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Dans l'Éloge du maréchal «le Saint-André

SUR LKS TRAITÉS DES PRINCIKS. W

leur autorité particulière, a laquelle ils croiraient avoir dérogé s'ils se servaient des ministres et des créatures de leur prédécesseur.

En 1551, Henri et Édouard firent un autre traité dont les principaux articles étaient :

Que sitôt que madame Elisabeth de France aurait atteint l'âge de douze ans, Édouard lui enverrait des ambassadeurs et procureurs suffisamment autorisés, lesquels épouseraient en son nom, par paroles de présent, en présence de deux notaires ou témoins appelés et requis à cet elfot; et, pareillement, que si un mois après qu'Elisabeth aurait douze ans accomplis il plaisait au roi de France d'envoyer en Angleterre des ambassadeurs et procureurs suffisamment autorisés pour contracter ledit mariage, Edouard le célébrerait avec eux, par paroles h ce propres et convenables, en présence de notaires et de témoins qui y seraient appelés.

Que ladite dame Elisabeth aurait pour dot 200,000 écus payables en deux termes : la moitié le jour de la solennisation du mariage, et l'autre moitié au bout de l'an; et que le roi, .son futur époux, lui donnerait et assignerait le même revenu annuel qu'avait l'infante Catherine, première femme d'Henri VIII, savoir, 20,000 nobles à la rose de monnaie d'Angleterre, chaque noble valant 20 gros de la monnaie du pays.

Que si elle survivait a Edouard, elle jouirait, durant sa vie, de tous les biens, meubles et joyaux dont les reines douairières d'Angleterre avaient accoutumé de jouir; que si, au contraire, Edouard lui survivait, ayant ou n'ayant point d'enfants d'elle, en ce cas il profiterait et hériterait de sa dot et de tous ses meubles selon qu'il se pra^ tiquait ordinairement dans le royaume, et surtout entre les rois et les reines d'Angleterre.

Que celui des deux rois qui empêcherait l'accomplissement de ce mariage quand ladite dame Elisabeth serait nubile, payerait à l'autre la somme de 00,000 écus d'or, à faute de quoi le demandeur serait en droit de l'exiger des pays, terres el sujets du contrevenant, et de la prendre et lever sur les biens meubles et immeubles desdils sujets, eu quelque lieu qu'ils se trouvassent, soit sur mer ou sur terre.

Enfin, que celle des parties de qui serait venu l'empêchement

àudit mariage soit Edouard soit Elisabeth, qui n'étaient pas en âge de l'accomplir1, ou le roi très-chrétien, serait exemple de tout reproche et quant à l'honneur et quant à la conscience, aussitôt que ladite somme de 50,000 écus d'or aurait été entièrement payée.

Ce traité fut fait a Angers par les cardinaux de Lorraine et de Cliùtillon, le connétable Anne de Montmorency et Jean de La Chesnaye, surintendant des finances.

En la même année les princes protestants d'Allemagne, irrités de n'avoir pu obtenir de l'empereur la liberté du landgrave de Hesse, qu'il tenait prisonnier depuis l'année 1547, et alarmés de la tentative qu'il avait faite auprès des électeurs pour faire associer son fils avec son frère à la dignité de roi des Romains, commencèrent à songer aux moyens de s'opposer ouvertement aux desseins ambitieux de ce prince, dont le but était de rendre l'empire héréditaire dans sa maison*. Maurice, électeur de Saxe, et le marquis de Brandebourg, qui se trouvaient offensés de ce que l'empereur leur avait manqué de parole en détenant le landgrave, furent les premiers qui prêtèrent l'oreille aux propositions que leur fit Jean de Presse s, évèque de Bayonne, d'une ligue avec la France. Elle fut conclue peu de temps après, en 1551, a Chambord,et ratifiée au mois de janvier 1552, au contentement même des princes catholiques qui ne craignaient rien davantage que l'agrandissement de l'empereur.

Le 1" avril, l'électeur Maurice assiégea Augsbourg, et la ville s'étant rendue le treizième, il marcha avec tant de célérité vers Inspruck où étaient l'empereur et le roi des Romains, que peu s'en fallut qu'il ne les prît tous deux prisonniers avec leurs principaux ministres. Et, depuis ce jour-là, Charles-Quint, qui s'était donné pour dicton le r«ii, vidi, vici, de César, éprouva jusqu'au jour de son

4. Édouard était né au mois d'octobre ir>37 et Elisabeth en 154fi, tandis que la paix se traitait entre François I" et Henri VIII, qui, à celle occasion, fut prié de la tenir sur les fonts de baptême.

t. Cabrera, historien judicieux et sincère, dit que Charles-Quint fut venu à bout de cette entreprise, si le prince Philippe eût su garder le secret en relte rencontre. ( Liv. t" de son Histoire, chap. m. )

3. Sleidan l'appelle Joannes Fraxinetu, c'est-à-dire du Fresne ; mais il est appelé de Prewe dan» un endroit des Mémoires de Richer, ainsi que dans le traité de cette ligue.

abdication que la fortune de César l'avait abandonné pour jamais. Henri II de son côté se saisit des villes de Metz, Toul et Verdun pour en jouir, selon les conventions de la ligue4, en qualité de vicaire de l'empire2. Et la ligue n'en fût pas demeurée là, si Maurice, qui était gendre du landgrave, n'eût appréhendé que ce prisonnier ne fût la victime de la guerre qu'il faisait à l'empereur, qui le menaçait de lui envoyer la tête de son beau-père. Il accepta donc les conditions qui lui furent offertes, l'une desquelles était la délivrance du landgrave. Ainsi la paix fut conclue dès le mois d'août suivant à Passaw.

Ensuite de cette paix, où Charles-Quint sacrifia les intérêts de la religion à la satisfaction des protestants, à dessein de se servir de leurs forces contre Henri II, il vint mettre le siège devant Metz avec une armée de plus de cent mille hommes; mais après y avoir perdu deux mois et demi de temps et plus d'un tiers de ses troupes, il fut contraint de se retirer en Flandre, honteux de voir que l'empire eût perdu les villes de Metz5, Toul et Verdun sous son règne, sans espé-

1. Le même Cabrera dit qu'il faisait beau voir les princes protestants d'Allemagne faire une ligue pour la défense de la liberté de l'empire, tandis qu'ils le démembraient (liv. I, chap. v . Par l'article 24 de cette ligue, ils consentaient que le roi se saisit de toutes les villes impériales où l'on parlait français.

2. Henri II préjudiciait aux droite de la France en acceptant la condition de tenir Metz, Toul et Verdun, en qualité de vicaire de l'empire, ces trois villes n'étant point en Allemagne, mais en France, selon les anciens géographes, ou en Lorraine, selon les modernes. Et cela est si vrai, que dans une cause longtemps plaidée à Rome, sur le droit que le chapitre et les chanoines de Verdun prétendaient avoir d'élire leur évoque, comme font les chapitres d'Allemagne, la rote jugea que le pays Messin n'était point compris dans le concordat d'Allemagne, c'est-à-dire dans la bulle du pape Nicolas V, de 1442. Et il fut vérifié dans ce procès que depuis environ cent quarante-cinq ans les papes avaient toujours pourvu à cet évêché, pleinement, purement et simplement, sans confirmer jamais aucune élection faite par le chapitre de cette église. Lettre CCXCVIdu cardinal d'Ossat. qui en cela contredit formellement ce que le chancelier Olivier dit dans le mémoire qu'il Gt pour la conférence d'Ardres, de to'iS.

En 1560, l'empereur Ferdinand ayant envoyé en France Louis Madruce, évéque de Trente, pour demander la restitution de Metz, Toul et Verdun , le même chancelier Olivier opina dans le conseil qu'il fallait faire trancher la tète au premier qui parlerait de les rendre à l'empire.

3. (Juant au siège de Metz, Brantôme dit que Charte— Ou int le leva d'autant plus à regret, que pour regagner l'estime et l'allecuon des Allemands, il leur avait promis de faire retourner Metz, Toul et Verdun à l'empire, qui était la chose du monde qu'ils désiraient davantage. (Dans Y Éloge, de François, duc de Guise.)

rance de les recouvrer jamais. Il est vrai que l'année soi vante (comme 1rs armes sont journalière) il eut sa revanche à Thérouanno qu'il fit raser jusqu'aux fondement*, et ce fut son dernier exploit de guerre. Mais la gouvernante des Pays-Bas. sa so'tir. qui haïssait mortellement Henri à cause d'une certaine chanson sur ses amours qui se chantait h la cour de France, et le duc de Savoie, son neveu, dont le père avait été dépouillé par François 1", ne laissèrent pas de continuer la pierre en Picardie et d'y faire de grands ravages, dont Henri se dédommageait au centuple sur l'Artois, le Hainaut.le Cambrésis et le comté do Namur.

Marie, reine d'Angleterre, qui avait épousé Philippe, fils de l'empereur, appréhendant que cette alliance, dont le roi de France était très-mécontent, ne l'obligeât d'entrer dans la querelle de son beau-père, s'employa si efficacement auprès de ces deux princes qu'ils envoyèrent leurs députés entre Ardres, Calais et Oraveline* pour traiter un accommodement5. Maisla déclaration que firent ceux d'Henri, qu'il ne rendrait point les F.tats au duc de Savoie que l'empereur ne rendît en môme temps la Navarre h l'héritière de la maison d'Albret et la ville de Plaisance au duc de Parme, rompit la conférence.

Il survint encore alors un autre empêchement à la paix : ce fut l'exaltation du cardinal Jean-Pierre CaratTa au pontificat, c'est-à-dire du plus grand ennemi qu'eût l'empereur, qui lui avait donné ouvertement l'exclusion, indigné de voir briguer le souverain pontificat par un homme de quatre-vingts ans qui, dans la fleur de son âge. s'était jugé indigne du plus petit évéché3. Ce pape, animé de son propre ressentiment, et d'ailleurs aiguillonné par son neveu, qui le faisait souvenir à tous propos des outrages que les ministres d'Kspagne lui avaient

t. Ville déjà falalc aux Français par l.i perte des deux batailles de («uinctjale. toutes deux pi^né^s par Maximihen d'Autriche, aïeul de Charles-Quint, l'une en 1479. dont il ne sut pas profiter, et l'autre en 151 S. où furent pris Louis, dur de Lonpuc- \ille; le seigneur de Li l\i!i qui fut depuis maréchal de F nuire; le chevalier Bavard et plusieurs autres. Appelée In Jimrm'r rfrs e/jrro//*, a cause de la fuite de la cavalerie.

5. Sleidan dit que l'em|>crcur envoya l'cvequc d'Arras: le roi de France, le cardinal de Lorraine rt le connétable de Montmnrenc\ ; et la reine Marie le cardinal de Poole, le comte d'Arondel et le baron l'a pet. et que celte assemblé se tint dans une plaine située entre ces trois villes, parce que la première appartenait au roi, la seconde a la reinp. et la troisième à l'empereur. ' Liv. XXVI de son Hinlniro.)

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