Cabrera, chap. v du liv. \" de son W*inir
faits à Naples, traita et conclut une ligue offensive et défensive avec le roi Henri, dont les principaux articles étaient : que le pape donnerait l'investiture du royaume de Naples à l'un des fils de France, excepté le dauphin, et retiendrait le duché de Bénévent1 pour être incaméré, c'est-à-dire pour être réuni a la Chambre apostolique avec quelques autres terres, moyennant lesquelles l'État ecclésiastique s'étendrait d'un côté jusqu'au golfe de Venise, et de l'autre jusqu'au C.arillan ; que le roi donnerait en terres, situées dans le royaume, la valeur de 25,000 écus de rente au comte de Montorio et de 15,000 au marquis de Montebello, ses neveux ; que pour les frais de la guerre on déposerait 500,000 écus à Venise, savoir, le roi 350.000, et le pape 450,000. Cette ligue fut signée à Rome5 par les cardinaux de Lorraine et de Tournon. dont celui-ci le fit à regret, prédisant qu'elle serait funeste à la France; l'autre au contraire, qui ne songeait qu'a l'agrandissement de sa maison, engageait d'autant plus volontiers le roi dans cette guerre lointaine, qu'il la regardait comme le plus sûr moyen de se faire élire pape, si la vacance du saint-siége arrivait, ainsi qu'il y avait grande apparence, tandis que le duc de Guise , son frère, serait k la tête d'une puissante armée, dans le voisinage de Rome.
11 ne tint pas à la reine Marie d'Angleterre, que cette ligue papale < ne fiU étouffée dès sa naissance, car elle ménagea si bien Henri et Philippe, son époux, depuis roi d'Fspagne par la démission de son père, que les deux rois conclurent une trêve pour cinq ans, six ou sept semaines après la signature du traité d'entre Paul IV et Henri. C'est la trêve de Vaueelles en Cambrésis (1555), fameuse par la légation du cardinal Caraffa, qui vint tout exprès en France pour en persuader la rupture5; par la vaine crédulité du roi qui se laissa leurrer de la con-
t. Ce duché, qui est enclavé dans le royaume de Naples. est à l'égard du pape, de la même condition que le cointat d'Avignon en Provence. t. Le 15 décembre t'>.i'i.
3. Le cardinal Caraffa se plaignant que la trêve de Vaueelles, non -seulement détruisait la Ligue faite avec le pape son oncle, mais exposait encore toute la maison Ca rafla a la vengeance des Espagnols, le connétable de Montmorency répondit que le pape n avait aucun sujet de se plaindre ni de s'alarmer de cette trêve, puisqu'il y était compris.
m OBSERVATIONS HISfORIQl'ES ET POLITIQUES
quêle imaginaire du royaume de Naples . par l'ambition des Guises qui désiraient la guerre d'Italie: l'un, pour devenir pape; et l'autre, pour se faire roi de Naples, en vertu d'une prétention surannée qu'avait leur maison sur ce royaume1; par l'infidélité des Carafla. qui firent secrètement leur accord avec les Espagnols, dès que les Français furent entrés en Italie; enfin . par la perle de la bataille de Saint-Quentin, qui ne fut pas moins funeste à la France que celles de Crécy, de Poitiers, d'Azincourt et de Pavie2 : comme si c'eût été un malheur attaché à la maison des Valois, de signaler tout leur règne par quelque grand désastre. Celui de Saint-Quentin fut tel que Charles- Quint demanda au courrier, qui lui en apporta la nouvelle en Espagne, si son fils était dans Paris. En effet , si le duc de Savoie y fût venu incontinent après la bataille gagnée, on tient pour certain qu'il aurait trouvé les portes ouvertes et la ville abandonnée5, tant la frayeur avait troublé les esprits. Ce fut en mémoire de cette bataille qui se donna en 1557, le jour de Saint-Laurent, que Philippe II bâtit le somptueux monastère de l'Escurial . autrement dit San hnvnzn el Real de la Victoria, parce que l'église lui en est dédiée, soit en reconnaissance de la victoire remportée sous 1rs auspices d'un saint Espagnol ; soit en réparation d'une de ses chapelles, qui fut ruinée dans la prise de Saint-Quentin.
Au reste, le succès qu'eut la ligue d'entre Paul IV et Henri II est un bel exemple du peu de fond qu'il y a à faire sur les confédérations papales, qui ne subsistent qu'autant qu'elles sont utiles à des neveux avares et ambitieux, qui, regardant le pontificat comme une puissance
1. A cause do leur bisaïeule Yolande d'Anjou, héritière des rois de la seconde maison angevine. Mais ces rois n'avaient jamais ele que titulaires.
2. Brantôme dit que ce désastre fut cause que le maréchal de Brissac, qui avait conquis presque tout le Piémont, perdit l'occasion de conquérir aussi le Milanais, où il était sur le point de porter ses armes victorieuses, parce qu'il fut oblige d'envover au roi ses meilleures troupes pour secourir le plus presse et le plus important. Dans t Éloge do ce maréchal.)
3. Cabrera, dont le père et l'aïeul étaient à la bataille de Saint-(Juontin . dit que le «lue de Savoie prit le meilleur parti ; et que s'il fut aile droit à Paris comme plusieurs capitaines le lui conseillaient, il aurait bien pu lui arriver, ainsi qu'au duc son père, d'entrer en France mangeant de* faisans, et d en sortir ensuite mangeant des racine». ' Liv. IV de son Histoire, ebap. vui. |
de courte durée, se hâtent de faire leur fortune aux dépens de leurs amis et de leurs ennemis, taw/uàm apud senem festinantes; sans se piquer jamais, ni de générosité, ni de bonne foi, ni de reconnaissance : vertus peu connues, ou du moins peu pratiquées à la cour de Rome, où l'intérêt domine souverainement. Ainsi le cardinal Caraffa,qui savait bien les intentions de son oncle, ne lit jamais rien de plus convenable au népotisme que ce qu'il fit le jour de son entrée publique à Paris, où, voyant le peuple à genoux dans les rues, il disait de temps en temps : chi vital' esser ingannato, sia ingannalo. Mais personne ne fut plus la dupe de cette ligue et de cette légation, que le duc de Guise qui, arrivant à Rome, trouva le pape sans argent, sans provisions de guerre et sans troupes, et n'ayant pour toutes forces que la haine, la colère et le désir de se venger, sans rien débourser.
Après qu'Henri II eut rompu la trêve de Vaucelles, qui était purement l'ouvrage de la reine d'Angleterre, cette reine, pour en témoigner son ressentiment ou pour complaire au roi Philippe, son époux, envoya déclarer la guerre à Henri1, qui s'y était d'autant moins attendu , que les Anglais ne considérant point Philippe comme leur roi, mais seulement comme le mari de leur reine2, ne se tenaient point obligés de prendre ses querelles. Quoi qu'il en soit, cette déclaration coûta cher aux Anglais qui, sept mois après perdirent la ville de Calais3, qu'ils avaient possédée par l'espace de deux cent dix ans. Ce qui donna lieu à ce bon mot de Paul IV : « la perte de Calais est le « douaire de la reine d'Angleterre. >r car en effet, c'est tout ce que lui valut son mariage avec Philippe II. El pour comble de malheur, elle perdit encore le comté de Cuines, afin que les Anglais eussent la mortification de ne posséder pas un pouce de terre en France. Aussi en mourut-elle de déplaisir dans la même année4.
Charles-Quint étant mort au mois de septembre, Philippe, qui voulait retourner en Espagne, où sa présence était absolument néces-