Le 15 novembre
saire, prêta volontiers l'oreille aux premuVros propositions d'accommodement avec le roi de France qui. de son cùté craignait que les Espagnols, enflés de la victoire de C.ravelines, ne vinssent assiéger Calais. Ainsi les deux rois, trouvant leur compte à finir la guerre, envoyèrent chacun leurs députés en l'abbaye de Cercamp. située entre la Picardie et l'Artois dans le comté de Saint-Pol. La conférence commença le 15 octobre, et dès ce jour-là, Henri et Philippe congédièrent toutes leurs troupes, pour montrer réciproquement qu'ils ne désiraient rien davantage que la paix. Le 1" décembre suivant, les députés se séparèrent après avoir signé, en vertu de leurs pouvoirs, une suspension d'armes qui devait durer jusqu'au premier jour de février 1559, avec promesse « de retourner et de se rassembler le 25 janvier, jour « de la Conversion-de-Saint-Paul. soit en la même abbaye ou en tel « autre lieu qu'ils aviseraient d'ici là. soit eux-mêmes ou autres qu'il « plairait à leurs princes et maîtres d'envoyer, pour achever une si « sainte nui vie. »»
Les mêmes députés a étant rendus à Cateau-Cambrésis, où la conférence fut transférée, il fut dit, par un acte du fi lévrier, que « la « surséance d'armes durerait tout le temps qu'ils seraient en négo- « dation, et encore six jours après la dissolution de l'assemblée, où il »< serait permis à la nouvelle reine d'Angleterre Llisabeth d'envoyer « aussi les siens. » Ce qu'elle ne manqua pas de faire pour défendre ses intérêts contre le roi de France qui, la tenant pour bâtarde adultérine, prétendait quo la couronne d'Angleterre appartenait à la jeune reine d'Fxosse. femme du dauphin, son fils. Lutin, la paix fut conclue au commencement d'avril, mais à des conditions si désavantageuses pour la France, que si Philippe II eût été dans Paris, il n'eût pas pu en exiger d'autres. Il suffit de dire que pour trois villes qu'il rendait en Picardie, savoir. Ham, le Catelet et Saint-Quentin. Henri en rendait cent quatre-vingt-dix-huit1, en Flandre, en Piémont, en Toscane et en Corse. Chose honteuse, et qui a flétri la mémoire d'Henri II d'un opprobre éternel. Si le procureur général du parlement de Paris avait
I. Le Laboureur, <hap. i «tu liv. V rie ses additions aux Mémoires de Caslrhiau, dit que cette paix nous routa plus Ho trois ponts places, rjup nous rendîmes sux Espagnols pt a leurs allies.
protesté en 1529 contre les traites de Madrid et de Cambrai, et le chancelier Olivier contre celui de Crespy. tous les parlements de France étaient encore plus en droit de protester de nullité contre la paix de Cateau-Cambrésis, qui affaiblissait bien plus le royaume que n'avait fait la bataille de Saint-Quentin et de Gravclines. puisque la France perdait en un jour tout ce qu'elle avait conquis on trente ans. Ajoutez à cela qu'il était également injuste et ridicule qu'Henri II donnât davantage à Philippe II pour la rançon du connétable de Montmorency, son favori, que la France n'avait voulu donner à Charles-Quint pour celle de François I", son roi. Voici ce qu'en dit un de nos historien». Ce connétable, dit-il, avait éprouvé la bonne et la mauvaise fortune, mais Henri II l'aima si constamment, que les Espagnols l'ayant pris « à la journée de Saint-Quentin, » il le racheta par la restitution de cent villes conquises; de sorte que, s'il a passé pour un grand homme, c'a été autant pour ce qu'il a coûté à la France, que pour les services qu'il a rendus à nos rois ». Mais ce qui me paraît plus surprenant, c'est de voir le cardinal de Lorraine et le connétable, qui étaient les deux principaux plénipotentiaires dans cette négociation, conclure, de commun accord, un traité qui relevait la fortune du connétable, le plus dangereux adversaire de la maison de Guise. Car il est certain que si la paix ne se fût point faite, le connétable aurait été débusqué par le duc de Guise, qui, depuis la prise de Calais, dont il n'était pas pourtant l'unique ni peut-être le principal auteur2, était
« L'tramqup forlunam pxpertus est ; Ilenrici Lamcn secundi lu m pcrlinari favori* priions extitil, ut captivus. ccnlnm urbium jacturn. al) en redemptus sit. fruit' non Ualli.r conimodo tantùm. sed et dispendio magnus babitus est. »
t. Brantôme dit quo lorsque l'entreprise de Cilais fut proposée an dm- de Guise, te duc y trouva non-seulement delà difficulté . mais encore de l'impossibilité ; qu'au conlra're Jean de Moucliy. seigneur de Sennrpont , lieutenant de roi en Picardie, la trouva facile, après avoir fait reconnaître exactement la place; et que ce fut par son conseil et à son instaure que le roi voulut absolument qu'on l'assiégeât. Ainsi, selon le temuiiMidge même de Brantôme, qui exalte le duc de (luise comme le César de son siècle, Senarpont fut le principal auteur et promoteur dp cptle glorieuse entreprise, puisque sans lui Henri II , qui voyait que le duc la jugeait impossible, n'eût jamais repasser outre après ce qui venait de lui arriver k la bataille rie Sainl-IJuenlin. Kt ce fut pour conserver la mémoire île ce service, dont il n'avait point eto récompensé, qu il fit metlre sur le frontispice d'un bâtiment ce verset dlsaïc :
r;i..nam un-arn aluri non daho.
regardé comme le génie tutélaire de la France au lieu que son rival avait été toujours malheureux à la guerre. Retournons au traité de Caleau-Camhrésis.
Henri promit en mariage Klisabeth, sa fille aînée, au roi Philippe, qui l'épousa par procureur le 22, ou. selon d'autres, le 27 juin, et Marguerite, sa sow, à Emmanuel Philibert, duc de Savoie, qui, étant venu à Paris sur la fin du même mois, y consomma son mariage le 9 juillet, durant l'agonie du roi, qui mourut le lendemain. Et peut-être ce mariage ne se fût-il jamais accompli, ni par conséquent la restitution de Piémont, si le duc eût différé d'un jour d'épouser Marguerite. Tant il importe de savoir prendre l'occasion aux cheveux. Madame Elisabeth avait été proposée, l'année précédente, pour le prince d'Espagne, don Carlos, qui n'avait qu'un an plus qu'elle; mais le roi Philippe étant devenu veuf au même temps, il trouva plus à propos de l'épouser lui-même, et de donner à son fils la fille aînée de Maximilien, roi des Romains, sa nièce, pour réunir tout le sang d'Autriche dans sa ligne droite, et pour mettre dans les intérêts de sa couronne les Allemands, dont l'amitié lui était nécessaire, a cause des Pays- Bas et des États qu'il possédait en Italie1. Elisabeth, que les Espagnols appellent toujours, doua Isahrf de la Paz, en mémoire de cette paix, étant morte en 1568. au mois d'octobre, et don Carlos au mois de juillet précédent. Philippe prit encore pour femme celle qu'il avait longtemps promise à son fils; ce qui a fait dire à Stiada qu'il était fatal a don Carlos d'avoir pour belles-mères celles que son père lui avait destinées pour épouses
Philippe in-ista longtemps sur l'article de Calais, pour obtenir qu'il fût rendu aux Anglais, qui étaient d'autant plus honteux de la perte de cette place, qu'ils s'étaient glorifiés, deux cents ansdurant. « d'avoir les clefs de la France pendues à leur ceinture. » Mais outre que leur roi Henri ne voulait pas qu'ils eussent une telle obligation à Philippe, ni qu'il fût en crédit auprès d'eux, la raison d'État, ni la