LIVRE I. - CHAPITRE VIII
le palais et une église publique au dehors, où l'on pourrait faire tous les exercices de la religion catholique , et où il y aurait vingt-quatre prêtres pour la desservir par mois ou par semaines, ainsi que l'infante le jugerait à propos; que le pape y établirait un évêque qui aurait juridiction dans les choses spirituelles ; que les domestiques de l'infante ne prêteraient point de serment au roi d'Angleterre, s'il y avait en ce serment quelque parole contraire à leur religion ; que l'évêque et les ecclésiastiques de l'infante pourraient porter publiquement l'habit de leur profession et religion ; que les nourrices des enfants de l'infante seraient catholiques, qu'elle élèverait ses enfants près d'elle, au moins jusqu'à l'âge de douze ans, et que, nonobstant toutes les lois faites et à faire, ils jouiraient du droit de succession à la couronne; que le roi , le prince, et ceux de son conseil feraient exécuter les clauses de ce contrat , le signeraient et promettraient de faire leur possible pour le faire confirmer par le parlement ; et qu'enfin pour mouvoir le pape à donner cette dispense , le roi d'Angleterre et le prince son fils promettraient en parole de roi, suivant qu'ils l'avaient déjà promis plusieurs fois de vive voix, qu'aucuns catholiques, soit laïques ou ecclésiastiques, ne seraient molestés pour le fait de la religion et l'exercice des sacrements, et qu'on n'exigerait d'eux aucun serment contraire à leur religion. Ces articles furent envoyés au pape Grégoire XV, auquel le prince de Galles écrivit en lui donnant le titre de Sainteté. Le pape refusa d'abord la dispense, mais ensuite il l'accorda, à condition que le roi d'Espagne prendrait du roi d'Angleterre toutes les sûretés qu'il pourrait pour le libre exercice de la religion catholique, et qu'il s'obligerait envers le pape que le roi d'Angleterre continuerait aux catholiques cette grâce, qui était le seul motif qui pût faire accorder la dispense. Le roi Jacques et le prince firent connaître en plusieurs choses qu'ils n'accordaient qu'à contre-cœur ce qu'on demandait en faveur des catholiques, ce qui faisant juger aux Espagnols que ces choses seraient mal observées , les dégoûta de ce mariage. Ainsi ils commencèrent à demander, comme de la part du pape, qu'on accordât aux catholiques le libre exercice de leur religion , et que le parlement ôtât les lois pénales établies contre eux. Cette proposition choqua le prince, qui déclara ne vouloir rien changer à ce i. 20
dont on était convenu par le premier contrat ; et tout ce qu'on obtint de lui, fut de rester en Espagne jusqu'à ce qu'on eût réponse du roi son père sur cette nouvelle proposition. Le roi d'Angleterre avait tant d'envie de faire ce mariage qu'il y donna les mains, et fit publiquement serment, au mois d'août 1623, d'observer les articles de ce contrat, après quoi le roi d'Espagne promit au prince de lui faire épouser sa sœur, a condition que le mariage ne serait consommé qu'après qu'il aurait vu le commencement de l'exécution des choses jurées. Ces difficultés, jointes à celles que le nouveau pape l'rbain VIII forma encore pour la concession de la dispense, et au mécontentement particulier que Ruckingham et le prince même recurent en diverses occasions des Espagnols, furent cause que le prince se disposa a s'en retourner en Angleterre, laissant néanmoins au comte de Bristol une procuration en blanc qu'il devait remplir du nom de quelque seigneur espagnol, pour épouser l'infante en son nom.
Comme le prince était indigné de la manière dont on l'avait traité en Espagne, sitôt qu'il fut de retour en Angleterre, il demanda pour condition du mariage le rétablissement du Palatin, à quoi les Espagnols promirent bien de s'employer, mais ils ne voulurent pas s'obliger d'en venir à bout, étant une chose qui ne dépendait pas d'eux. Cependant la dispense étant arrivée, ils continuaient de presser la conclusion du mariage , et voyant les retardement* qu'on y apportait, ils se plaignaient publiquement qu'on leur manquait de foi ; mais le prince croyant qu'on n'avait jamais eu véritablement dessein de conclure le mariage, n'en voulut plus entendre parler, qu'à condition de faire rendre le Palatinat, et même dans la suite, quoique les Espagnols offrissent d'envoyer l'infante au mois do mars 1624. de rendre le bas Palatinat au mois d'août suivant , et de faire leur possible pour la restitution du haut Palatinat, le prince fil en sorte, qu'encore que le roi eût volontiers accepté ces propositions, il passa d'une commune voix au conseil de rompre le mariage. Le roi ayant ensuite assemblé le parlement, il y fut conclu de ne plus traiter avec l'Espagne ni du mariage ni de la restitution du Palatinat , et peu après le roi d'Angleterre résolut de penser à marier son fils avec Madame Henriette de France,