LIVRE II. — CHAPITRE II
du Sund, et qu'ils disaient avoir beaucoup surchargé les villes de Livonie appartenant & la Suède, de même que les habitants de la Poméranie et du Meklenbourg, qui étaient sous sa protection, et causé même beaucoup de peine aux vaisseaux suédois.
Ils se plaignaient encore que le roi de Danemark avait fomenté la mauvaise humeur de la reine-mère de Suède , et lui avait envoyé un vaisseau pour se retirer de ce royaume; qu'il ne voulait pas s'en rapporter toujours aux certificats des maîtres des vaisseaux suédois, et faisait rompre les caisses pour voir ce qu'elles renfermaient ; qu'il ne voulait pas que les Suédois portassent des armes par le Sund ; et enfin que, nonobstant ces certificats, il avait fait arrêter plusieurs vaisseaux des Suédois qui avaient été menés à Copenhague.
Le roi de Danemark de sa part fit publier un autre manifeste, où il se justifiait des accusations des Suédois, et prétendait que ces trois ou quatre vaisseaux suédois dont il était question avaient été arrêtés à cause des fraudes que les marchands suédois commettaient journellement, et que la chose ayant été examinée par les voies de la justice, il avait été prouvé que ces vaisseaux suédois étaient chargés de marchandises appartenant à des étrangers, et que ceux à qui appartenaient lesdits vaisseaux avaient déclaré le contraire pour frauder le droit du péage.
La France, appréhendant que cette diversion des armes de la Suède, contre un roi qui n'avait donné aucun sujet apparent de l'attaquer, ne fît tort aux affaires d'Allemagne, envoya le sieur de La Thuil lerie pour moyenner la paix entre ces deux couronnes; il les y disposa, et conduisit les choses avec beaucoup de prudence , ayant empêché le roi de Danemark de conclure des traités d'alliance offensive et défensive avec l'empereur et les Dunkerquois, qui lui offraient de puissants secours, le premier par terre et les autres par mer. Les ambassadeurs des États généraux travaillèrent aussi à faire conclure la paix, et voulaient être compris dans le traité comme médiateurs; mais La Thuillerie s'y étant opposé, le traité fut conclu le 13 août 1645, à Brômsebro, sur la frontière des deux Ktats, entre Calmar et Christianople, par l'entremise du seul ambassadeur de France. On y régla tous les différends concernant les privilèges des navires suédois dans les L 22
33£i HISTOIRE DES TRAITÉS DE PAIX.
détroits du Sund et du Bclt, et sur l'Elbe, et on convint des places que les Suédois rendraient aux Danois, et de celles que les Danois leur devaient céder.
Ainsi il fut dit que les navires des habitants de Suède, de Finlande, d'ingrie, d'Esthonie et de Livonie, pourraient passer par ces détroits sans payer aucuns péages avec toute sorte de marchandises, soient qu'elles fussent du cru ou de la fabrique de leur pays, ou qu'elles eussent été achetées ailleurs, même avec des armes, des canons et des munitions de guerre; mais que si les vaisseaux étaient aux Suédois, et que la charge fût en tout ou en partie à des étrangers, on payerait les droits accoutumés seulement pour les marchandises des étrangers; que les vaisseaux d>? guerre suédois passant par le Sund seraient tenus de baisser la voile du grand mât tant qu'ils seraient devant le château de Cronenbourg , et de lui donner avec leur canon le salut que le château serait tenu de leur rendre; que s'ils s'arrêtaient devant ce château ou devant Nibourg, au détroit de Bell, ils seraient tenus de montrer leurs passe-ports aux officiers que les gouverneurs de ces places leur enverraient pour s'informer qui ils sont; que les vaisseaux marchands suédois ne jouiraient plus de l'exemption des impôts et péages dans le Danemark et dans la Norvège, ni les Danois dans la Suède, parce que cela avait causé plusieurs différends entre les deux rois, et de la jalousie aux naturels du pays contre les étrangers; que les Suédois ne pourraient trafiquer dans le Danemark et dans la Norvège, ni les Danois dans la Suède, au delà des limites marquées par les précédents traités; que lorsque les rois de Suède voudraient faire passer plusieurs vaisseaux de guerre en même temps par le Sund ou par le Belt, ils en avertiraient le roi de Danemark trois semaines auparavant; que le roi de Danemark ne lèverait plus un péage qu'il avait accoutumé de lever près de l'île de Bugen; que les sujets de la couronne de Suède qui trafiqueraient sur l'Elbe ne payeraient aucun péage à Glukstat; qu'on ôterait ce que l'on avait mis dans le lit du fleuve Troltette, qui coule entre l'Ouestrogotland et le territoire de Bahus, pour en empêcher la navigation; que la reine de Suède continuerait d'avoir son maître des postes à Elseneur, et ses courriers pour aller de Hambourg en Suède; que la reine de Suède