YO EL REY
« troublerait le repos et la paix de leurs États. » L'Espagnol, qui a commenté les Mémoires de Comines, s'est avisé de dire une chose assez singulière au sujet de la Bretagne et de la Navarre : « Il semble, dit-il, que par la paix faite à Vervins entre les couronnes d'Espagne et de France, il se fit un échange en cette forme : le roi Philippe donna les États de Flandre pour dot à l'infante Isabelle, sa fille, future épouse de l'archiduc Albert, et Kinfante céda le duché de Bretagne à son père, qui le rétrocéda au roi Henri IV pour le royaume de Navarre, dont Henri prétendait la succession , en qualité d'héritier des maisons de Foix et d'Albret. Et comme il n'en coûtait que de l'encre, tout cela se fit très-amiablcment : au lieu que ces cessions de part et d'autres ne se fussent jamais faites ni pu faire, si ceux qui cédaient eussent été actuellement possesseurs de ces États comme l'étaient ceux a qui on les cédait. » Témoignage que les princes renoncent facilement à ce qu'ils ne tiennent point; mais ne rendent presque jamais ce qui tombe une fois entre leurs mains quand ils sont assez forts pour le conserver. Au reste, quelques années après la paix de Venins, Henri IV ne laissa pas de dire à l'ambassadeur d'Espagne, don Pedro de Toledo Osorio, que s'il vivait il prétendait bien recouvrer la Navarre, pour démentir la prédiction que la reine Catherine, sa bisaïeule maternelle, avait faite au roi don Jean son époux : que ni lui ni ses héritiers n'y régneraient jamais. A quoi don Pedro ayant répondu que le roi catholique, son maître, avait hérité de ce royaume, et que la justice avec laquelle il le possédait, l'aiderait à s'y maintenir : « Eh bien, répliqua le roi, je me « payerai de cette raison jusqua ce que je sois devant Pampelune, et « pour lors nous verrons qui m'empêchera de m'en rendre maître1. » Et dans la négociation des Pyrénées, le cardinal Mazarin sut bien dire à don Louis de Haro, que le roi très-chrétien renoncerait avec plaisir à toutes ses conquêtes si le roi catholique lui voulait rendre en échange seulement la Navarre, qui de notoriété publique lui appartenait à si juste titre qu'il n'y avait pas moins de droit que sur la ville de Paris. Mais don Louis n'avait garde de le prendre au mot, sachant bien que
<. Don Juan Antonio de Vera, dans le second discours de son Embaxador, ajoute que don Pedro se leva aussitôt et sortit précipitamment, et que le roi lui demandant où il allait si vite, il répondit : « A Pampelune pour y attendre Votre Majesté. »
si le roi de France avait une fois Pampelune, il faudrait que le roi d'Es^ pagne délogeât bientôt de Madrid *. Tout cela montre évidemment que nos rois ont toujours maintenu leurs droits sur la Navarre, bien loin d'y renoncer. Mais retournons au traité de Barcelone, en exécution duquel Charles Vlll rendit le Roussillon2.
Par le premier article, Ferdinand et Isabelle promettaient de l'assister et de le secourir contre tous ses ennemis, quels qu'ils fussent : Promittimus ad invicem, (juod aller alteri toto pusse noslroau.riliabitur et auxiliabimur,seu auxilium prœbebimus adrersiis et contra auoscun<fuc; et non-seulement contre les Anglais, les anciens ennemis de la France, mais encore contre le roi des Romains et l'archiduc comte de Flandre, son fils, durant tout le temps qu'ils feraient la guerre à Charles, et de se déclarer ouvertement contre tous les autres ennemis, adversaires et malveillants de sa personne royale et de son royaume, tant ceux qui l'étaient déjà que ceux qui le seraient ou le pourraient devenir en quelque manière que ce fût : etiam conlrà (/uoscutufne alios, oui sunt, erunt, aut esse poterunt quomudolibet in futurum inimici, maleroli, et adversarii christianissimi reyis , et rcyni Franche , cujuscuntfue statiîs et condition^ fuerint. Il n'y a rien de plus formel ni de plus clair que cet article, qui est muni de toutes les clauses nécessaires. Cependant, dit Comines, Ferdinand et Isabelle se parjurèrent envers le roi, après la bonté qu'il avait eue de leur rendre ledit pays de Roussillon, qui avait tant coûté à son père a réparer et à garder, sans retirer les 300,000 écus pour lesquels le roi Jean d'Aragon l'avait engagé. Dès qu'ils virent la guerre commencée en Italie et le roi Charles a Rome, ils envoyèrent partout un ambassadeur s pour faire une ligue contre lui avec le pape, le roi des Romains, le roi de Naplcs, le roi d'Angleterre, la seigneurie de Venise, le duc de Milan4, et sitôt que la ligue
1. Dans une des lettres du cardinal Mazarin, du î.'j août lfio9. î. Mariana dit que ce traité fut commencé à Figueras, sur le» confins du Lainr^urdan et du Roussillon, puis conclu à Narbonne; de sorte que, selon lui. il le faut ,»peler le traité de Narbonne et non pas de Barcelone.