‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 16 sur 269 · C'est la XII' section de la I" partie · texte numérisé non relu

C'est la XII' section de la I" partie

2. C.omines parle de ce comte Albertin clan? le chnpitre ix du livre VIII de ses .W moires, et dit qu'il lit cette trahison au marquis de Mantoue, général de l'amire vénitienne, pour complaire au duc de Ferrare. dont il était né sujet, lequel haïssait fort les Vénitiens, à cause du Polesin et de plusieurs autres terres qu'ils lui retenaient.

3. Comines dit que celte trêve se conclut à Vervins, petite ville sur les Marches du Hainaut, proche d'Avesnes. ;T.hap. xi du li\. IV. )

20 OBSERVATIONS HISTORIQUES El POLITIQUES

« sans être obligés d'en obtenir des lettres de mainlevée, ni d'en « faire un nouvel hommage; mais que messire Baudouin, soi-disant u bâtard de Bourgogne, le seigneur de Renty, messire Jean de Chassa « et raessire Philippe de Comines, seraient et demeureraient pour « jamais exclus et exceptés de cet accord. » Quant a ce dernier, le duc le tenait pour un transfuge et pour un traître ; et véritablement, les apparences y étaient. Ce qui a donné lieu à Mézeray d'insérer que puisque Comines, qui a si bien raisonné sur toutes choses, n'a pas voulu nous expliquer pourquoi il quitta le service du duc, dont il était né sujet, et dont il avait possédé les bonnes grâces, il fallait que le motif n'en eût pas été honnête. C'est ainsi que l'histoire censure les grands, et qu'après leur mort elle met au jour tout ce dont ils ont voulu dérober la connaissance à la postérité.

Quant à la haine implacable que le duc de Bourgogne témoigna en cette occasion contre Comines, il ne faut pas s'en étonner ; car il n'y a rien de plus difficile à digérer pour un grand prince que de voir un sujet qu'il a honoré de ses bienfaits et de sa confidence passer au service de son plus redoutable ennemi, et devenir son favori; d'autant que, selon le penchant naturel que les princes ont à la jalousie et à la défiance, il a lieu de s'imaginer (et peut-être ne se trompc-t-il pas) que les secrets qu'il a confiés a son sujet sont les clefs qui lui ont ouvert la porte de la faveur auprès de ce nouveau maître. Et c'est sur ce fondement que Philippe II ne put jamais se résoudre à pardonner au secrétaire d'État Antonio Pérez, qui s'était réfugié à la cour de France; et, ne pouvant se venger sur sa personne, il se vengea sur sa femme et sur ses enfants, qui étaient et qu'il savait être innocents.

Comme le duc de Bourgogne mourut quinze mois après la trêve de Soleuvre, je n'ai plus rien à dire de lui, sinon que c'est à son régne qu'il faut rapporter l'origine de tous les malheurs des Pays-Bas qui, sous les trois ducs précédents, avaient joui de toutes les douceurs de la paix, et fleuri dans une si grande abondance de biens que, selon Comines1, on les pouvait appeler la terre de promission, au lieu que

i. Chap. u.

depuis deux siècles ils ont presque toujours été le théâtre de la guerre et la proie de leurs voisins.

Louis XI. huit mois avant sa mort, fit un traité de paix et d'alliance avec la maison d'Autriche, héritière de celle de Bourgogne, par lequel il fut conclu et arrêté que Charles, dauphin de Viennois, son fils unique, épouserait Marguerite d'Autriche, fille de Maximilien, duc d'Autriche, et de Marie, fille unique de Charles, duc de Bourgogne, et solenniserait et consommerait ce mariage, dès que la jeune princesse, qui n'avait alors que deux ans, serait en âge nubile. Les Gantois, qui s'étaient rendus maîtres et tuteurs des deux enfants qu'avait laissés la duchesse Marie, morte au mois de mars 1682, firent ce mariage malgré Maximilien, qui, depuis la mort de sa femme, qu'ils respectaient bien plus que lui, n'osait presque résister h leurs volontés1. Et ce qui fâcha encore davantage Maximilien, c'est que, pour taffaiblir le duc Philippe, son fils, leur prince naturel, ils firent donner pour dot a Marguerite les comtés d'Artois, de Bourgogne, de Charolais, de Mâcon et d'Auxcrre, au lieu que Louis n'avait demandé que l'Artois ou le comté de Bourgogne. Et Comines ajoute que s'il n'eût tenu qu'à eux, le roi aurait eu encore les comtés de Hainaut et de Namur, et toutes les terres où la langue française était en usage. Tant est vrai ce que dit le commentateur espagnol de Comines, que c'est le péché originel des tuteurs de ruiner les pupilles. Au reste, ce mariage était d'autant plus avantageux pour le dauphin, que si Philippe, frère unique de Marguerite, fût venu à mourir, la dauphine aurait hérité de tous les Pays-Bas. Et il est à croire que Louis XI , qui connaissait la faute qu'il avait faite de laisser entrer l'héritière de Bourgogne dans la maison d'Autriche, la voulut réparer par ce mariage de son fils avec la fille de Maximilien , et que ce fut en vue de cette puissante succession qu'il la fit amener en France, toute jeune qu'elle était, pour y être élevée et nourrie en qualité de dauphine, au grand déplaisir de Maximilien. qui avait tout sujet de craindre qu'un jour Marguerite ne fît sortir de sa maison les grands Etats que sa mère y avait fait entrer. Et Edouard, roi d'Angleterre, n'en fut pas moins

». Comines, chap. vu cl ix du liv. VI.

affligé que le père, à cause de l'espérance qu'il avait eue jusque-là de marier sa fille aînée avec le dauphin, laquelle, depuis le traité de Péquigny, fait en 1475, se faisait appeler Madame la dauphine1, et de la perte de sa pension de 50.000 écus que les Anglais appelaient tribut 2, quoique ce fût seulement une pension d'aliments pour la dauphine prétendue, qui était une trop grande poupée pour le dauphin, plus jeune qu'elle de dix ans.

Quant à cette pension de 50,000 écus, il est à remarquer (pic Louis XI fit en 1478 une alliance et confédération avec le même Edouard, laquelle devait durer non-seulement toute leur vie. mais encore cent ans après la mort de celui des deux rois qui mourrait le premier3, et qu'en considération de cette alliance l'évêque d'Elue, ambassadeur de France en Angleterre , promit aux commissaires et procureurs d'Edouard que Louis XI et ses successeurs lui feraient payer dans Londres, à lui et à ses successeurs, et durant la vie des deux rois, et encore cent ans après la mort de celui qui mourrait le premier, la somme de 50,000 écus d'or, en deux portions égales, l'une aux fêtes de Pâques, et l'autre à la Saint-Michel, et en pas-a acte en présence de Walter Bedlow, notaire public, et de deux aldermen de la ville de Londres, à ce appelés pour servir de témoins. Mais le mariage du dauphin avec Marguerite d'Autriche mit fin à ses espérances et à sa pension.

Quant à l'évêque d'Elne, qui fit le traité et l'obligation de 1478, dont je viens de parler, Louis XI, a la requête de son procureur général, envoya en 1480 commission au parlement de Paris pour lui faire son procès, disant que ce prélat avait excédé les termes de son

Page 1