Loccenius, liv. VI de son Histoire de Suéde
marchands hollandais portaient dans le septentrion, et particulièrement en Suède, étaient falsifiés et corrompus, il ne trouva point de meilleur remède à cette tromperie que de traiter directement avec le roi de France pour établir un commerce mutuel entre leurs sujets, par un échange des cendres d'argent, des cuivres, des* fourrures et hermines, des cuirs et des autres marchandises dont la Suède abonde contre le sel, les vins, les draps de soie et de laine, et les toiles de France; faisant représenter à François I" que les Hollandais falsifiaient aussi bien les marchandises de Suède qu'ils débitaient en France, que le sel et le vin français qu'ils débitaient en Suède; et que comme l'amitié est toujours plus grande de roi a roi que de roi à marchand, il aimait mieux que le roi très-chrétien eût le profit que les Hollandais tiraient du commerce de Suède, que de le laisser à des gens qui s'enrichissaient à force de tromper et de survendre. Richer ajoute que Gustave, bien informé du profit immen.«e que le roi de France tirait de la distribution du sel à ses sujets, avait délibéré d'en user de même avec les siens, et d'établir pour cet effet des magasins garnis de sel, où chaque chef de famille fût obligé de venir prendre sa provision annuelle et de lui payer, outre le prix du sel dont il prétendait se faire l'unique marchand en Suède, le droit de gabelle qu'il imposerait en sa qualité de roi; ce qui devait augmenter infiniment son revenu, tant pour lui que pour ses successeurs. D'ailleurs, comme il était roi nouveau, et par conséquent exposé h, l'envie de tous les seigneurs du pays qui étaient auparavant ses égaux, el au ressentiment de toute la maison d'Autriche qui en ce temps-là était la plus puissante de l'Europe, il cherchait à procurer à ses enfants des mariages avantageux, par le moyen desquels ils pussent être en état de se maintenir malgré leurs ennemis dans la possession de la couronne qu'il leur avait acquise. Dans un acte séparé du traité, les ambassadeurs de Fiance et de Suède font mention de deux mariages proposés pour les deux fils de Gustave, savoir: d'une fille de la maison de Bretagne1, pour l'aîné; et d'une fille du duc de Montpensier, pour le second; la conclusion desquels, ainsi que de deux
i. C'était une fille de René de Brosse, comte de Penthiëvrc
autres articles, est remise à un autre temps pour en traiter plus à loisir. Mais cette négociation ne passa pas plus loin.
Vers la fin de l'année 1541, François Ier avait fait un traité de confédération avec le roi de Danemark, Chrétien 111, qui quelque temps auparavant s'était montré bien affectionné à la couronne de France, en voulant bien accepter le collier de l'ordre de Saint-Michel, ainsi qu'il est exposé dans le préambule de ce traité. Aussi François 1er, pour témoigner l'estime particulière qu'il faisait de son amitié, nomma et commit le cardinal de Tournon, son premier ministre, le chancelier Poyet, l'amiral Chabot et le maréchal d'Annebaut, pour traiter en son nom avec les trois ambassadeurs de Danemark, de Bille, de Svave et de Krabbe. Il fut convenu :
I. Que les deux rois s'aimeraient d'une amitié fraternelle et s'entr'appelleraient frères; qu'ils procureraient le bien et l'avantage l'un de l'autre, et empêcheraient réciproquement tout ce qui pourrait faire dommage a l'un ou à l'autre ; en sorte que si les États de l'un ou de l'autre étaient attaqués, ils seraient obligés de s'entre-secourir de toutes leurs forces contre qui que ce fût sans nulle exception , pourvu qu'il ne s'agît point d'ébrécher les droits du saint-empire1.
II. Que s'il arrivait que le roi très-chrétien fit guerre ouverte à ses ennemis quels qu'ils fussent, le roi de Danemark empêcherait de tout son pouvoir que les ennemis de la France ne passassent par ces détroits de mer qu'on appelle Suml , soit pour emporter ou pour apporter aucunes marchandises, viv res, etc., ni pour toute autre cause, afin que le besoin et la disette les contraignissent à demander la paix.
III. Que le roi de Danemark, au cas qu'il en fût requis à temps parle roi très-chrétien, lèverait en son propre nom, mais aux frais et dépens du roi très-chrétien, une armée composée de soldats allemands et fournirait les vaisseaux pour les transporter en France.