Lettre du 20 mars r
5. Hdation des cérémonies observées à l'entrevue de François I" et d'Henri Vtll, à Boulogne.
roi d'Angleterre donna aux fils du roi, lesquels étaient à son lever, les 300,000 écus que le roi leur père lui devait encore d'une somme empruntée pour sa rançon. De Boulogne, les deux rois se rendirent à Calais, où le roi d'Angleterre donna l'ordre de la Jarretière au grandmaître Anne de Montmorency et à l'amiral de Brion, comme le roi avait donné dans Boulogne celui de France aux ducs de Suflblk et de Norfolk. Avant que de se séparer, ils conclurent une ligue défensive contre le Turc auquel ils paraissaient vouloir opposer une armée de quatre-v ingt mille hommes ; mais cette convention masquait d'autres vues et resta sans effet *.
Au reste, il ne faut pas trouver étrange que le roi d'Angleterre soit toujours nommé le premier dans les originaux latins des traités dont je viens de parler, d'autant que c'est un usage établi entre les deux couronnes, que le nom du roi d'Angleterre précède celui du roi de France, dans le texte et dans la signature de tous les actes qui sont fournis et échangés de sa part , et que pareillement le roi très-chrétien se nomme et signe le premier dans les doubles qu'il fournit et délivre au roi de la Grande-Bretagne, qui en use aussi de même avec l'empereur et le roi d'Espagne 2.
Après tant de traités solennels, si souvent renouvelés, confirmés et jurés, on ne pouvait pas croire, en ce temps-là, que les deux rois pussent jamais rompre ensemble; cependant Charles-Quint fit tant par ses négociations, que non-seulement il se réconcilia avec celui qui avait répudié sa tante pour épouser une concubine, et qui, outre cela s'était séparé de l'obéissance de l'Église, mais qu'il vint même à bout de l'engagera faire la guerre à François I", qui ne lui avait jamais fait d'autre déplaisir que celui de ne vouloir pas renoncer, comme lui, à la communion de l'Église romaine : témoignage qu'il n'y a point, parmi les princes, de confédération ni d'amité si étroite qu'une petile jalousie ne puisse rompre du jour au lendemain 3. Quoi qu'il en soit, le roi d'An -
1. Voyez t. IV, part. II. p. 89, n" lxv du Corps diplomatique, etc.
2. Breton de Villundry, secrétaire d'Étal sou> François I", ledit ainsi dans une apostille écrite de sa main à la marge du traité fait à l'entrevue de Calais.
3. Jean de Dinteville-Polizy, ambassadeur do Franco en Angleterre, en 1532 el 33, dit, dans la relation de sou audience de congé, qu'Henri VIII s'était plaint à lui de
gleterre et l'empereur attaquèrent en même temps la France, dont ils avaient fait le partage entre eux, projetant d'aller ensemble droit à Paris, pour saccager cette ville, puis de là jusqu'à Orléans. Mais l'empereur s'étant amusé au siège de Saint-Dizier, qui l'occupa six semaines entières, et l'Anglais qui assiégeait Boulogne, n'ayant point voulu en partir qu'il ne l'eût prise, ils éprouvèrent tous deux, et particulièrement Charles-Quint, qui fut contraint de demander la paix, combien était bon et salutaire le conseil que l'empereur Frédéric III, son bisaïeul, donna à Louis XI, de ne marchander jamais la jteau de l'ours, que la bête ne fût morte *. L'Anglais prit Boulogne par la lâcheté de Coucy-Vervin, qui la rendit, tandis que le dauphin accourait à son secours; et il soutint la guerre jusqu'à l'année 1540, que se trouvant épuisé d'hommes et d'argent, et d'ailleurs, craignant que la continuation de cette guerre ne facilitât à ses sujets, dont il était très-haï pour ses cruautés, les moyens de se révolter contre lui, il commença à désirer la paix. Elle fut traitée entre Ardres et Guines et conclue en six semaines, aux conditions suivantes:
Que le roi très-chrétien et ses successeurs feraient payer, tant audit roi d'Angleterre, sa vie durant, qu'à ses héritiers et successeurs, toutes les pensions annuelles qui leur étaient dues en vertu du traité de Moore 1525 et du traité de la paix perpétuelle de 1527.
Que le jour de Saint-Michel de l'année 1554 ou dans les quinze jours immédiatement suivants, le roi très-chrélien et ses successeurs feraient payer audit roi d'Angleterre, tant pour les arrérages desdites pensions non payées, que pour les dépenses faites ou à faire aux fortifications de la ville et du comté de Boulogne, la somme de 2,000,000 d'écus d'or au soleil, de la valeur dont ils étaient en 1525, laquelle somme payée, ledit roi très-chrétien demeurerait quitte des arrérages desdites pensions et des autres sommes d'argent dues au roi d'Angle-
l'honneur et do la bonne chère que François I" avait faite au pape Clément VII dans leur entrevue à Marseille, et surtout de cette grande obéissance et boisement de pie; accusant aussi le roi de lui avoir manqué de parole en faisant le mariage du duc d'Orléans, son QU, avec la nièce de Clément, sans avoir rien obtenu de lui en faveur de l'Angleterre.
i. Comines, chap. m du liv. IV de ses Mémoires.
terre, échus depuis le premier jour du mois de mai dernier, comme aussi du remboursement de tous les frais faits par ledit roi d'Angleterre, à l'occasion de cette dernière guerre.
Que le roi de France et ses successeurs laisseraient jouir paisiblement le roi d'Angleterre et ses successeurs de la ville, du port, du territoire et de toutes les dépendances du comté de Boulogne, jusqu'à ce que lui ou eux eussent payé les 2,000,000 d'écus d'or ici mentionnés, outre une autre somme de 512,000 écus d'or, que le roi d'Angleterre prétendait lui être due par François Ie', en vertu d'une certaine obligation qu'il avait de ce prince, datée du 29 janvier 1629, au cas que les arbitres ou commissaires, qui seraient nommés de part et d'autre, jugeassent qu'elle fût due. Après quoi le roi d'Angleterre ou ses successeurs rendraient de bonne foi la ville de Boulogne et tout le Boulonais, sans démolir aucune partie des fortifications qui s'y trouveraient alors.
Dans ce traité Henri VIII prend deux titres incompatibles, savoir : celui de défenseur de la foi, que le pape Léon X lui avait donné pour avoir écrit contre Luther et défendu l'autorité du Siège apostolique, et. celui de chef suprême de l'Église anglicane, qu'il s'était attribué après s'être séparé de l'obéissance de l'Église romaine ; car pouvait -il retenir le premier titre sans reconnaître, au moins tacitement, l'autorité du souverain pontife dont il le tenait? Comment se disait-il le défenseur de la'foi, lui qui était devenu le persécuteur et le bourreau de tous ceux qui la professaient en Angleterre?
Le dernier traité que François fit en sa vie fut celui de Londres de 15/|7, lequel n'est qu'une explication d'un ou deux articles de la paix de I5Û6, louchant les fortifications du port et de la ville de Boulogne et les limites du Boulonais. Et probablement il ne ratifia point cet acte, car il mourut quelques jours après sa conclusion.
En 15ù9.Henri II, son fils, et Edouard VI, fils d'Henri VIII. firent un traité qui fut appelé la paix de Boulogne, non pas tant a cause du lieu où elle fut traitée, que parce qu'elle rendit la ville et le comté de Boulogne à la France, moyennant 600,000 écus d'or, qu'Henri paya à Edouard pour les fortifications, améliorations et autres dépenses t. 7
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que le roi Henri son père et lui y avaient faites. Sleidan a raison de dire que cette restitution surprit beaucoup de gens, car les rois d'Angleterre n'en avaient jamais si bien usé avec les nôtres. Ajoutez à cela qu Edouard consentit encore de rendre à la reine régente d'Ecosse les forteresses de Dunglas et de Lardre. dont les Anglais s'étaient emparés sous le règne d'Henri VI II.
Au reste, quoique l'empereur fût compris dans ce traité, et par Henri II et par Edouard VI, il ne laissa pas d'en être très- fâché, et de chercher toutes les occasions de rompre avec la France, comme il fit l'année suivante. Car la reine de Hongrie, qui gouvernait alors les Pays-Bas, et qui savait très-bien servir son frère à son gré, ayant été avertie à temps que le maréchal de Saint-André devait passer à Londres pour y jurer la paix de Boulogne et pour donner le collier de Saint-Michel au jeune roi d'Angleterre, elle fit tenir une armée navale entre Calais et Douvres, pour prendre le maréchal, qui fut ainsi obligé d'aller s'embarquer à Dieppe, d'où il passa heureusement en Angleterre. Mais, comme pour faciliter son passage, il avait fait arrêter au port de cette ville deux ou trois navires flamands, avec ordre de les relâcher aussitôt qu'on aurait la nouvelle de son arrivée en Angleterre, la reine de Hongrie en prit occasion de faire arrêter dans les ports de Flandre tous les navires français, ordonnant qu'on leur ôtàt les voiles et que l'on mît les marchandises k terre, [jour consumer les marchands en frais de poursuites. Et cette colère, ajoute Brantôme1, s'étendit sur les marchands qui trafiquaient par terre a Anvers, dont les marchandises furent saisies, bien qu'ils n'eussent rien de commun avec ceux qui naviguaient. Et l'on disait que si elle eût pu attraper alors ledit maréchal et son armement, elle l'eût rançonné comme un mignon et favori du roi. Ainsi, Henri II ne fut pas de meilleure intelligence avec Charles-Quint que François l", et ce fut l'unique chose en laquelle il suivit les traces et les sentiments de son père, car il rappela a la cour le connétable de Montmorency et le fit son premier ministre, à l'exclusion du cardinal de Tournon et de l'amiral d'Annebaut, que son père lui avait fort recommandés en mourant ; taut les princes sont jaloux de