trouvait dans les mêmes conditions, ce corps et tous les services qui en relèvent n'ayant jamais eu de rapports directs ou indirects avec Dreyfus. (Cass. : dép. Paléologue, 1, 393, 395, 400 [texte du rapport); dép. Trarieuæ, I. 469, 471.) Cf. Rennes : dép. Roget, 279-281, et le démenti de Panizzardi, ibid., en note. — Voir au 17 août 1899.

— La Libre Parole, dans un numéro portant en manchette : Haute trahison. Arrestation de l'officier juif A. Dreyfus, annonce l'arrestation du capitaine Dreyfus.

La communication suivante, reçue la veille au soir, y était insérée :

L'officier français arrêté pour trahison est attaché à l’État-Major du ministère de la Guerre.

Il passe pour être en mission.

L'affaire sera étouffée parce que cet oflicier est juif.

Cherchez parmi les Dreyfus, les Mayer et les Lévy, vous trouverez.

Arrêté depuis quinze jours, il a fait des aveux complets, et on a la preuve absolue qu'il a vendu nos secrets à l’Allemagne.

Quoi qu'on dise, il est au Cherche-Midi, mais pas sous son nom: on veut le faire réfugier à Mulhouse où est sa famille.

2. — Le colonel Panizzardi envoie à ses chefs un télégramme chiffré relatif à l’arrestation de Dreyfus.

Ce télégramme fut traduit au ministère des Affaires étrangères, avec grandes difficultés, et la version suivante fut communiquée sousréserves, comme hypothétique et provisoire, au colonel Sandherr :

Si le capitaine Dreyfus n’a pas eu de relations avec vous, il conviendrait de charger l’ambassadeur de publier un démenti officiel (?) Notre émissaire est prévenu (?)

Vers le 41 novembre, la traduction exacte était définitivement établie au ministère des Affaires étrangères et communiquée comme seule authentique au colonel Sandherr :

LPrOQNE = Novembre 1894.

Elle était ainsi conçue :

Si le capitaine Dreyfus n’a pas eu de relations avec vous, il conviendrait de charger l'ambassadeur de publier un démenti officiel afin d'éviter les commentaires de la presse.

Le procès-verbal du 27 avril 1899 {voir à cette date), signé du général Chamoin et du commandant Cuignet, délégués de la Guerre, et de M. Paléologue, délégué des Affaires étrangères, établit l'exactitude de cette traduction.

Cependant cette version du 11 novembre 1894 fut remplacée dans les archives du ministère de la Guerre, par la fausse traduction suivante, accablante pour Dreyfus, et qui figure seule au dossier secret militaire sous le n° 44 :

Le capitaine Dreyfus est arrèté. Le ministre de la Guerre a la preuve de ses relations avec l'Allemagne. Toutes nos précautions sont prises.

(Cass. : dép. Paléoloque, I, 588, 389; IT, 15; dép. Mercier, 1, 545, 940 : dép. Billot, 1, 547; dép. Boisdeffre., 1, 556, 557 : dép. Gonse, I, 560-565 ; dép. Hanotaux, 1, 643, 644; dép. Chamein, 11, 13, 14: dep. Paléologue, T1, 45, 17. Discours de M. Delcassé à la Chambre des députés, le 12 mai 1899.)

— ()n lit dans la Libre Parole :

Il est avéré aujourd'hui que si l'arrestation du capitaine Dreyfus a été gardée secrète pendant près de quinze jours, c'est que ce misérable est juif.

… Dreyfus s’aboucha, il y a quelques mois, avec un officier italien qui lui livra des pièces sans importance contre une certaine somme d'argent.

De son côté, l'officier juif livra à cet espion italien ce qu’on appelle des « pièces d'amorçage » et se fit payer.

L'oflicier juif, « amorcé » lui-même, se laissa aller jusqu’à livrer les plans de mobilisation du 45° corps, série C, puis ceux des forts de Briançon et divers renseignements sur les points offensifs dans les Alpes.

Ce serait son premier crimes

Mais, engagé dans cette voie, Dreyfus ne s'arrêta plus.

Il aurait livré tous les plans, tous les documents, s’il lui avait été possible de les soustraire sans qu’on s’en aperçüt.

Contrainte de se tourner d'un autre côté, la rage de Dreyfus ne s'apaisa pas pour cela.

Ne pouvant plus livrer des plans, Dreyfus livra des noms.

La trahison se doubla de la plus ignoble lâcheté.

Le poste qu’occupait Dreyfus à l’Etat-Major lui permettait de connaître les noms des officiers qui sont envoyés, chaque année, en mission secrète à l'étranger par le ministère de la Guerre.

Le Petit Journal explique comment Dreyfus exploitait ce secret et comment son crime fut découvert :

« Les officiers envoyés en mission rendaient à la défense nationale des services dont on devine l'importance.

» A la suite des divulgations du capitaine Dreyfus, toutes sources de renseignements furent taries pour eux, toutes portes fermées.

» Ils eurent la conviction qu'un traître les avait vendus et que ce traître était un Français.

» Leurs rapports, envoyés au ministère de la Guerre, y produisirent une profonde impression.

» Des enquêtes furent ouvertes dans le plus grand secret.

» De nouveaux émissaires furent envoyés.

» On cacha les noms de ces dévoués serviteurs de la France au capitaine Dreyfus, et ceux-ci réussirent dans leur dangereuse entreprise.

» Les soupçons qui se portaient sur le traître, d’après les rapports de nos émissaires dont l’action avait été annihilée par les odieuses révélations faites à l’étranger, se contirmaient.

» Le ministre de la Guerre chargea alors M. Cochefert de se rendre en Italie, avec tout le secret possible, à l’effet d'entendre les explications verbales qui devaient amener la certitude de la culpabilité de Dreyfus.

» Le chef de la Sûreté revint avec des charges accablantes contre le capitaine Dreyfus. »

C’est alors que l'arrestation fut décidée.

— Du Paty de Clam adresse à Mathieu Dreyfus le petit bleu suivant :

Monsieur, L'affaire est renvoyée devant le 1er Conseil de guerre du gouvernement de Paris,

ERgORE. Novembre 1894.

dont le parquet est composé de M. le commandant Brisset et de M. le commandant d’'Ormescheville, Agréez, Monsieur, l'assurance de ma profonde sympathie et de mes sentiments distingués.

Signé) Commandant pu PATY DE CLAM.

3. — Le général Saussier, gouverneur de Paris, signe l'ordre d'informer contre Dreyfus. (Cass. : Rapp. d'Ormescheville, 11, 74.)

— Drumont écrit dans /a Libre Parole :

L'affaire du capitaine Dreyfus qui cause, même à l'étranger, une émotion si considérable, n’est qu'un épisode de l’histoire juive.

Judas a vendu le Dieu de miséricorde et d'amour.

Deutz a livré la femme héroïque qui s'était confiée à son honneur.

… Le capitaine Alfred Dreyfus à vendu à l’Allemagne les plans de la mobilisation el le nom des agents chargés du service d’information.

C’est la fatalité du type et la malédiction de la race.

3-6. — Violente campagne de /a Libre Parole et de l'Inlransigeant, appuyés par le Petit Journal et par l'Eclair, contre le général Mercier et contre le Gouvernement qu'ils accusent de vouloir étouffer l'affaire parce que « l'officier est juif ».

4. — Rapport de police (de l'agent Guénée) accusant le capitaine Dreyfus de jouer dans certains cercles de Paris. (Cass. : 11, 294.)

Le ministre de la Guerre demande, à cet égard, des renseignements au préfet de police qui établit par un rapport -« qu'il y avait eu confusion de noms et que Dreyfus était inconnu dans les grands cercles de jeu de Paris ». (Cass. : dép. Lépine, 11, 12; note de police du 9 novembre 189%, ibid., 349.)

Un second rapport n’en fut pas moins fourni par Guénée le 19 novembre, pour réfuter celui du préfet de police; de nouvelles allégations y étaient formulées contre Dreyfus. (Cass. : /1, 289.)

Interrogé par le juge Josse, le 18 janvier 1899, Guénée déclara que Dreyfus « fréquentait les tripots ». (Cass. : /. 72/.) Interrogé de plus près par le même magistrat, le 27 janvier, il se déroba. (Cass. : /, 726, 727.)

— Rochefort écrit dans l’Intransigeant :

Le traître Dreyfus n’a pas hésité à faire les plus complets aveux, sachant que les Allemands qui nous gouvernent sont résolus à lui appliquer une peine dérisoire, bientôt suivie d’une grâce complète.

Déjà Mercier, obligé d’avouer le crime qu'il tenait soigneusement caché, a fait déclarer par ses agences qu'il y avait contre un officier français, qu'il se gardait de nommer, « présomption » de vente de documents « peu importants » à une puissance étrangère.

L'incurie, la bêtise et la mauvaise foi de notre ministre de la Guerre faisant de celui-ci le quasi complice du traître, il est clair qu’il s'attachera à démontrer le peu d'importance des documents.

.… Le gouvernement qui, dans cette affaire comme dans toules les autres, va se fourrer du mensonge jusque-là, fait répandre le bruit que ce ne peut être l’appat du gain qui à fait agir le capitaine Dreyfus, attendu que celui-ci est riche et n’avait aucun besoin de recourir aux subsides de l’étranger.

Cette imposture est bien digne des flibustiers qui la mettent en circulation.

D'abord le capitaine Dreyfus n’est pas riche : il est joueur, ce qui n’est pas du tout la même chose, aucune fortune ne résistant à des pertes réitérées de deux ou trois mille francs par soirée.

En second lieu, si effectivement il est riche et que ce ne soit pas par cupidité qu’il ait livré à l’ennemi les secrets de notre défense nationale, ce serait donc par haine de la France et par le désir de la voir envahie de nouveau.

En ce cas, ce Dreyfus serait simplement un Allemand entré dans notre armée pour la désorganiser, et au ministère de la Guerre pour y pratiquer l’espionnage au profit de Guillaume II son empereur.

Mercier serait alors encore plus coupable et plus ignare que nous ne le supposions.

ee

TE

on Novembre 1894.

Page 1