‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 15 sur 269 · Comines», chap. x ilu liv. Vf · texte numérisé non relu

Comines», chap. x ilu liv. Vf

ï. Chap. ix du liv. III.

obtenu par le traité de Péronne1, n'y ayant pas de comparaison du crime de ces deux prélats à celui de ces deux ambassadeurs. Et quoiqu'un ambassadeur sache positivement queTinstruction qui lui est donnée est toute contraire à l'intention de son prince, et que le prince se sert de son ministère pour tromper celui à qui il est envoyé, ainsi qu'il arrive souvent, il doit exécuter au pied de la lettre le contenu de son Instruction, sans examiner si le prince agit de bonne ou de mauvaise foi ; étant permis au prince de le tromper, parce qu'il est son maître et son souverain ; mais non pas à lui de tromper le prince, parce qu'étant son sujet et son ministre, il est obligé de lui garder la fidélité, et de lui obéir ponctuellement dans tout ce qui lui est ordonné par son Instruction, dontil est simplement l'exécuteur, et non point l'interprète ni le juge. Quelques lumières qu'il ait, il doit toujours supposer que le prince et son conseil sont plus clairvoyants que lui , et que tel ordre qui lui semble être injuste ne lui laisserait aucun doute, et ne lui causerait aucun scrupule s'il en savait les motifs. Kt j'ai pour garants de cette maxime le cardinal d'Ossat, qui dit, lettre IV, que comme les sujets et les serviteurs ne se peuvent point former euxmêmes les charges et les instructions de leurs souverains, il faut qu'ils les reçoivent et les exposent telles qu'elles leurs sont envoyées: et le président Jeannin, qui a passé pour un des plus sages et des plus religieux ministres de son temps : « Nous ne sommes pas toujours. » dit-i], « si bien instruits au parlement que le prince et ses ministres « de ce qui est utile pour l'État et le général des affaires. Bien souvent « telle chose semble injuste à la prendre séparément, qui est juste et « nécessaire en gros. » Quoi qu'il en soit, la plupart des ambassadeurs peuvent aujourd'hui mentir et tromper en sûreté de conscience, d'autant qu'ils sont les premiers trompés par leurs maîtres. Kt d'ailleurs, il importe aux princes d'en user ainsi, car un ambassadeur persuade mieux ce qu'il croit lui-même que ce qu'il veut faire croire.

Au reste, je m'étonne que Wicquefort, qui parle en deux ou trois endroits de l'ambassade du chancelier Doriole et du seigneur de Craon, et particulièrement dans une sedion intitulée : De In fidélité de l'aw-

i. Chapitre dernier du livre H.

bassadeur*, où il rapporte divers exemples d'ambassadeurs infidèles et traîtres, n'ait pas censuré ces deux-ci, quoique leur trahison fut pour le moins aussi infâme que celle du comte Albertin Boschetto qui, étant allé trouver le roi Charles VIII de la part de François, marquis de Mantoue, pour lui demander des passe-ports pour les députés des princes confédérés d'Italie, lui conseilla de ne leur en point donner2, disant que leur armée était à la veille de se dissiper à cause de la division des commandants. Si, selon lui, ce comte était un traître, comment sauvera-t-on la réputation du chancelier et de son collègue? Comment les excusera-t-on d'avoir donné un conseil qui mettait le duc de Bourgogne en état de faire encore plus de mal a leur maître ? Je conclus donc qu'un ambassadeur ne peut donner conseil au prince a la cour duquel il réside que dans les choses qui n'ont point de relation à son ministère, ni aux intérêts do son prince , si ce n'est lorsque le conseil est avantageux à tous les deux, et qu'il est très-assuré que ce qu'il veut conseiller répond parfaitement aux intentions de son maître ; tel qu'était le conseil que Titc-Livc dit qu'un Scipion donna à l'ambassadeur d'Antiochus, en ces termes : « Dites de ma part à votre roi « que s'il m'en croit il ne refusera aucune condition de paix. »

Le dernier traité que Louis XI et le duc Bourgogne firent ensemble fut la trêve de Soleuvre5, en Picardie, par laquelle le roi rendit au duc la ville et les bailliages de Saint-Quentin, avec les chàtellenies et seigneuries de Marie, Gerfy, Moncornet, Saint-Coubin et Ardy. Un article de cette trêve portail : « Que tous les prélats, nobles « et autres sujets qui avaient suivi l'un ou l'autre parti, depuis la « guerre du bien public, pourraient, en vertu de cette trêve, qui devait « durer neuf ans. à commencer du 13 de septembre 1475, retourner « en la jouissance et possession de leurs bénéfices, terres, seigneuries « et autres biens immeubles, sans nul empêchement et contredit, et

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