‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 107 sur 269 · LIVRE I. - CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. - CHAPITRE V

Traité entre le» niâmes, pour la restitution de l'Ile de Puloron et pour le meurtre d'Amboine.

L'île d'Amboine, celles de Puloron et de Pulowai, qui sont du nombre des îles de Banda, sont situées près des Moluqucs au midi de l'île de Ceram. Celles de Puloron et de Pulowai appartenaient aux Anglais, qui y avaient des forts et des habitations, et les Hollandais étaient maîtres de celle d'Amboine, où ils avaient quatre forts et une nombreuse garnison. Les Anglais et les Hollandais exercèrent quelque temps leur commerce conformément au traité précédent : mais ensuite les Anglais de l'île d'Amboine s'étant plaints de quelque injustice que leur faisaient les Hollandais dans la société du commerce qui était entre eux, le jugement du différend fut renvoyé en Europe suivant le traité. Au mois de février 1622, les Hollandais qui étaient à Amboine, ayant soupçonné les facteurs et marchands anglais établis dans cette île et dans quelques autres circonvoisines d'avoir conspiré avec quelques Japonais et un Portugais , pour se rendre maîtres de leurs forts, les arrêtèrent prisonniers, et après avoir fait avouer à la plupart d'entre eux par la question ce qu'ils voulurent touchant cette prétendue conspiration, ils les condamnèrent à mort et en firent exécuter dix, un Portugais et neuf Japonais.

Les Anglais, avant de mourir, se dédirent de tout ce que les douleurs de la question leur avaient fait avouer, et se demandèrent pardon réciproquement de tout ce que les tourments les avaient forcés de dire les uns contre les autres : si bien qu'on lésa toujours crus innocents de ce dont on les accusait, n'étant point probable qu'une douzaine de marchands anglais et autant de Japonais eussent entrepris de surprendre un fort garni de très-bons bastions avec une trèsgrande quantité d'artillerie, et gardé par plus de deux cents Hollandais, outre cinq ou six cents naturels du pays que les Hollandais avaient instruits à manier les armes, et qui seraient accourus à leur secours au moindre signal.

Après cette exécution, les Hollandais passèrent dans l'île de

Puloron, de laquelle ils chassèrent les Anglais : ils la gâtèrent autant qu'ils purent et en déracinèrent tons les muscadiers qui en font la principale richesse, afin do la rendre inutile aux Anglais, lorsqu'ils seraient obligés de la leur rendre; les Anglais ont aussi prétendu qu'ils les avaient encore chassés de quelques lieux qu'ils occupaient dans l'ile de Pulowai.

Cette nouvelle ayant été portée en Europe, irrita extrêmement le roi d'Angleterre, qui demanda aux Ktats généraux satisfaction du meurtre de ses sujets commis à Amboine, et la restitution de 1 î le de Puloron; les Ktats voulurent prendre une plus ample connaissance de ce qui s'était passé à Amboine. avant que de rien conclure sur ce sujet, mais pour l'Ile de Puloron, comme les Anglais en jouissaient constamment lorsqu'on fit le traité de Uiiî). ils tirent un traité avec le roi Jacques en la même année 1622. par lequel ils consentirent de la rendre aux Anglais en pareil état et condition qu'ils en avaient joui, avant qu'ils en eussent été chassés.

Nonobstant ce traité, cette restitution a encore été plus de quarante années sans être faite, et le meurtre d' Amboine est demeuré impuni, quoique les rois d'Angleterre aient souvent demandé qu'on leur rendît celte île, et qu'on punît les auteurs de ce meurtre. Knlin. les Anglais sont demeurés privés du tiers du profit qu'ils avaient fait pendant dix-huit années dans le trafic de ces îles, duquel ils n'ont joui que pendant deux années, au lieu de vingt années portées par le traité.

Le parlement d'Angleterre prétendait, en Ui53.de grandes sommes des Hollandais pour les dommages et intérêts des Anglais, à cause de cette non-jouissance, mais ils n'en ont jamais eu de raison, et les choses sont demeurées en même état pour cet égard. S'ils sont rentrés dans l'île de Puloron. les Hollandais l'avaient tellement dégradée, qu'elle était bien éloignée du bon état dans lequel elle était, lorsque les Hollandais en avaient chassé les Anglais.

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