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Don Juan Antonio de Vera, dan* la Vie de Charles-Quint

2. Don Juan Vitrian convient que François 1" avait raison de soupçonner le connétable de la mala fè, dit-il, que por grande* sospechas y indicios ballantes ténia concebida. (Chap. lxxxi do son Commentaire sur Cominos.)

3. Dans les Mémoires de son ambassade en Suède et en Danemark, liv. XII.

l'empereur, son plus grand ennemi. De la manière dont Sleidan en parle, il ne paraît pas que le roi fût content de voir un homme qui avait si vilainement tourné casaque : « Prince Doria, lui dit le roi, « l'empereur mon frère ayant désiré que je vous vis>e, j'ai bien voulu « avoir cette complaisance pour lui, et vous faire cette grâce à cause «< de l'affection qu'il a pour vous. »

Enfin, le roi François ayant perdu toute espérance d'obtenir l'in- • vestiture du duché de Milan pour son fils le duc d'Orléans, et l'empereur, outre cela, n'ayant répondu aux plaintes qu'il lui avait faites du meurtre commis sur le Pù, en la personne de César Frégose et d'Antoine Rinçon, ses ambassadeurs, que par des récriminations mal fondées, il se sentit engagé d'honneur à venger hautement cette injure. Il fit donc arrêter h Lyon Georges d'Autriche, lils naturel de Maximilien I*r et oncle de Charles-Quint, lequel repassait alors d'Espagne aux Pays-Bas1; et ce fut par où commença la guerre de 15/jv2, et a l'occasion de cette guerre qu'il fit cette même année une ligue défensive avec Gustave Pr, roi de Suède, qui avait encore plus d'intérôt que lui de s'opposer a l'agrandissement de Charles-Quint, d'autant que de simple gentilhomme2 étant devenu roi d'une nation très-difficile à gouverner et qui s'était souvent révoltée contre ses rois, il avait besoin de s'affermir par quelque puissante alliance dans la possession d'un royaume oté à Christierne 11. qui avait épousé une sœur de Charles-Quint. Ajoutez à cela qu'il était dit par le contrat de mariage de Christierne, que, s'il ne laissait point d'enfants mâles, le droit qu'il avait aux trois royaumes de Danemark, de Suède et de Gothie, passerait à Charles-Quint3. Ainsi, Gustave ayant tout à

i. Sleidan, liv. XIV, année 1541.

i. Gustave ne laissait pas d'être de naissance très-illustre du côté maternel . Brigitte Sture. mère de son père, étant descendue du côté des femmes d'une sauir ou d'une fille d'Éric, roi de Suéde, qui régnait en l'an 4150. David City tniMis, in Cli rouir on a<l ann. 1580..; Et sa mère, qui s'appelait Cécile de Rka, élait pclite-lille du roi Charles VIII, désigné sous le nom de Canulson. \ Loecenius, in Vilà Ctistm i I.

3. Charles-Quint pouvait donc alors se porter pour héritier de ces royaumes, le prince de Danemark, son neveu, étant mort à Ratisbunnc des l'année |."»:18, et ne restant plus que deux ûlles à Christierne, détenu prisonnier au château de Sunderbourg. en Holstein.

craindre de cet empereur, qui était alors presque maître absolu de toute l'Allemagne, et François Pr tout sujet de s'en plaindre, ils convinrent tous deux des articles suivants :

I. Que. les deux rois s'entr'aimeraient et vivraient ensemble, comme deux frères, et se donneraient réciproquement secours l'un à l'autre, et par mer et par terre, contre tous leurs ennemis sans nulle exception, sinon de ceux qui étaient compris dans ce traité en qualité d'alliés ; à condition néanmoins que ceux-ci demeurassent alliés des deux rois contractants ou de l'un d'eux.

II. Que si l'un des deux rois était contraint de faire la guerre, soit offensive ou défensive, l'autre, en vertu de cette confédération, serait tenu de lui envoyer, toute excuse cessant, six mille hommes d'armes, et de lui fournir autant de navires et de vaisseaux de guerre qu'il en serait besoin pour transporter cette milice. De sorte que si le roi très-chrétien, entrant en guerre, venait à demander du secours au roi de Suède, celui-ci serait obligé de lui envoyer ledit nombre d'hommes et de vaisseaux, mais aux frais et dépens du roi de France : et pareillement, que si le roi de Suède, étant en guerre, requérait l'assistance du roi très-chrétien, ce roi lui enverrait le même secours, aux frais et dépens de la Suède.

III. Que s'il arrivait que le roi très-chrétien fût assailli de ses ennemis par mer ou par terre , de telle manière qu'il eût besoin d'un plus puissant secours et qu'il requît le roi de Suède de lui envoyer un plus grand nombre ou d'hommes ou de vaisseaux , le roi de Suède, en faveurde celte alliance et pour lui donner des preuves de son amitié fraternelle, promettait de lui envoyer le plus promptement qu'il serait possible tel nombre de soldats et de vaisseaux qu'il demanderait, par exemple vingt-cinq mille Suédois et cinquante vaisseaux, plus ou moins, selon qu'il en serait requis : et le roi de France promettait le réciproque en pareil cas : l'un et l'autre à condition que celui à qui cette milice auxiliaire serait envoyée en ferait tous les frais et ne souffrirait point qu'il lui fût fait aucun tort ni violence dans les lieux où elle serait employée.

ÎV. Que ni l'un ni l'autre ne pourrait accepter aucune condition de paix, d'accord ou de trêve, ni passer aucune transaction avec l'ennemi quel qu'il fût, sans y comprendre expressément son allié; cette confédération unissant si étroitement les deux rois ensemble, qu'ils étaient comme incorporés l'un à l'autre1.

V. Le roi d'Ecosse était par eux compris dans ce traité, aux mêmes conditions dont ils étaient convenus tous deux : c'est-à-dire, que Gustave s'obligeait à ce roi et ce roi à Gustave, pour le secours réciproque de six mille hommes et de certain nombre de vaisseaux de guerre, selon que l'un ou l'autre en aurait besoin. Et au cas que le roi d'Ecosse ou quelqu'un des autres princes compris dans cette ligue vînt à faire la guerre au roi France ou au roi de Suède, il était dit que le roi très-chrétien serait obligé de donner secours au Suédois et le Suédois au roi de France, et non point à celui qui leur ferait la guerre.

Il y avait un article séparé de même date que le traité, par lequel François I" en faveur de son alliance avec la Suède, et pour marque du désir qu'il avait de la rendre indissoluble, accordait aux ambassadeurs de Gustave la permission d'acheter en France et de transporter en Suède tout le sel 2 dont leur prince aurait besoin, sans payer pour cette fois aucun droit de gabelle, jusqu'à la valeur de 0,000 écus d'or au soleil. Grâce d'autant plus considérable que le roi ne l'avait jamais faite à pas un de ses alliés, comme il est marqué dans la préface de cet article ; que ce droit est un patrimoine de la couronne. Mais il était dit aussi que ce sel ne pourrait être transporté qu'en Suède, et que pour faire foi de ce transport les ambassadeurs de Suède ou leurs délégués seraient tenus d'en envoyer un certificat du roi, leur maître, au roi très-chrétien, à la première occasion qui se présenterait.

A propos de ce traité, il est bon d'observer en passant qu'il fut fait par le chancelier Poyet.et par l'amiral Chabot, tous deux égale-

\. « Hoc novo et arctissimo fœdrre sic inter se sunl devincti , ac velut in unum corpus conglutinuti ut qu;isi hoc f.rdere unum corpus elhvli. »

2. Alors la Suède manquait de sol < I n'en pouvait tirer d'ailleurs, à cause que le passage du Sund élait fermé par le roi de Danemark.

SUR LES TRAITÉS DES PRINCES. 6d

ment fameux sous le règne de François I" par leur faveur et par leur disgrâce : l'un justement puni 1 pour avoir abusé souvent de l'autorité des lois, dont il était l'interprète et le dispensateur; l'autre parfaitement homme de bien, mais qui l'année précédente avait été condamné par Poyet comme criminel de péculat et de lèse -majesté, quoique tout son crime fût de s'être fait fort de son innocence contre les menaces de son roi, pour ne s'être pas défié de la vénalité des juges : l'un mort dans la pauvreté et dans l'ignominie, comme il le méritait; et l'autre dans l'estime de son prince et dans l'applaudissement universel de son innocence reconnue2. Conrad k Pliy, le premier des quatre ambassadeurs de Gustave , lequel de simple jurisconsulte était parvenu en Suède, comme Poyet en France, à la dignité de grand chancelier du royaume, fut pareillement privé de cette dignité et condamné k la prison perpétuelle, pour s'être laissé corrompre par argent dans ses ambassades de France et de Danemark, où il avait traité plusieurs choses d'importance k l'insu de son prince et de ses collègues -\ Au reste ce traité avait été ébauché en 1541 k Chatcllerault, entre un secrétaire de Gustave et Christophe Richer, secrétaire et valet de chambre de François I", lequel avait été auparavant secrétaire du chancelier Poyet, et fut envoyé depuis en Suède et en Danemark, pour des négociations d'importance dont il s'acquitta fort heureusement. Il est fait mention honorable de lui dans la prélace du mémo traité , où il est dit que ce fut pur son ministère que les deux rois commencèrent à s'aimer si ardemment , qu'ils voulurent s'unir ensemble parle lien d'une confédération perpétuelle. Il y entrait aussi une raison d'intérêt, ainsi que dans toutes les amitiés des princes : c'est que Gustave ayant été averti que tout le sel et tous les vins que les

i. Ce traité fut conclu nu mois de juillet 1541, et Poyet fut arrêté au mois d'août sui\ant, et destitué au moi* d'avril 1545. Sleidan dit que pour parer ce coup, qu'il axait prévu, il s'était fait ecclésiastique quelques mois auparavant, en espérance de devenir cardinal et d'éviier, à la faveur de la pourpre, la recherche et la punition de ses crimes. f Liv. IV d»> son Histoire.)

î. François I" lui donna son al-olition par lettres patentes, et fit revoir son procès par le parlement de Paris, qui le déclara innocent, et par conséquent quitte de l'amende de 70,000 écus à laquelle l'ojel l'avait condamné. Cela se passa au mois de mars 1)4?,

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