LIVRE II. — CHAPITRE
envoyèrent de part et d'autre sur les frontières des commissaires, qui, s'étant assemblés à Craerd , réglèrent tous les griefs proposés de part et d'autre par un traité qu'ils passèrent le l" juin 1624.
La première plainte du roi de Danemark était au sujet des paysans de l'île d'Œsel, que les Suédois avaient faits prisonniers pendant la dernière guerre, et qu'ils détenaient encore dans l'Esthonie ou ailleurs. On convint qu'on les mettrait en liberté, et que pour y parvenir le gouverneur d'Ainsbourg , en l'île d'OEsel , donnerait un mémoire de tous les paysans qu'on croyait avoir été perdus, et que d'autre part le gouverneur d'Esthonie ferait publier qu'on eût à mettre en liberté tous les paysans d'Œsel, et qu'il punirait ceux qui les avaient retenus.
En second lieu le roi de Danemark prétendait qu'un certain impôt que le roi de Suède levait sur les Suédois qui vendaient quelque chose aux Danois, avait été annulé par le traité de Siorod , ce que le roi de Suède ne voulait point accorder, soutenant qu'on ne lui pouvait ôter le droit de mettre sur ses sujets les impôts qu'il jugerait à propos : ainsi le roi de Danemark se désista de ce grief, se réservant de prendre un semblable droit sur ses sujets qui trafiqueraient avec les Suédois et autres, eu sorte néanmoins que les Suédois pour leurs personnes, biens et marchaudises, seraient exempts de tous impôts en Danemark, Norvège et au Sund, et qu'il en serait de même des Danois et Norvégiens en Suède suivant le traité de Siorod.
En troisième lieu , comme ce traité accordait aux Danois et aux Norvégiens la liberté du commerce en Suède, et de môme aux Suédois en Danemark et en Norvège, le roi de Danemark prétendait que ses sujets devaient avoir la liberté de trafiquer par tous les pays de l'obéissance du roi de Suède, à quoi les Suédois ne voulaient pas consentir à cause de certaines villes et pays qui, par des privilèges et des anciens usages, ne permettaient point aux étrangers d'y venir trafiquer, et ils prétendaient que cela avait été ainsi réglé par le traité de Flakkebek de l'année 1G03. Pour accommoder ce différend, on convint que les Danois et Norvégiens pourraient aller et naviguer dans toutes les villes maritimes et dans les provinces circonvoisines, savoir : à Stockholm, Nicoping, Norcoping, Sunderkoping, Westerwich,
HISTOIRE DKS TU Al TÉS DE PAIX.
Calmar, (iutliliuin-- . Ahy. Ombourg. Barsed et la Marno, cl même aux villes suivantes dans l'Ouestrogotland et dans la Smalandie. savoir : à Kkesio. .lencckoping, Bogesund i Gamble, Lousc et Lidekoping; mais qu'ils ne pourraient point trafiquer dans tous les autres lieux qui n'étaient point nommés dans C6 traité, et bien moins y acheter defl terres, ce qui fut défendu de part et d'autre. Ils convinrent aussi qu'on ne pourrait point faire en Suède défense aux Danois d'y conduire des marchandises, ni faire en Danemark pareille défense aux Suédois, le tout suivant le traité de 4580, et que les Suédois navigant par le Sund auraient, suivant le traité de 159J, une attestation des marchandises qu'ils auraient dans leurs navires, et comme elles lfur appartenaient . sans être obligés de l'attester par serment.
Les commissaires de Danemark souhaitaient encore que le roi de s aède confirmât la cession de la Russie, de Nortland et de Ouesterhaven cédés par les Busses aux Suédois en 1595, et que ce roi avait transportés au roi de Danemark par le traité de Siorôd en 1613. mais le roi de Suède s'en étant excusé, le roi de Danemark se départit de cette demande sans que cela pût faire tort à cette cession.
D'autre part, les Suédois se plaignirent que le conseil de Danemark donnai! depuis quelque temps au conseil de Suède des titres moins honorables que par le passé, sur quoi on convint que le conseil de Danemark donnerait à l'avenir au conseil de Suède les mêmes titres que ci-devant, et de même qu'il avait été pratiqué par le traité de SiôrÔd, et que le conseil de Suède donnerait au conseil de Danemark les n ilres que celui-ci lui donnerait, sans préjudice néanmoins
de la dignité particulière d'un chacun; et enfin le roi de Danemark isentil que le mi de Suède pût continuer de faire passer des munitions de guérie par le Sund. Il y eut encore plusieurs autres griefs proposés de pari e( d'autre, au sujet desquels les commissaires résolurent de prendre plus grande connaissance des choses, et particulièrement de taire rapport à leurs maîtres de l'exemption de péage prétendue par la ville de Bevel, laquelle étant une nouvelle conquête des rois de Suède, le roi de Danemark soutenait qu'elle n'était point comprise dan- l'exemption de péage accordée aux Suédois.
UVHK II. - CHAPITRK II.
Trait* de Pari», entre les marnes, pour alliance (1624).
J'ai déjà parlé de ce traité dans lequel plusieurs tiennent que ces deux rois entrèrent pour faire la guerre à l'empereur, et procurer le rétablissement du palatin. J'ai marqué ailleurs que je doutais fort que ce traité eût jamais été; mais ce qui est constant, c'est que le roi de Suède, étant engagé dans la guerre contre la Pologne, ne donna alors aucun secours au roi de Danemark.
Train', ontiv les mémos, pour ligue défensive rilV»8).
Le roi de Danemark se, voyant, en 1628, maltraité par les troupes de l'empereur, envoya vers le roi Gustave pour tâcher d'en tirer quelque secours. Ses ambassadeurs conclurent avec lui un traité de ligue défensive, par lequel il promit d'envoyer tous les ans au secours du roi de Danemark huit vaisseaux chargés de onze cents hommes tant soldats que matelots, et de soixante-dix pièces de canon, et que ces huit vaisseaux serviraient le roi de Danemark durant cinq mois. Il stipula néanmoins qu'il les pourrait rappeler s'il en avait affaire nécessairement pour la défense de son royaume, et que le roi de Danemark ne le pourrait employer contre les villes anséatiques. à moins qu'elles ne se déclarassent ses ennemies.
Le roi de Danemark promit de sa part qu'il poursuivrait les pirates de Pologne et de Dantzig, dont le roi de Suède était alors fort mécontent ; qu'il ne permettrait point que les ennemis de la Suède fissent venir des soldats ou des armes par le Sund, ce qui serait néanmoins permis aux Suédois; que ce traité durerait trois ans, et que celui des deux rois qui ferait la paix avec ses ennemis y comprendrait l'autre roi.
Ce traité n'eut pas de suite, le roi de Danemark ayant fait peu après sa paix avec l'empereur, à Lubeck. où on ne voulut pas même admettre les ambassadeurs de Suède à la conférence.
Autre trait*'-, entre le» même», pour l'aithwtché do Brome (1632).
Il y eut quelque alléralion entre les Danois et les Suédois au sujet de l'archevêché de Brème, duquel Frédéric, fds aîné du roi de Danemark, «'laitcoadjuteur; les Danois se plaignaient que les Suédois y avaient occupé plusieurs places, qu'ils n'en avaient laissé qu'une fort petite portion à Frédéric, et que l'archevêque de Brème, Jean- Frédéric, duc de Holstcin, qui était du parti des Suédois, avait surpris Fribourg, où il y avait une garnison danoise qu'il avait taillée en pièces. L'empereur et le roi d'Kspagne firent ce qu'ils purent par leurs ambassadeurs pour irriter le roi de Danemark, et le porter à une rupture avec la Suède, et ils lui offraient de lui remettre Stade et les autres places qu'ils occupaient dans cet archevêché ; néanmoins Christian embrassa des desseins plus modérés, et envoya au roi de Suède des ambassadeurs qui conclurent avec lui, en 1632, un traité d'accommodement, par lequel ils obtinrent ce qu'ils souhaitaient de lui, et rétablirent là bonne intelligence entre les deux couronnes.
Traiio de paix de Bromsebro ontre Christian IV et Christine ( t6U> ).
Depuis le traité de Lubeck , le roi de Danemark avait vécu en bonne intelligence avec l'empereur, et gardé une parfaite neutralité pendant les guerres entre l'empire et la Suède en 1G&3. Les Suédois soupçonnèrent qu'il avait pris quelques mesures avec l'empereur et le grand-duc de Moscovie, pour faire conjointement la guerre à la Suède. Ainsi, le voulant prévenir, ils entrèrent a Pimproviste dans son pays, savoir : Tortenson , dans le Holstein et dans le Jutland, où il prit plusieurs places, et Gustave-Horn dans la Scanie, où il se rendit maitie de Helsinbourg, de Landskron, de Lunden et de Christianople.
Pour justifier une invasion si subite, les Suédois firent publier, au commencement de HMih, un long manifeste, où ils racontaient tous les torts que le roi de Danemark avait faits aux Suédois depuis l'année 1610, et finissaient par les grands impôts qu'il avait mis au détroit