LIVRE I. — CHAPITRE VIII
commerce. On confirma les anciens traités, et on convint qu'on en userait comme on faisait avant la guerre entre Philippe II et la reine Elisabeth ; et le roi d'Espagne promit d'écouter, par l'entremise de celui d'Angleterre, les propositions de paix qui pourraient lui être faites par les Hollandais et autres États confédérés.
Cette paix fut ensuite jurée par les deux rois au mois de décembre suivant, et depuis ce temps-là l'amitié s'entretint entre les deux nations, en sorte même qu'en 1640 le bruit courut qu'il y avait un traité de ligue entre l'Angleterre et l'Espagne ; ce qui est constant, c'est que Louis XIII rappela son ambassadeur d'Angleterre, que le roi d'Angleterre rappela de même celui qu'il tenait en France, et que le roi d'Espagne envoya un ambassadeur extraordinaire en Angleterre. Quoi qu'il en soit, cette bonne intelligence entre les Anglais et les Espagnols subsista jusqu'à ce que le roi Charles ayant eu la tête coupée, Olivier Cromwell, devenu Protecteur de la république d'Angleterre, déclara la guerre au roi d'Espagne et se ligua avec celui de France.
Traité do Madrid, entre Cuarle* II, roi de ta Grande-Bretagne, et Charles U, roi d'Espagne ( 1667 ).
L'ambassadeur d'Espagne fut le premier qui reconnut la prétendue souveraineté de la république d'Angleterre, et qui fit des efforts pour la faire entrer dans une alliance avec le roi son maître, lui faisant de grandes promesses, et entre autres de faire rentrer les Anglais dans Calais. Cependant Cromwell jugea plus à propos de s'allier avec la France qu'avec l'Espagne, qu'il ne crut pas en état de tenir ce qu'elle lui promettait. Ainsi, après quelques brigandages et représailles de part et d'autre, le Protecteur ayant su que le roi d'Espagne avait fait arrêter en divers endroits des marchands et des navires anglais, résolut de faire la guerre à l'Espagne, ordonna au marquis de Lcde, ambassadeur d'Espagne, de sortir dans quatre jours de l'Angleterre, et en même temps lit équiper deux Hottes pour envoyer l'une en Amérique et l'autre sur les côles d'Espagne. Le roi d'Espagne
ayant appris cela, lui déclara la guerre, laquelle se poursuivait encore entre les deux nations lors de la mort du Protecteur, qui chassa les Espagnols de la Jamaïque, et fut mis en possession de Dunkerque , suivant les traités qu'il avait faits avec Sa Majesté Très-Chrétienne. Le Protecteur étant mort et la paix s'étant faite aux Pyrénées entre la France et l'Espagne, il y eut comme une suspension d'armes tacite entre l'Espagne et l'Angleterre, jusqu'au rétablissement du roi de la Grande-Bretagne dans ses États. Il avait toujours vécu fort bien avec le roi d'Espagne, qui l'avait reçu dans ses États et lui avait longtemps fourni sa subsistance ; ainsi il ne se lit point de traité de paix entre eux, et le roi d'Angleterre proposa seulement de faire un traité d'alliance et de commerce avec l'Espagne. Ce traité fut longtemps sans pouvoir être conclu, parce que le roi d'Espagne voulait, avant toutes choses, que les Anglais lui rendissent la Jamaïque et Dunkerque qui avaient été pris sur l'Espagne pendant la guerre qu'elle avait eue avec Cromwell , qui était un usurpateur, dont ils prétendaient que le roi d'Angleterre ne devait point avouer les actions. Ces difficultés augmentèrent encore lorsque le roi d'Angleterre eût vendu Dunkerque au roi de France, et qu'ayant épousé l'infante de Portugal, il fut mis en possession de Tanger; car les Espagnols demandaient encore qu'il leur remît cette place qu'ils prétendaient leur appartenir, de même que tous les autres États dépendants du Portugal. Ainsi les choses ne purent être ajustées, et il y eut môme en 1662 quelques hostilités entre les Anglais et les Espagnols dans les îles de l'Amérique.
Mais en 1667 le roi d'Espagne se voyant attaqué puissamment par les Français, et d'autre part le roi d'Angleterre étant en guerre contre les États généraux pour lesquels le roi de France et de Danemark s'étaient déclarés, ils résolurent l'un et l'autre de passer pardessus toutes les difficultés qui les avaient arrêtés. Ainsi ils firent a Madrid, le 23 mai 1667, un traité de paix, alliance et amitié entre eux et leurs royaumes, et de navigation et de commerce entre leurs sujets. Ils convinrent que les sujets du roi de la Grande-Bretagne, qui trafiqueraient en Espagne , ne payeraient point de plus grands impôts que les naturels du pays ; qu'ils y pourraient porter des marchandises des Inde* orientales, pourvu qu'il parût, par un certificat