PHILIPPE
— Aux obsèques du général de Jessé, Billot prononce les paroles suivantes :
Les chefs de l’armée et le ministre de la Guerre, dans le recueillement de cette imposante cérémonie, sont conduits à méditer sur les incidents douloureux et passagers qui peuvent émouvoir et attrister l’armée, sans parvenir jamais à troubler son calme et son dévouement silencieux au devoir, sans atteindre sa légitime fierté.
L'armée française est comme le soleil, dont les taches, loin d’assombrir sa lumière, donnent à ses rayons une plus éclatante splendeur.
— Les rédacteurs de la revue Humanitas, d'Helsingfors (Finlande), dans une dépêche au général Billot, protestent contre le retard apporté à la revision du procès de 1894.
— L'Écho de Paris écrit :
Le Gouvernement a été informé, hier soir même, grâce à quels subsides les « commis voyageurs en innocence » pouvaient en quelque sorte émotionner Paris.
— La Dépêche coloniule écrit :
Pendant que l’on discute passionnément en France sur l’affaire Dreyfus, le Gouvernement ne néglige pas d’assurer la garde du condamné de l'Ile du Diable. Le nombre ‘des surveillants du déporté, qui n’était jusqu’à ces derniers temps que de sept, vient d’être augmenté de six unités.
27. — Deuxième déposition de Picquart devant Pellieux (Cass.: eng. Bertulus, dép. Picquart, IL, 213).
— Le commissaire de police Aymard, saisit chez M"* de Boulancy un certain nombre de lettres d'Esterhazy.
— Lemercier-Picard fait tenir à Joseph Reinach le faux document Ofto.
— L'Éclair s'efforce de diminuer l'importance des lettres de Gonse à Picquart.
— L'Agence Havas communique aux journaux les dépêches suivantes, de Berlin et de Rome :
La Gazette de l'Allemagne du Nord se dit en mesure de déclarer absolument dénuée de fondement l’assertion d’un journal de Paris, d’après laquelle l’empereur d’Allemagne aurait, avant le prononcé de la sentence du conseil de guerre contre Dreyfus, écrit une lettre autographe au président d’alors de la République française et aurait,
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LA Eee Novembre 1897,
dans cette lettre, intercédé en faveur de l’accusé. L'empereur d'Allemagne n’a jamais écrit une lettre concernant cette affaire.
Comme quelques journaux français ont de nouveau mêlé le nom du major Panizzardi à l'affaire Dreyfus, l’Ecsercito dément une seconde fois que cet attaché militaire italien ait été mêlé d’une facon quelconque à cette affaire.
28. — Lettre (particulière) du comte Tornielli, ambassadeur d'Italie, à Hano-
taux, ministre des Affaires étrangères (Cass. : /, 398) : Mon cher Ministre,
Dans notre conversation d’hier, au sujet de la publication que M. le colonel Panizzardi se voyait dans la nécessité de faire pour déclarer fausses les phrases que l’on prétend avoir été écrites par lui et qui auraient désigné Dreyfus, soit par son nom, soit par une initiale, soit par un appellatif quelconque, je vous ai signalé un précédent dans lequel ce même officier a été invité par la justice militaire à donner son témoignage sous serment. J’ai consulté, en rentrant à l'ambassade, les pièces dans les archives et les souvenirs du colonel Panizzardi sur cette affaire. Voici comment les choses se sont passées:
(Suivent des détails sur l'affaire Chapus, instruite à Marseille en 1893, et sur les conditions dans lesquelles le colonel Panizzardi répondit aux questions posées par le juge d'instruction.)
Il n’y a pas identité absolue entre le cas dont je viens de préciser les détails et celui qui nous à occupés dans l'entretien d'hier.
Mais leur analogie est frappante, et il faut bien convenir que, pendant que de tous côtés on n’imprime que des lettres ou des phrases de lettres du colonel Panizzardi formant les pièces capitales d’un procès, cet officier a raison de me demander, ou bien que l’on cesse de parler de l'existence de ces lettres, et surtout d’en faire usage ; ou bien qu’on l’entende sur la sincérité de ces pièces qu'il déclare sur l'honneur ne pouvoir être que l’œuvre d’un faussaire,
Veuillez, mon cher Ministre, faire de cette lettre l’usage que vous jugerez à propos.
Elle ne m'est inspirée que par le souci d'écarter tout incident pouvant rejaillir, même plus tard, d’une manière fâcheuse sur les rapports que je m'’attache constamment à rendre, de plus en plus, meilleurs avec mon pays et le vôtre.
Croyez, etc.
G. TORNIELLI,
Sur les communications faites à M. Hanotaux par le comte Tornielli, voir notamment les dépositions Paléologue (Cass. : 7, 393) et Trarieux (7, 468, 470). Voir au 15 janvier 1898 et au 6 septembre 1898.
— Le Figaro publie quelques extraits des lettres d’Esterhazy à M® de Boulancy :
… Les Allemands mettront tous ces gens-là à leur vraie place avant qu'il soit longtemps.
Autre lettre :
.… Voilà la belle armée de France ! C’est honteux ! Et si ce n’était la question de position, je partirais demain. J'ai écrit à Constantinople ; si on me propose un grade qui me convienne, j'irai là-bas: mais je ne partirai pas sans avoir fait à toutes ces canailles une plaisanterie de ma façon.
Autre lettre :
.… Nos grands chefs, poltrons et ignorants, iront une fois de plus peupler les prisons allemandes.
Autre lettre :
.… Je suis à l’absolue merci de cette drôlesse, si je commets vis-à-vis d'elle la moindre faute. Et c'est une situation qui est loin d’être gaie. Je la hais, tu peux m'en croire, et donnerais tout au monde pour être aujourd’hui à Sfax et l’y faire venir. Un de mes spahis, avec un fusil qui partirait comme par hasard, la guérirait à tout jamais.
Lettre dite du Uhlan :
… Je suis absolument convaincu que ce peuple ne vaut pas la cartouche pour le tuer; et toutes ces petites lâchetés de femmes saoules auxquelles se livrent les hommes me confirment à fond dans mon opinion.
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—41210— Novembre 1897.
I n’y a pour moi qu'une qualité humaine, et elle manque complètement aux gens de ce pays; et, si ce soir on venait me dire que je serais tué demain comme capitaine de uhlans en sabrant des Français, je serais certainement parfaitement heureux.
Je regrette de tout mon cœur de n'avoir pas été à Aïn-Draham, bien que ce soit un fichu pays, et d'avoir remis les pattes dans cette France maudite; j'ai fait toutes tentatives pour retourner en Algérie et je t'envoie deux lettres qui te démontreront et qu'Aïn-Draham est un sale pays, et qu’il n’est pas facile d'aller en Algérie, puisque la confiance que tu as en moi est telle que je suis obligé de prouver désormais tout ce que j'avance, pièces en mains.
Tu te trompes complètement sur ma nature et mon caractère ; je vaux certainement, au point de vue général, infiniment moins que le dernier de tes amis, mais je suis un être d’une toute autre espèce qu'eux; c'est du reste là-dessus qu’on se trompe généralement sur mon compte ; mais à l'heure présente, exaspéré, aigri, furieux, dans une situation absolument atroce, je suis capable de grandes choses si j'en trouvais l’occasion, ou de crimes si cela pouvait me venger.
Je ne ferais pas de mal à un petit chien, mais je ferais tuer cent mille Français avec plaisir. Aussi, tous les petits potins de perruquiers en goguette me mettent-ils dans une rage noire ; et si je pouvais, ce qui est beaucoup plus difficile qu’on ne croit, je serais chez le Mahdi dans quinze jours.
Ah! les on-dit que, avec le on anonyme et lâche, et les hommes immondes qui vont d'une femme à une autre colporter leurs ragots et que chacun écoute, comme tout cela ferait triste figure dans un rouge soleil de bataille, dans Paris pris d'assaut et livré au pillage de cent mille soldats ivres.
Voilà une fête que je rêve.
Ainsi soit-il !
— Esterhazy conteste l'authenticité des lettres Boulancy. (Cass. : Rapport Kerdrain, IT, 171.)
— Note de l’Agence Havas :
L'enquête confiée au général de Pellieux dans l'affaire Esterhazy-Dreyfus approchait de son terme, quand s’est produit l'incident des lettres publiées par un journal du matin.
Le général de Pellieux vérifie l’authenticité de ces pièces.
Dès que ce travail, auquel il consacre tous ses soins, sera terminé, il prendra ou provoquera auprès du gouverneur de Paris, avec la plus complète indépendance et l'impartialité la plus absolue, toutes les mesures que pourra comporter la situation.
Satisfaction sera donnée à l'honneur de l’armée, à la justice et à la vérité.
— L'Agence Havas communique aux journaux les notes suivantes :
Nous croyons savoir qu'aucune punition n’a été infligée au lieutenant-colonel Picquart et que les papiers saisis à son domicile lui ont tous été restitués par le général de Pellieux.
Bien que les lettres publiées hier par un journal du matin n'aient pas un rapport immédiat avec l'affaire Dreyfus, le général de Pellieux croit utile de les soumettre à une expertise.
— M° Leblois écrit au Temps:
L'Eclair publie ce matin la lettre suivante : ; « Nous avons dit que le dossier Scheurer-Kestner est le même que le dossier Mathieu
rey{us.
» Nous avons dit que le dossier Scheurer-Kestner avait été composé par M° Leblois.
» Nous avons dit que Me Leblois l’avait élaboré jour par jour, pendant des mois, avec le colonel Picquart, au Ministère de la guerre.
» Nous avons dit que la plupart des pièces et les originaux qu’il contient ont été fournis par le colonel Picquart — et qu'on en a la preuve. »
A ces allégations je ne répondrai qu’un mot : elles sont toutes également inexactes.
— Le Jour publie la note suivante :
Les stipendiés du syndicat Dreyfus ne se sont point contentés de fouiller dans la vie privée du commandant Esterhazy, d'acheter ses lettres pour avoir quelques spécimens de son écriture, de le faire filer pendant plusieurs mois par des agents à leur solde ; ils ont, l’été dernier, profité de son absence et de celle de sa famille pour cambrioler à sept ou huit reprises différentes l’appartement qu'il occupe 27, rue de la Bienfaisance,
— 192 — Novembre 1897.
Le général de Pellieux, qui connaît toutes les trames du complot ourdi contre M. Esterhazy, a des preuves irréfutables de ce cambriolage.
Une instruction judiciaire sera ouverte incessamment contre les coupables.
Des personnalités fort connues sont compromises en cette affaire.
— M. Penot affirme que Mathieu Dreyfus a tenté de corrompre le colonel Sandherr. (Voir au 13 décembre 1894.)
— La Libre Parole et l’Écho de Paris mettent en doute l'authenticité des lettres d'Esterhazy. L'Intransigeant dit que « ce sont des documents tout à fait à côté ».
— M. Clemenceau demande, dans l’Awrore :
Qui donc protège M. le commandant Esterhazy contre les curiosités légitimes du
juge ?
; .. Qu'est-ce que cela veut dire, et qui donc protège M. Esterhazy ? Qui de nos grands chefs avait des relations avec cet homme ? Auprès de qui avait-il accès ? Quelles confidences ou quelles négligences pouvait-il mettre à profit ? Il faut le savoir. Non que je soupçonne qui que ce soit — est-il besoin de le dire? — d’une complicité criminelle. Mais quand on accepte les plus hauts devoirs, quand on est gardien de secrets d’Etat, l'extrême circonspection en toutes choses est de rigueur. Si des imprudences ont été commises, le pire mal aujourd'hui serait de vouloir couvrir une telle faute.
Par ses tergiversations, le général Billot a donné l'impression qu’il voulait sauver un coupable. Le public, qui réclame la pleine lumière, pense qu'il faut songer d’abord à la patrie.