Lettre de Dreyfus à sa femme
« J'ai demandé la réhabilitation, la revision du procès à M. le Président de la République, à M. le Ministre de la Guerre, à M. le général de Boisdeffre ; j'ai remisle sort de tant de victimes innocentes, le sort de nos enfants entre leurs mains; j'ai confié l’avenir de nos enfants à M. le général de Boisdeffre. J’attends avec une fiévreuse impatience, avec ce qui me reste de forces, leur réponse. »
(Lettres d’un Innocent, 251-252.) — Signification au parquet de la liste des témoins de Zola.
— M. de Pontbriand demande à la commission de l’armée un vote de blâme contre Reinach. Un vœu en ce sens de M. Perrier est adopté. Reinach donne sa démission de membre de cette commission dans une lettre où il déclare qu’il ne s’est jamais servi de ce titre que pour plaider « la cause de cette dame voilée : la Justice ».
— Duel entre Pierre Lefèvre, directeur du Rappel, et André Vervoort, rédacteur en chef du Jour.
— M" Chapelon déclare à l’Aurore que le capitaine Lebrun-Renault a répété cent fois devant elle n'avoir jamais reçu la moindre confidence importante de Dreyfus.
— La Libre Parole dénonce les professeurs qui s'associent, en signant les listes, à la demande de revision.
— À Saint-Malo, on brûle en place publique le mannequin de Dreyfus.
— À Alger, obsèques de Cayrol. À la sortie du cimetière, un juif est massacré, deux juifs sont grièvement blessés dans un omnibus. Les Espagnols, les Maltais et les Arabes, conduits par les antijuifs, assaillent et pillent les magasins israélites.
= MATE Janvier 1898.
— L'Impartial de la Marne publie un article de doute sur la culpabilité de Dreyfus.
— Les membres du jeune barreau de Bruxelles affirment le droit de l'accusé à connaître les charges qui pèsent sur lui et appellent la revision de toute sentence de justice qui violerait ce principe.
— L'Alliance des étudiants d'Utrecht envoie à l'Association générale des étudiants de Paris une adresse de blâme.
26. — Dreyfus écrit à sa femme qu'il est dans « un épuisement cérébral et nerveux immense ». Il ajoute :
« Je crois que M. le général de Boisdeffre ne s’est jamais refusé à nous rendre justice. Nous, profondément blessés, nous lui demandons la lumière. Il n'a pas plus été en son pouvoir qu'au nôtre de la faire ; elle se fera dans un avenir que nul ne peut prévoir. »
(Lettres d'un Innocent, 255.)
— MM. Paul Meyer, Giry et Molinier, directeur et professeurs de l’École des Chartes, ayant comparé l'écriture du bordereau avec celle de Dreyfus, déclarent qu'elles ne sont pas identiques.
— Yves Guyot, dans le Siecle, fait appel à Hanotaux, ministre des Affaires étrangères.
— La municipalité d'Alger dénonce, comme l’origine des troubles qui désolent la ville, l'agitation créée à Mustapha par Max Régis, directeur de l’Antijuif.
27. — Le conseiller Delegorgue, président de la cour d'assises, décide de réserver trois audiences au procès Zola.
— Le sénateur Guérin, ancien garde des Sceaux en 1894, déclare qu'il n’a jamais su que des pièces secrètes eussent été communiquées en chambre du conseil à l’insu de la défense (Gaulois).
— L'Intransigeant annonce que les officiers cités comme témoins ont reçu l’ordre de ne pas répondre, devant la cour d’assises, à ces citations.
28. — Le ministre des Affaires étrangères notifie oralement au comte Tornielli le refus du gouvernement d'admettre le colonel Panizzardi à témoigner sur l'affaire Dreyfus (Cass. : dép. Paléoloque, 1, 394).
— Yves Guyot adresse une lettre à Develle, ancien ministre des Affaires étrangères, qui a exprimé à ses amis de Bar-le-Duc ses doutes sur la culpabilité de Dreyfus.
— Le Provost de Launay annonce qu’il va réclamer des poursuites contre Yves Guyot à raison de sa brochure : La Revision du procès Dreyfus.
— Le député Camille Pelletan déclare, dans la Lanterne, qu'il se range du côté de ceux pour qui le crime de Dreyfus semble de moins en moins douteux.
— Le Petit Journal affirme qu’il existe « un rapport de Lebrun-Renault où sont consignées les déclarations de trois officiers qui ont entendu les aveux de Dreyfus ».
29. — Ranc, sénateur, adresse un émouvant appel à André Lebon, ministre des Colonies, pour appuyer la demande que M"° Dreyfus a faite de rejoindre son mari.
— L'Écho de Paris donne un démenti à la déclaration de M. de Bulow et affirme qu’un procès-verbal de saisie du bordereau en ferritoire étranger existe, muni des signatures de six témoins d’une honorabilité indiscutable.
— Lemercier-Picard écrit à Zola pour lui offrir de le renseigner sur les agisse-
ments de plusieurs ofliciers de l’État-major et notamment sur les relations des lieutenants-colonels Henry et du Paty avec Rochefort. Pour prouver qu'il est à
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— 118 — Janvier 1898.
même de fournir des renseignements importants, il joint à sa lettre un feuillet de l'écriture d’Esterhazy où il est question de Henry, de Gonse et de Boisdeffre.
(Un fac-similé de ces documents a été publié dans le Voltaire des 12- 13 mai 1899).
30. — Rapport du général Dumont, rapporteur du Conseil d'enquête, concernant Picquart (Cass.: 21, 149).
— On annonce que le général Billot renonce à poursuivre personnellement Zola.
— Rochefort remet à Bertulus la fausse «lettre Otto » fabriquée par Lemercier- Picard.
— Discours de Poincaré à Limoges et de Léon Bourgeois à Royal.
Le chef du parti radical déplore « la campagne qui attriste tous les bons Fran- Çals ).
— Michel Bréal, de l’Institut, adhère publiquement à la cause de la revision.
— Le Petit Journal affirme que le papier du bordereau provient du service géographique de la Guerre (après avoir, le 16 du même mois, affirmé, d’après l'expert Varinard, qu'il était de fabrication allemande).
— L'Écho de Paris complète ses allégations de la veille en ces termes :
Le bordereau a été saisi à l'ambassade en territoire étranger : cette saisie a été constatée et effectuée par un officier de police judiciaire dont le procès-verbal existe aux archives du ministère.
31. — Esterhazy demande au ministre l’autorisation de poursuivre ses dénonclateurs.
— Le Siècle publie des renseignements sur l’origine du bordereau.
— Le comte Bonin-Longare, sous-secrétaire d'État aux affaires étrangères d'Italie, dit à la Chambre italienne :
Je puis affirmer de la manière la plus explicite que ni notre attaché militaire, ni aucun agent ou représentant du gouvernement italien n’ont eu jamais aucun rapport direct ou indirect avec Dreyfus.
— Un certain nombre d’industriels et de commerçants rouennais se plaignent au ministre de l'Intérieur du krach que leur font subir les troubles d'Algérie.
AUDE Février 1898.
4. — Réunion, au fort du Mont-Valérien, sous la présidence du général de Saint-Germain, du Conseil d'enquête chargé de juger Picquart.
Les autres membres du Conseil sont : le général Dumont, le colonel Boucher et les lieutenants-colonels Anthoine et Audry.
Le général de Galliffet, M° Leblois, Gribelin, Henry, Gonse, Lauth, [unck et Valdant sont entendus comme témoins.
Galliffet se déclare indigné des accusations dont le colonel Picquart a été l’objet dans la presse et dans lerapport Ravary. Il lui à écrit « qu'il le trouverait toujours prêt à lui serrer la main ».
A la majorité de 4 voix contre 1, le Conseil émet l'avis qu'il y a lieu de mettre Picquart en réforme « pour faute grave dans le service ».
Contrairement aux usages, Picquart n’est pas remis en liberté. (Cass. : Conseil d'enquête Picquart. IT, 153-168 ; cf., dép. Picquart, 206-209.)
— Le Journal raconte que l’on a trouvé dans le gilet de Dreyfus, avant son embarquement à la Rochelle, « une liste de documents à sa charge saisis de divers côtés ».
— Le Journal de Suède dit que Nicolas IT à exprimé le regret de ne point voir reviser le procès Dreyfus.
— L'Avenir de Rennes demande des mesures contre MM. Andrade, Basch, et autres professeurs, qui ont signé à Rennes les listes réclamant «le maintien des garanties légales pour tous les citoyens ».
2. — Le Bulletin de l'Association nationale républicaine ayant blâmé. sous la signature de Des Houx, les « meneurs de l'affaire Dreyfus », Yves Guyot met en demeure le président, M. Audiffred, député, de prononcer sa propre exclusion.
M. Audiffred répond « que l'intérêt de la République et des israélites commande aux instigateurs de la campagne Dreyfus de s’arrèêter ». (Lettre au Temps.)
— Yvan de Wæstine écrit au ministre de la Guerre « qu'il devrait coffrer Mathieu Dreyfus, Leblois, Scheurer-Kesiner, ce demi-français et demi-chrétien, et Joseph Reinach ».
3. — Zola demande au ministre de la Justice d'autoriser le ministre de la Guerre à déposer en cour d'assises.
— La Réforme, de Bruxelles, dit que la véritable dame voilée est du Paty de Clam.
— Le Conseil municipal de Mustapha demande le déplacement du préfet d'Alger et du commissaire central.
— M. Maurice Vernes, directeur-adjoint de l’École des Hautes-Études, ayant adressé, le 26 janvier, une longue lettre sur l'affaire Dreyfus à son ami Hanotaux, et n'ayant obtenu aucune réponse, publie le texte de cette lettre.
— "450 = Février 1898.
4. — M%e Lucie Dreyfus recoit une adresse de sympathie signée de 1.958 femmes norvégiennes.
— Le général Zurlinden, gouverneur de Paris, fait dire à Galliffet par le colonel Bailloud qu’il demandera au ministre de la Guerre « d’user d’une grande indulsence en faveur du colonel Picquart et de ne lui infliger qu'une punition disciplinaire, en tenant compte de la prison préventive qu'il avait subie au Mont- Valérien ». (Cass. : dép. Galliffet, 1, 216.)
— La Vérité rapporte que M° du Buit, ancien bâtonnier, auquel Zola aurait demandé de le défendre, aurait répondu qu'il n’accepterait cette mission qu'à condition de plaider la folie.
— Jean Psichari, directeur d’études à l’École des Hautes-Études, s'associe aux manifestations des « intellectuels ». {Le Temps.)
— Le Comité de l'Association républicaine décide que son bulletin demeurera désormais muet sur l'affaire Dreyfus.
5. — Le général Billot déclare qu'il ne fera connaître sa décision au sujet de Picquart « qu'après le procès Zola ». {Agence Havas.)
La Patrie donne à entendre qu'il pourrait n'être suspendu de son grade que pour un an.
— À Rennes, dans un procès intenté à M. Andrade, maître de conférences à la Faculté des sciences, M. Martin, procureur de la République, attaque violemment les revisionnistes.
— La Patrie nie la communication d’une pièce secrète aux juges de 1894.
— L'Écho de Paris fait connaître les volontés de l’État-Major au président Delegorgue. — La Libre Parole fait remarquer que ce magistrat n’est pas encore décoré.
— La Revue Blanche dit que Hanotaux détient une lettre de Guillaume Il, qu'il croit vraie, et qui établirait des relations entre Dreyfus et l’empereur d'Allemagne.
6. — On affiche un « Appel aux Français », signé Drumont, Thiébaud. Jules Guérin, etc. Les jurés du procès Zola y sont menacés.
— Le Temps publie une lettre de Trarieux sur les voies légales qui s'ouvrent pour la revision.
— Charles Dupuy reconnaît s'être rencontré à la Chambre avec le général Mercier, mais nie s'être entretenu avec lui de l'affaire Dreyfus.