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IV. Le même roi promettait d'envoyer en temps de guerre au

1. Car les rois do Danemark étaient feudataircs do l'empire en qualité de ducs de Holstein.

roi très-chrétien, et en tel endroit qu'il plairait à Sa Majesté, six vaisseaux de guerre équipés de toutes les choses nécessaires, avec mille fantassins outre les matelots ; et d'entretenir lesdits navires et soldats à ses propres dépens au service de François 1" durant trois mois, à compter du jour qu'ils seraient arrivés sur les côtes de France, comme aussi de faire tout ce qu'il saurait devoir être agréable au roi très-chrétien.

V. Que si le roi de France voulait employer par terre l'infanterie qui se trouverait sur les six vaisseaux danois, il le pourrait faire librement, mais à ses frais et k la charge de donner k ses soldats la môme paye qu'il avait accoutumé de donner aux Allemands ; et que pareillement, si le roi de Danemark voulait se servir de l'infanterie du roi très-chrétien dans les terres de son obéissance, il l'entretiendrait k ses dépens.

VI. Que si après les trois mois passés la guerre durait encore, le roi très-chrétien pourrait retenir k son service avec ou sans les six vaisseaux, les mille Danois, sans que le roi de Danemark les pût rappeler durant tout le cours de la guerre, k condition qu'ils seraient nourris et entretenus comme les autres Allemands aux dépens du roi très-chrétien, qui en pareil cas en userait de même envers le roi de Danemark.

VII. Le roi très-chrétien promettait réciproquement d'envoyer en Danemark douze vaisseaux "de guerre avec deux mille hommes de pied outre les matelots, et de les entretenir quatre mois entiers au service du roi de Danemark; voulant bien, comme plus puissant, porter une plus grande charge d'autant qu'il n'ignore pas que le roi de Danemark ne peut pas, sans beaucoup de dépense, empêcher le passage des détroits, dits Sund , ainsi qu'il a promis de faire k ses frais.

VIII. Mais comme il n'y a rien en ce monde qui puisse durer toujours et qu'il serait impie de demander k Dieu plus qu'il ne convient k la condition mortelle des hommes, les députés des deux rois ont jugé qu'ils feraient assez, s'ils établissaient cette sainte alliance pour toute la vie des deux princes et pour dix ans encore après leur mort ;

en sorte néanmoins qu'avant les dix ans expirés. le successeur de l'un serait en droit de prier l'autre ou son successeur de lui déclarer s'il prétendait renouveler cette confédération et amitié par un nouveau traité; sur quoi l'autre serait obligé de lui notifier sa volonté avant que le terme expirât, les lois de l'amitié le réquérant ainsi.

IX. Il était dit que les ports et les rivières, tant de France que de Danemark, seraient ouverts à tous les sujets des deux rois, lesquels y pourraient exercer leur commerce, vendre et acheter librement, sûrement et sans aucun empêchement ; à la charge, toutefois, que les soldats de l'une ou de l'autre nation qui seraient dans l'un ou dans l'autre royaume s'abstiendraient de toute violence et rapine, et se comporteraient de part et d'autre comme doivent faire des amis, alliés et confédérés.

X. Que les deux rois jureront sur les saints Évangiles corporellement touchés, en présence des ambassadeurs ou commissaires à ce députés , aussitôt qu'ils en seraient requis , d'observer, garder et accomplir réellement et de bonne foi tous les points et articles ci-dessus énoncés, et de les faire observer de même à leurs sujets ; et donneraient réciproquement aux ambassadeurs, l'un de l'autre, le même serment par écrit et signé de leur main.

XI. Les deux rois promettaient d'agréer, approuver et confirmer ce traité en tous ses points et articles, et d'en fournir réciproquement leurs lettres de ratification dressées en bonnes formes, signées de leur main et scellées de leur grand sceau dans le terme de six mois, à compter du jour de la date de ce présent traité (29 novembre 1541).

Au reste, la guerre que François I" recommença en 1542 contre l'empereur fut véritablement la plus rude et la plus meurtrière de toutes celles qu'ils avaient eues ensemble ; mais, selon le sort ordinaire des choses extrêmement violentes, elle ne fut pas de longue durée; car, après la levée honteuse du siège de Landrecies et la perte de la bataille de Cerisolcs, et du marquisat de Montferrat en 15fi3, l'empereur ayant reconnu que, tandis qu'il était occupé a se défendre contre les Français , et Ferdinand, son frère, contre les Turcs, l'Al-

1k OBSERVATIONS HISTORIQUES ET POLITIQUES

lemagne qu'il s'était proposé d'asservir affermissait de jour en jour sa liberté et pourrait à la fin saper les fondements de la puissance impériale; il commença à désirer la paix pour se délivrer de cinq armées qui ravageaient en même temps le Brabant, le Luxembourg, l'Artois, le Roussillon et le Piémont. Sur quoi Louis Alamanni, gentilhomme florentin, qui était au service de François 1", dit dès le commencement de ce traité : « que la paix ne pouvait pas manquer de se faire entre l'empereur et le roi, parce que l'un en avait grande envie et l'autre grand besoin. »

Les principaux articles de cette paix, qui fut conclue à Crespy le 18 septembre iùhh, en Laonnais, étaient que l'empereur donnerait sa fille aînée ou celle de son frère au duc d'Orléans avec le duché de Milan ou tous les Pays-Bas; que s'il donnait le Milanais, il retiendrait les châteaux de Milan et de Crémone, jusqu'à ce qu'il y eût un enfant mâle de ce mariage ; que si sa fille ou sa nièce vouait à mourir sans enfants, ce duché retournerait a l'empereur, le roi y retenant son droit ; que si l'empereur cédait les Pays-Bas à sa tille, le roi renoncerait au royaume de Naples et au Milanais, tant pour lui que pour ses enfants; que le roi rendrait toutes les terres au duc de Savoie et la ville de Stenay au duc de Lorraine ; enfin , que tout ce que l'empereur et le roi s'étaient pris l'un à l'autre depuis la trêve de Nice serait restitué de part et d'autre.

Il est manifeste que ce traité était très-avantageux au duc d'Orléans, mais qu'il préjudiciait notablement aux droits de la couronne1. C'est pourquoi le dauphin qui s'y trouvait lésé et qui d'ailleurs portait envie a son frère, pour qui le roi avait plus de tendresse que pour lui, protesta contre, en présence des princes du sang : mauvais augure pour celte paix, qui en effet ne fut pas mieux observée que tous les traités précédents. L'amiral Annebaut étant allé à Bruxelles pour la faire ratifier et signer à l'empereur qui pour lors était horriblement travaillé de la goutte, l'empereur lui dit avec un

1. Nos rois ne les peinent céder au préjudice de leurs succe-seurs, qui ne tiennent pas la couronne d'eux, mais de la loi fondamentale du imaiime, qui la donne au fils aîné du roi, ou, s'il n'a point d'enfants, à s n plus proche héritier.

enjouement sérieux : « Amiral, il faudra bien que j'observe ce « traité, car qui ne peut pas tenir la plume pourra encore moins « empoigner la lance1. » Ainsi la mort du duc d'Orléans qui arriva au mois de septembre de Tannée suivante lui vint bien à propos, témoin la réponse qu'il fit a l'envoyé qui lui en porta la nouvelle : « que celui à qui il avait promis le duché de Milan étant mort, il se croyait entièrement quitte de sa parole. »

On avait toujours cru, dit un auteur allemand 2, que l'empereur ne tiendrait que fort à regret la promesse qu'il avait faite en faveur du duc d'Orléans; car soit qu'il lui donnât les Pays-Bas ou le duché de Milan, l'une ou l'autre condition lui était très-onéreuse. Mais la fortune, qui avait toujours secondé ses vœux et ses intérêts, le favorisa encore en cette occasion , le jeune prince étant mort de la peste a Forêtmouticr 5, peu de jours après leur entrevue; ce qui lui sauva le déplaisir d'exécuter une transaction qui lui était si préjudiciable, ou du moins la honte et le reproche de manquer à la foi d'un traite solennel 4.

Au reste, les Français ne furent pas plus affligés de cette mort que lui, prévoyant que si le mariage de ce jeune duc se fut accompli avec la tille ou la nièce de l'empereur, cette alliance aurait peut-être excité d'étranges querelles et guerres entre les deux frères, après la mort du roi François leur père.

Quant au duché de Milan , pour le recouvrement duquel ce roi avait une si forte passion , Mé/eray dit fort à propos que « l'empereur « s'en servit comme d'un leurre pour l'amuser, et pour le mener en « laisse jusqu'à la fin de sa vie. »> Le commentateur espagnol de domines dit que le cardinal de Lorraine et le connétable de Montmo-

i. Don Juiin-Antnnio de Vcra. dins la Vie de Charles-Quint.

*. Georges Braudlaclit. chap. ix de son Histoire des pacifications.

3. Le Laboureur dit que ce prince se plaisait fort à courir les rues durant la nuit, pour se ballre contre ceux qu'il y rencontrait : et qu'après avoir mené cette vie quelque temps, il alla témérairement défier la mort dans une maison pestiférée, où il voulut loper exprès. ( Chap. vin du liv. VI de ses Additions aux Mémoires de Castelnaa.)

4. Le jurisconsulte Menochius dit que les |Kniples du Milanais furent si jo\eux de la paix de Crespy. (pie tous les prisonniers furent délivrés dans toutes les villes du duché. ( Liv. II Arbitr. quœst. cas. 302.)

rency étant allé trouver l'empereur a Ciand, en J.VjO, pour demander l'exécution de cette promesse, il offrit de donner plutôt les Pays-Bas au duc d'Orléans, avec le titre de roi, parce qu'il estimait beaucoup plus le Milanais, quoique de petite étendue, à cause du voisinage de l'Espagne, que tous les grands Etats de Flandre, dont la défense et la conservation étaient également difficiles et onéreuses à ceux de Castille à cause de leur éloigneraient. Ajoutez à cela que Charles -Ouint connaissait trop bien son intérêt, pour laisser approcher les Français du royaume de Naplcs, auquel le Milanais sert de rempart. Et c'est pour cela que dans la négociation de la paix des Pyrénées le cardinal Mazarin ayant proposé a don Louis de Haro de remettre au roi catholique toute la dot de l'infante, pouvu que les complètes que le roi très-chrétien avait faites depuis l'année 1G56 lui demeurassent tout entières , don Louis, bien loin de le prendre au mot , dit qu'il s'en fallait tenir a ce qui avait été arrêté entre eux; ne craignant rien davantage que de nous laisser la moindre place dan-; le Milanais, où nous tenions alors Valence et Mortara, que l'on était convenu de rendre1. Le cardinal d'Ossat marque, dans une de ses lettres2, que les Espagnols sont plus jaloux du duché de Milan que de tout le reste des Etats d'Espagne ; et que le duc de Sesse avouait qu'il n'appréhendait rien plus que de voir les Français entrer dans le Piémont, à cause du voisinage du Milanais.

Je finirai l'article du traité de Crespy par la remarque d'une chose qui ne doit pas être oubliée : c'est qu'Etienne de \euilly, collègue du seigneur d'Annebaut, y donna un soufflet au père Gabriel de Gusman, confesseur de la reine Eléonore, lequel négociait pour l'empereur. Violence dont il fut bien puni l'année suivante , car ayant été proposé au roi pour remplir la place du chancelier Poyet, le cardinal de Tournon le fit exclure, disant qu'un homme si emporté n'était pas digne d'être ni plénipotentiaire, ni chancelier , et que celui qui avait l'humeur et les mains d'Ismaël ne devait jamais être le souverain arbitre des lois. C'est ce père de Gusman qui avait fait les premières

* . Lftlre du cardinal Mazarin, du 30 août 16o9. 2. Ultio XII.

SUR LKS TRAITÉS DKS PRINCKS. 77

ouvertures de la paix au confesseur de François I", d'où le traité de Crespy fut appelé la pai.v des confesseurs.

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