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Comines, chap. v du liv. 1 et 11 du liv. II

2. Après la mort du duc de Guienne et du duc de Bourgogne, Louis XI et le duc de Bretagne vécurent en meilleure intelligence, comme il se voit par les traités de Senlis et d'Arras, de 1475 et 1477.

3. Jean de Brosse ayant épousé Nicole de Blois, fille unique de Charles, comte de Penthièvre, petit-fils de Charles, comte de Blois, et de Jeanne de Brctugne , dite la Boiteuse, qui prétendait devoir succéder au duc Jean III, son oncle, mort sans enfants, comme représentant le comte Gui , son père, mort avant ce duc, préféra blement à Jean, comte de Monlfort, frère puîné de son père; Jean de Brosse, dis-je, réveilla ce vieux droit comme héritier des comtes de Blois et de Penthièvre , et le céda par une transaction de 4479 à Louis XI, qui, conservant toujours un ressentiment du mal que le duc François lui avait fait du vivant du duc de Guienne , fut rav i de tenir le Breton

naturel et légitime duc et seigneur futur du pays de Bretagne , au cas que le duc François, père d'Anne, mourût sans enfants mâles. Et quant a ce duché, je dirai en passant que Philippe II en connaissait si bien l'importance que la restitution de Blavet, qui en est la cl^f, fut de tous les articles de la paix de Vervins celui qui lui coûta davantage ; car il croyait (et tous les Espagnols le croient encore) que cette province appartenait de plein droit à sa fille aînée, l'infante Isabelle, du côté de la reine Elisabeth de Valois, sa mère, qui était arrière-petitefille de la reine Anne de Bretagne : disant qu'un Etat auquel les femmes pouvaient succéder, et avaient succédé en effet, au défaut des mâles, lorsqu'il était gouverné par ses ducs, ne pouvait jamais être compris dans la loi salique, et que les rois de France ni l'assemblée des États n'avaient pu ôter aux femmes le droit de succéder, qu'elles avaient en vertu des lois et des coutumes primitives de ce duché. Quoi qu'il en soit, je dirai que si le duc de Mercœur, qui avait épousé Marie de Luxembourg, duchesse de Penthièvre, et en cette qualité héritière du duché de Bretagne, à ce qu'il prétendait, eût pu s'entendre avec le roi d'Espagne, qui tenait plusieurs bonnes places dans cette province, avec garnison de cinq mille Espagnols, ils eussent été tous deux assez forts pour en dépouiller entièrement Henri IV; mais l'incompatibilité de leurs intérêts, ou plutôt leur mauvaise politique, leur arracha des

en bride et en crainte. Il est à remarquer qu'en l'UI le roi Philippe de Valois. sé«int en son parlement, avait adjugé le duché de Bretagne à Jeanne; mais le comte de Montfort ne voulut point s'en tenir à ce jugement, soutenant toujours qu'étant mâle et frère de Jean III, et [>ar conséquent d'un degré plus proche au défunt que Jeanne, qui n'était que sa nièce, le duché lui appartenait de plein droit. Enfin les deux prétendants en vinrent aux armes, et après une guerre qui dura vingt-trois ans, le différend fut décide en 136i par la bataille d'Auray, où Charles de Blois fut tué. La paix se fit ensuite à Guérande, par l'entremise du roi Charles V, et il fut dit que le jeune comte de Montfort, comme vainqueur, demeurerait paisible possesseur du duché de Bretagne: et que pour récompense il donnerait à la veuve et aux enfants de Charles de Blois le comté de Penthièvre, la baronnie d'Avaugour, et quarante mille livres de rente pour elle seulement, à prendre sur le duché. Sur quoi le cardinal d'Ossat fait une réflexion trèsjudicieuse : « Il est à noter, dit-il, que Louis, duc d'Anjou, qui moyenna cet accord au nom du roi Charles V, son frère, avait épousé la fille de Charles, comte de Blois, et de Jeanne la Boiteuse, ot que par conséquent il avait grand intérêt que le duché de Bretagne demeurât à la maison de Blois, à laquelle sa femme pouvait succéder, plutôt qu'a la maison de Montfort, dont il ne tenait rien. » [Lettre 94. ;

mains une proie qui leur était presque toute acquise, s'ils eussent été d'humeur à, la partager ensemble.

Le mariage de Charles avec Anne lui attira la guerre du roi des Romains, qui ressentait vivement la perte d'une belle femme et d'une riche dot; et le roi d'Angleterre, jaloux de voir la Bretagne réunie à la couronne de France, entra dans la querelle et descendit en Picardie, où il mit le siège devant Boulogne. Mais Maximilien, en faveur de qui il faisait cette entreprise, ne l'ayanl point secondé faute de forces1, il fut obligé de repasser la mer avec son armée. Ce qui fut suivi , peu après, d'une trêve entre le roi Charles et l'archiduc Philippe, fils de Maximilien, qui, pour sauver son point d'honneur, n'y voulut pas être compris ni nommé. Cette trêve achemina la paix de Senlis, en 1493, par laquelle il fut dit que Charles renverrait à Maximilien la princesse Marguerite sa fille 2, et rendrait à l'archiduc, son fils (qui était l'unique héritier de la maison de Bourgogne), les comtés de Bourgogne, d'Artois et de Charolais ; mais retiendrait par l'espace de quatre ans les villes et châteaux de Hesdin, Aire et Béthune, lesquels, toutes excuses cessant, seraient mis et délivrés entre les mains de cet archiduc dès qu'il aurait atteint l'âge de vingt ans, et rendu au roi l'hommage qu'il lui devait pour les pays et seigneuries qui relevaient de sa couronne.

Pour égayer un peu le sérieux de cette matière par quelque mélange, il est bon de s'arrêter un moment k considérer les aventures de cette illustre infortunée Marguerite d'Autriche, qui, après avoir été dix ans reine de France, en qualité de femme de Charles VIII, fut renvoyée vierge à son père, comme pour se consoler ensemble de leur commun malheur, le père ayant perdu une épouse qui avait une forte inclination pour lui, avec un duché de la dernière importance, et la fille un

1. L'empereur Maximilien P'. dit Jean de Sainl-Gelais. a toujours manqué de ce qui est nécessaire à un prince pour faire la guerre, c'est-à-dire d'argent et de bonne conduite, qui ne lui firent jamais compagnie.

2. Paul Jove dit que Charles, renvoyant Marguerite à Maximilien, lui écrivit que ce n'était point par un caprice de roi ( non rrgià fibùfiur ni par aucun mépris pour sa fille qu'il avait épousé la duchesse de Bretagne; que le seul besoin de ses affaires l'y avait contraint pour avoir la paix avec les Bretons et pour s'opposer aux descentes des Anglais, qui ne cherchaient qu'à troubler le repos de son royaume.

28 OBSERVATIONS HISTORIQUES ET l'OLlTlQLKS

époux et la première couronne de l'Europe. Ce qui tourna en espèce de prédiction l'article 83 du traité d'Arras de 1482, où il était dit : « Et s'il advenait que mademoiselle Marguerite venue en âge, mona seigneur le dauphin ne voulût procéder au parfait ou consommation « dudit mariage, etc.» Trois ans après elle fut mariée avec don Juan, prince de Gastille, fils de Ferdinand et d'Isabelle, et présomptif héritier de tous les royaumes d'Espagne, lequel mourut en 4Û97, dans la première année de son mariage1, et la laissa grosse de six mois.

A peine avait-elle commencé à pleurer la mort prématurée de son époux, qui l'aimait tendrement, que, pour surcroît de douleur, elle accoucha d'une fille morte, Dieu ayant voulu qu'elle ensevelit toutes ses espérances avec celui dont elle célébrait actuellement les funérailles. Ce fut en allant en Espagne qu'elle faillit a périr en mer, et qu'envisageant la mort comme prochaine, elle eut assez de force et de liberté d'esprit pour se faire une épitaphe en vers. Intrépidité d'une princesse de quinze ans, comparable à celle de César, et digne de tous les éloges de la postérité. Son troisième mariage avec Philibert II, duc de Savoie, ne fut pas plus heureux que les deux autres, ce duc étant mort sans l'avoir consommé. Ainsi elle avait bien raison de porter pour devise ce dicton : Fortune infortune fort une, et de se comparer à Didon , selon ce vers :

Intel ix Dido, nulli bonè nupta marito.

L'an J506, le roi Philippe, son frère, étant mort à Burgos au mois de septembre (mois fatal aux rois d'Espagne) , elle prit le gouvernement des Pays-Bas au nom de l'archiduc Charles, son neveu, qui n'avait que six ans, et gouverna ces provinces jusqu'à la fin de lô.Vi, qu'elle

1. Maris, historien portugais, dil que relie mort prématurée fut une punition de la mauvaise foi de Ferdinand et d'Isabelle, qui. en mariant leur lils avec la princesse Marguerite d'Autriche, avaient faussé le serment qu'il- avaient fait en vertu du Irailé conclu en 1 479 avec Alfonse V. roi de Portugal, de faire épouser à don Juan, quand il serait nubile, dotia Juana, fille d'Henri IV, roi de Caslille. à condition qu'elle renonçât aux titres d'infante et de reine de Caslille, et que le roi Alfonse. qui l'avait épousée pour être reconnu roi de Caslille, fit dhorce avec elle; condition d'autant plus dure qu'Isabelle, qui lui avait ôtô la couronne de Ciistille sous prétexte qu'elle était adultérine, lui ôtait encore celle de Portugal avec son légitime époux.

mourut à Malines. Son administration fut célèbre par quatre traités qu'elle fit avec la France. Le premier fut celui de Cambrai , de l'année 1508, 10 décembre, par lequel l'empereur Maximilien, son père, se ligua avec Louis XII contre la seigneurie de Venise; le second fut celui de Saint-Jean-de-Losne fait en 1522, pour la neutralité entre le duché de Bourgogne et la Franche-Comté; le troisième fut la trêve de Breda, de 1525, conclue avec Louise de Savoie, régente en France, en l'absence de François I", son fils, prisonnier à Madrid; le quatrième fut celui de Cambrai, de 1529 !, lequel fut suivi, dix mois après, de la délivrance des enfants de France, que le père avait donnés en otage pour assurance de l'exécution du traité de Madrid de 1526.

Retournons maintenant à Charles VIII, et voyons comment et pourquoi il rendit à Ferdinand d'Aragon les comtés de Roussi lion et de Cerdagne2, que le roi Jean, son père, avait engagés en 1/|62 à Louis XI pour 300,000 écus ; somme que nul autre prince que Louis n'aurait pu lui prêter à point nommé, et faute de laquelle il courait risque de perdre la Catalogne, qui s'était révoltée contre lui, et la Navarre, dont le roi de Castille voulait lui enlever les places qui l'accommodaient3.

Comines dit que le roi Charles lui fit cette restitution afin qu'il ne lui fît point d'empêchement dans la conquête du royaume de Naples4, à laquelle il aspirait avec toute l'ardeur dont est capable un jeune prince qui a beaucoup d'ambition et qui manque de jugement et d'expérience. Ainsi, dit très-bien (luichardin5, il commença par une perte certaine, sur l'espérance d'un gain très-incertain 6 : perte d'au-

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