‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 123 sur 269 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

TRAITÉS ENTRE LA GRANDE-BRETAGNK . 0 UNE PART , LES ROIS D* ESPAGNE ET LES AACUIDUCS ALBERT KT ISABELLE, Il'AL'TRE PART

J'ai déjà marqué, au sujet des traitas entre la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies, que la reine Elisabeth avait entrepris, en 1585, la protection de ces provinces qui s'étaient soulevées contre Philippe 11 et qu'elle leur avait prêté de grandes sommes, moyennant trois places qu'elles lui avaient mises entre les mains pour sa sûreté.

Philippe II avait pour maxime et donna pour leçon à son successeur de se soucier peu de l'amitié des Anglais, mais d'éviter néanmoins, autant qu'il se pourrait, de les avoir pour ennemis, à cause qu'ils pouvaient, par leurs forces de mer, faire beaucoup de préjudice à une monarchie composée, comme celle d'Espagne, d'un si grand nombre de pièces divisées l'une de l'autre. Cependant cette action d'Elisabeth l'irrita tellement qu'en 1588 il envoya contre l'Angleterre une des plus puissantes flottes qu'on ait jamais vue sur mer, et avec laquelle il s'imaginait pouvoir s'emparer aisément de ce royaume. Mais la valeur des Anglais, jointe aux vents et à la tempête, (il évanouir les desseins de Philippe, en dissipant cette flotte, dont une grande partie vint en la puissance des ennemis ou fut submergée.

Depuis ce temps-là les Espagnols et les Anglais étant en guerre ouverte, les Anglais tirent beaucoup de dommage aux Espagnols, particulièrement en Amérique, où ils ravagèrent l'île Hispaniola, et sur les côtes d'Espagne, où ils prirent Cadix et brûlèrent trente vaisseaux ; d'autre part les Espagnols soutinrent ia rébellion des Irlandais contre Elisabeth qui refusa, eu 1598, défaire la paix avec Philippe, quoique Henri IV. roi de France, l'invitât de suivre son exemple.

Peu après. Philippe 11, mariant sa fille aînée Isabelle avec l'archiduc Albert, lui donna les Pays-Bas en mariage, et le roi Henri IV disposa, en 1599, l'Espagne et l'Angleterre d'envoyer leurs ministres à Boulogne pour y traiter de la paix. Ce roi, qui y faisait

LIVHK I. — CM AlMTrŒ VIII. 295

l'office de médiateur, y envoya le président Jeannin el le sieur de Caumartin; mais la négociation fut rompue d'abord, tant parce que les ambassadeurs d'Angleterre prétendirent la préséance sur ceux du roi d'Espagne et des archiducs, au lieu que ceux-ci ne voulurent pas seulement leur accorder l'égalité, que parce que la reine Élisabeth ne voulut point séparer ses intérêts de ceux des Etats généraux qui y avaient aussi envoyé leurs députés, qui ne purent convenir avec les Espagnols des conditions de leur accommodement. Ainsi la mésintelligence entre Philippe, roi d'Espagne, et Élisabeth, reine d'Angleterre, dura jusqu'à leur mort, qui arriva quelques années après.

TraiUi de paix de Londres entiv Jacqucn I", d'un.; part, el Philippe III et le-» archiduc» Albert el libelle, d'autre part ( 160* ).

Pendant que Jacques Pr n'avait été que roi d'Ecosse, il avait vécu en fort bonne intelligence avec les rois d'Espagne, et avait fait même un traité d'alliance avec Philippe II. Ainsi, quand il eut sucrédé a Elisabeth au royaume d'Angleterre, Philippe III, successeur de Philippe 11, lui envoya aussitôt Taxis en ambassade pour le congratuler sur son avènement à la couronne d'Angleterre, et lui proposer de faire ensemble une alliance très-étroite. Comme le roi Jacques n'avait rien d plus cher que la paix, il témoigna être disposé à continuer de vivre en bonne intelligence avec le roi d'Espagne; mais les offices des ministres de France l'empêchèrent de donner les mains à une alliance entre l'Angleterre et l'Espagne, et même il envoya quelques secours aux États généraux.

Les conférences pour le traité ne commencèrent qu'au mois de juin 1604, où les commissaires du mi d'Espagne et des archiducs demandèrent d'abord que le roi d'Angleterre fît un traité de ligue offensive et défensive avec leurs maîtres. Les commissaires anglais ayant rejeté cette proposition, les Espagnols se réduisirent à faire un traité de ligue défensive, ce qui ne fut point encore agréé par les Anglais, tant à cause de l'éloignement de l'Espagne et de l'Angleterre,

qui empêchait qu'ils ne pussent se secourir promptement, qu'a cause des anciennes alliances entre la France et l'Ecosse, auxquelles un pareil traité aurait pu faire préjudice. Ainsi on conclut qu'on ne ferait qu'un simple traité de paix et de commerce entre les sujets de ces princes ; après cela il se forma beaucoup de difficultés de part et d'autre : premièrement, sur le secours que les Espagnols ne voulaient pas que le roi Jacques pût donner aux États généraux qu'ils voulaient comprendre sous le nom de rebelles ; en second lieu , sur ce que les Espagnols voulaient interdire aux sujets du roi d'Angleterre la liberté du commerce dans les Provinces-Unies et dans les Indes; troisièmement, sur ce qu'ils demandaient que le roi Jacques leur rendît les places qu'il occupait en Hollande et en Zélande ; et enfin, sur ce qu'ils voulaient que ce roi s'obligeât <le maintenir la navigation libre d'Espagne contre les pirateries des Hollandais. Le roi d'Angleterre, sur ces propositions, déclara qu'il ne secourrait point de son chef les Etats généraux, mais qu'il n'empêcherait point ses sujets de les aller servir quand bon leur semblerait; qu'il était impossible qu'il interdît à ses sujets le commerce des Provinces-Unies qui leur était très-avantageux, ni celui des Indes, mais qu'il leur défendrait d'aller dans les Indes aux lieux occupés par les Espagnols, sinon a leurs risques; qu'il ne pouvait avec honneur livrer au roi d'Espagne ni aux archiducs ces places qui avaient été engagées à la reine Elisabeth, mais qu'il donnerait un temps aux Etats généraux pour faire la paix avec le roi d'Espagne et les archiducs, et que, s'ils la refusaient à des conditions raisonnables, il disposerait de ces places comme il trouverait à propos. Enfin, il refusa de garantir cette liberté de commerce entre l'Espagne et la Flandre, ne voulant pas se brouiller pour cela avec les Etats généraux.

Après plusieurs disputes, on convint que, suivant l'exemple du traité de Vervins, on ne ferait aucune mention dans le traité ni du commerce ni de la navigation des Indes, et que l'article pour la liberté générale du trafic serait couché aux mêmes termes des traités faits entre les prédécesseurs des deux rois, avant que les Espagnols se fussent emparés des Indes.

Ainsi, au mois de juillet, les commissaires des deux rois conclu-

Page 1