Liv. I" de son Histoire d'Italie
6. Cette résolution, dit Mariana , donna bien à parler, et les historiens étrangers, et particulièrement ceux de France, ne se Lissent point de blâmer ce roi do s être dépouillé do cet État pour une espérance- incertaine. (Chap. iv du liv. XXVI de
tant plus douloureuse aux Français, que le Roussillon étant situé au pied des Pyrénées il fermait de ce côté-là l'entrée du royaume de France aux Espagnols. Mais ce qui passe l'imagination et qui rend inexcusables Etienne de Verset Guillaume Briçonnet, les deux ministres absolus de ce jeune roi , c'est que leur maître n'ayant nul argent comptant, et manquant de toutes les autres choses nécessaires pour le voyage d'Italie, ils souffrirent qu'il rendît le Roussillon et la Cerdagne sans retirer les 300,000 écus que son père avait prêtés au roi d'Aragon, ce qui aurait été bien plus honnête que d'emprunter 100,000 fr. a des banquiers génois, comme ils firent avant de partir', que de donner pour 8,000 ducats l'investiture de Gènes au duc de Milan, dont le père en avait payé 50,000 a Louis XI , et que de mettre en gage pour 24,000 les pierreries de la duchesse de Savoie et de la marquise de Montferrat 2, choses qui donnaient mauvaise opinion du roi, de son conseil et de ses armes. « Mais tout cela, dit Comine>\ fit éclater davantage la puissance de Dieu, qui veut toujours que l'on connaisse que le sens et l'industrie des hommes ne servent de rien dans la conduite des affaires où il lui plaît de mettre la main. » Charles conquit le royaume de Naples \ quoiqu'il n'eût point d'argent , point de chefs ni de capitaines expérimentés , et que les deux hommes qui le gouvernaient ne fussent pas plus éclairés que lui, qui ne faisait que de sortir du nid5. Sur quoi un écrivain florentin a dit de bonne grâce que Charles VIII avait fait plus que César, puisqu'il avait vaincu avant que de venir et de voir.
son Histoire d'Espagne.) Au reste, Charles et ses ministres étaient bien simples de •roireque le roi Ferdinand fût assez mauvais politique pour laisser sortir de sa maison un royaume auquel il avait droit et espérance de succéder, ainsi qu'il arriva sept ou huit ans après, car Ferdinand 1", qui régnait à Naples, était lïère naturel du roi Jean, son père.
1. Prologue et chap. iv du liv. VII des Mémoires de domines, i. Chap. v. 3. Chap. iv du même livre.
4. En moins de trois ans. Naples eut cinq rois, savoir: Ferdinand le Bâtard , Alfonse II, Ferdinand II, Charles, roi de France, qui perdit au bout de six mois tout ce qu'il avait conquis, et Frédéric, fds de Ferdinand I", lequel fut dépouillé par notre roi Louis XII, en 4501, et mourut en France vers la fin de l'année *.">0i. Bel exemple de l'inconstance des choses du monde.