I. Comines, chap. xix du liv. VIII
time pape. Mais la promesse d'un chapeau de cardinal pour Briçonnet, alors évêque de Saint-Malo, empêcha le roi de rendre ce service à l'Église.
Quoiquej'aie assez parlé de Charles VIII et du Roussillon, j'ajouterai ici pour corollaire l'action généreuse et galante que fit un ambassadeur de Ferdinand, qui était venu demander la restitution de ce pays à Charles, au commencement de son règne, sans la pouvoir obtenir. Cet ambassadeur, don Juan de Ribera (dit le commentateur de Comines1, et d'après lui Wicquefort) refusa un présent de vaisselle d'argent que Charles avait ordonné de lui porter. Ce prince s'en tenant offensé, le lui renvoya, disant qu'à la mode de France ce refus était un affront : mais l'ambassadeur répondit qu'à la mode d'Espagne il ne pouvait rien recevoir d'un roi qui ne contentait pas le sien. C'est ainsi qu'un ambassadeur doit épouser et soutenir les intérêts de son maître, sans se soucier de plaire ni de complaire au prince auprès duquel il réside, lorsque cette complaisance est incompatible avec le service ou la gloire de celui dont il est le ministre. Comme je rends ici justice à la sagesse de don Juan de Ribera, je dois, par la même raison, censurer l'action d'un autre ambassadeur de Ferdinand, nommé Antoine de Fonsèque, qui étant à l'audience du roi Charles, à Velletri, ville de l'État ecclésiastique, et n'y pouvant obtenir que le roi se désistât de l'entreprise de Naples, jusqu'à ce qu'il eût été décidé à qui ce royaume appartenait2, eut l'audace de déchirer en sa présence le traité de Barcelone. Grande hardiesse, dit Mariana1, et pour laquelle peu s'en fallut que les Français ne le missent lui-même en pièces. Danger qui apprend aux ambassadeurs à ne sortir jamais des termes du respect qu'ils doivent aux souverains, quelque mécontentement qu'ils en reçoivent, n'y ayant rien de plus contraire à la dignité de
i. A la fin du chapitre exiv.
8. Don Juan Antonio de Vera rapporte qu'Antoine de Fonsèque dit au roi Charles, que le roi catholique, son maître, était obligé à la défense du royaume de Naples, à cause de celui de Sicile, dont il était possesseur, et que comme il avait un droit certain sur Naples, il ne devait pas souffrir que ce royaume fût entre les mains d'un prince plus puissant que celui qui le possédait alors. (Discours II de son Emhaxador.}