I. Caliror.i, chHji. xwiu. hv. IV d*? son Histoire
i. « IVrjK'tuo Ctroli falo, ut uxores sibi oVsignatas pater aul vivo praeriperet, aut in morlui lu. uni ducoret. ; Lih. Ml, Urrnd. 1. ,
protection qu'il devait à ses sujets, ne permettaient pas de lui rendre jamais une ville qui lui servait de barrière contre les plus anciens et les plus dangereux ennemis de son royaume. C'est pourquoi ses députés à la conférence de Cercamp déclarèrent hautement à ceux d'Espagne, que le roi leur maître donnerait aussitôt sa couronne à Philippe que Calais, et que si Philippe leur avait ordonné de ne rien conclure qu'à cette condition, ils le devaient dire franchement, atin qu'on ne perdît plus de temps à négocier inutilement *. On ajoutait que Calais était un ancien héritage et patrimoine de la couronne de France, que les Français avaient, non pas conquis, puisque c'était leur propre bien, mais reconquis sur les Anglais, qui n'y avaient jamais eu d'autre droit que celui de la force; qu'il ne fallait point alléguer le traité de Brétigny, par lequel le roi Jean le leur avait cédé et abandonné, puisque depuis sa prise à la bataille de Poitiers, il n'avait jamais été libre ; et qu'étant revenu en France sur sa parole, pour y faire exécuter le contenu de ce traité, et n'ayant pu tenir tout ce qu'il y avait promis, il fut contraint, pour dégager sa foi, de retourner en Angleterre, où il mourut; que la jouissance de plus de deux cents ans, par laquelle ils prétendaient prescription, ne leur donnait aucun droit, d'autant que les choses tenues par force et par violence ne se prescrivaient point, quelque longtemps qu'on les eût tenues et possédées, outre que la prescription n'est point d'usage entre les princes.
Il faut remarquer ici que la reine Elisabeth, craignant que le roi de France ne lui fit la guerre, a cause des prétentions de la reine dauphine, à qui Paul IV avait adjugé la couronne d'Angleterre, traita secrètement, et sans la participation des ambassadeurs de Philippe, avec Henri, et lui abandonna Calais, voulant bien se contenter de la promesse que firent ceux de France, que le roi leur maître lui rendrait cette place dans huit ans, à compter du jour de la signature du traité; comme aus^i le comté de Guines et la terre d'Oye, avec les châteaux, forteresses et seigneuries de leur dépendance. Lequel terme échu, Henri ou ses successeurs, n'accomplissant pas celte restitution, seraient tenus de payer, pour amende, la somme de 500,000 écus d'or
<. Lettre des députés de France, écrite de Cercainj), le î\ octobre 1.H.'i8.
à la reine Elisabeth ou à ses hoirs et successeum à la couronne d'Angleterre, rato manente pacto, c'est-a-dire, sans que le payement de cette amende déchargeât le roi très-chrétien et le roi dauphin, son fils, ni leurs hoirs et successeurs, de la promesse par eux faite de rendre la ville de Calais et la comté de Cuines avec toutes leurs appartenances et dépendances Et cet accord, à mon avis, fut un coup d'Ktat, par où elle s'affermit sur le trône, dès le commencement de son règne, qui courait risque d'èlre fort malheureux, si les armes de la France eussent secondé les foudres de la cour de Rome.
Cabrera dit que la prise de Calais vint d'une intelligence que le gouverneur de Boulogne entretenait avec les calvinistes de cette ville, qui étaient fort irrités des persécutions que la reine Marie d'Angleterre faisait à leurs confrères, et qu'Elisabeth, imbue des même» opinions, favorisa sous main cette entreprise, pour abréger les jours de sa sœur, à force de peines et de soucis 2. Ht cela lui réussit en effet, car Marie mourut dix mois après la perte de Calais, et laissa la couronne à celle
a qui elle avait voulu par trois fois ôter la vie; Dieu permettant qu'Elisabeth régnât, pour être le lléau de celui qui ne s'était oppose à sa mort que pour frustrer la jeune reine d'Ecosse de la succession du royaume d'Angleterre, dont il savait qu'elle était la légitime héritière. L'auteur des additions aux Mémoires de Ca«delnau a très-bien remarqué que la mort de la reine Marie fut cause que Philippe 11 s'opiniâtra encore davantage à demander, par ses députés, la restitution de Calais, dans la pensée d'épouser la reine Elisabeth \ et de con-
1. Calais ne fui |>oint rendu ni I n .'lut), 000 ecus |wyes, |wrce qu'Elisabeth uolu ce traité, non-seulement en se saisisse ni du Havre-do-Cntce, pur où «'lie espérait d'envahir toute la Normandie, mai-; encore en soutenant la rébellion des Eco<siis contre la reine Dauphine. Contravention par laquelle Elisabeth était deetiue du droit que le traite de Cambresis lui emiservait sur Calais; mais le roi Charles IX ne laissi pas de l'exécuter en partie. c'est-à-dire quant à l'amende pécuniaire, après la conclusion de la paix qu'il fit avec elle en io»54. , •
2. Chap. xvt du même livre, et Herrera . chap. v du liv. I de son Histoire, où il ajoute que le baron de Yenwnnh , ayant rendu Calais sans attendre le secours que Philippe lui envoyait de Dunkerque. se relira en France pour éviter la punition de sa faute, et retourna, après la mort de la reine Marie, en Angleterre, où d fut employé par Elisabeth. Preuve évidente qu'il avait n^i de concert avec 'elle.
3. Quand le comte de Feria lit la proposition de ce mariage à Elisabeth, elle lui
Unuer par la son alliance et confédération avec les Anglais. Et il avait cette affaire si fort à cœur, que le duc d'Alve dit au cardinal de Lorraine, sans crainte d'en être désavoué, que le roi catholique son maître se contenterait que la Savoie, la Bresse, et tout ce que nous avions conquis du Piémont, demeurât au roi très-chrétien, pourvu qu'en faisant la paix il rendît Calais aux Anglais, et Metz, Toul et Verdun, à l'empire. Témoignage qu'il ne tint pas à Philippe 11 qu'il n'abandonnât le due de Savoie De quoi celui d'aujourd'hui, qui se rencontre presque dans la même situation d'affaires, devrait bien se souvenir, pour ne pas courir le même risque.
Par le trente-cinquième article de cette paix, il était dit que le duc Emmanuel-Philibert serait rétabli dans ses pays de Savoie, de Bresse, Bugey, Yalromey, Maurienne, Tarantaise, et dans sa principauté de Piémont2, excepté Turin, Quiers, Pignerol, Chivas, et Villeneuve d'Ast, que le roi très-chrétien retiendrait par forme de gages, jusqu'à ce que les différends sur les droits par lui prétendus auxdits pays, du côté de Louise de Savoie 3, son aïeule, fussent terminés ; ce qui se devait faire dans trois ans au plus tard, sans aucune prolongation; en sorte que, ce terme expiré, le duc entrerait en pleine et libre possession de ces cinq villes, pour en jouir paisiblement, ainsi que de ses autres terres. En exécution de cet article, François 11 et le duc Emmanuel nommèrent, en 1500, des commissaires pour examiner les droits et
répondit si ambigument qu'il ne lui fut p;is difficile do s'apercevoir qu'elle n'avait aucune inclination pour le roi son maître. ^abrera.)
4. Lettre du cardinal de Lorraine nu roi, 1 fi février t.Viy.
2. Je. liens de feu M. le comte de Brissac. dit Urantdme, que M. le maréchal son père n'eut jamais rendu ce* pays, après la mort du roi Henri, pour toul autre que madame de Savoie, qu'il aimait, et honorait si fort, pour beaucoup de raisons que je dirais bien, qu'il banda les yeux à son ambition et au bien public.
3. Ui mere de François lrr avait prcUndu que Imite la Savoie lui appartenait en vertu du testament fait, en sa faveur par le duc Philibert, son frère, mort sans enfants en 1504; mais le duc Otaries lit. son frère d'un autre lit , soutint contre elle et contre le roi François, son neveu, que ce duché n'était jamais tombe en quenouille, non plus que la couronne de France ; et que pir conséquent François n'y pouvait rien prétendre du cote de sa mere. El Louis XIII semble avoir reconnu cela pour vrai dans les traites qu'il fit en IKiO avec le prince Th< mas. et en 16lï avec le cardinal de Savoie et le prince de Carignan, son frère, où il est dit que le roi maintiendra dans la maison do Savoie la succession des descendants mâles au duché, gardant la prérogative du degré.
les titres de part et d'autre. Ceux du roi demandaient le cnmlé de Nice, qu'ils soutenaient faire partie de lu Provence, le comté d'Ast.
qui était du patrimoine de la maison d'Orléans, où Valentine de Milan l'avait apporté pour dot ; les villes de Turin, Coni, Mnndovi, Albe, Quiers et Savillan; l'hommage du Fauciguy et du Genevois; enfin, tout ce qui était échu par succession à la mère de François I". son aïeul. Mais comme les députés des deux princes savaient mieux disputer que négocier, ils se séparèrent sans rien conclure.
L'année suivante. Catherine de Médicis, se trouvant régente, fit expédier au nom du roi Charles, son fils, des lettres patentes, par lesquelles il était ordonné au seigneur de Bourdillon, qui commandait alors en Piémont, de rendre au duc, Turin. Ouicrs. Chivas, et Ville— * neuve d'Ast, en échange de Pignerol, Savillan et La Pérou*» avec
toutes leurs dépendances. Bourdillon ne voulut point exécuter cet ordre, et remontra au roi qu'étant encore mineur, il n'avait pas le pouv oir de disposer des biens qui lui appartenaient ; que ces places servaient de rempart à son royaume, et lui tenaient lieu de gage et d'assurance pour Nice, Coni, Fossan, Savillan, Mondovi, le comté d'Ast, et pour plusieurs autres droits qu'il av ait sur la maison de Savoie; que la ville de Turin, à la prière de tous ses habitants, avait été unie et incorporée à la couronne en 1537 et les lettres vérifiées en tous les parlements. Ft pour conclusion, il demandait que l'exécution des ordres de la cour fût sursise jusqu'à la majorité du roi. Mais après trois jussions, il fut obligé d'obéir, et peut-être ne l'anrait-il pas fait encore, si leduc n'eut prêté 100.000 écus au roi, et n'eût payé sur-lechamp tout ce qui était dû à nos garnisons. Brantôme dit que le duc n'aurait jamais recouvré ces places, s'il n'eût corrompu par de grands présents Bourdillon et le président de Birague. son beau-père, qui y
exerçait alors la charge d'intendant de justice. Mais le Laboureur2 dit que ce fut le regret qu'on eut à ces places qui lil dire que le duc et la duchesse avaient gagné Bourdillon. Fnfm. ajoute-t-il. soit qu'il eût
1. M. de Th'Ui dit que re fut le cirdinal de Lorraine qui lit l'ouverture de cet échange.
ï. Lh . IV de se» Addition* aux Mémoire» de Caslelnau, au chapitre du maréchal de Bourdillon.
fait sa paction particulière avec eux ou qu'ils lui en eussent témoigné une reconnaissance gratuite; il est vrai qu'il revint à la cour avec beaucoup de bien.
Enfin, Henri IIÏ passant par Turin paya la bonne chère et les caresses de sa tante Marguerite de la promesse de rendre ces trois villes qui sont les clefs du Dauphiné et du Piémont ; faute dont il se repentit depuis très-souvent, et particulièrement lorsque Charles- Emmanuel, fils d'Emmanuel-Philibert et de Marguerite, eut l'audace d'usurper en pleine paix, et durant la tenue des États du royaume, en 1588,1e marquisat de Saluées auquel il n'avait aucun droit, puisque son aïeul et son père n'en avaient jamais stipulé la restitution dans les traités de Grespy et de Cateau-Cambrésis, et que dans le temps même de l'invasion de ce marquisat, Charles-Emmanuel avait fait dire, par ses ambassadeurs, à tous les princes d'Italie et aux autres, que ce n'était point pour se l'approprier qu'il s'en était saisi, mais pour le conserver à la couronne de France, et pour empêcher que les huguenots de Dauphiné ne s'en emparassent et n'introduisissent l'hérésie au milieu de l'Italie.
Au reste, l'ingratitude de ce prince envers la France montre que le duc de Ncvers, gouverneur pour le roi delà les monts, avait eu juste raison de dissuader a Henri III la restitution des trois places promises, lui remontrant qu'elles tenaient lieu de gage pour les comtés de Nice et d'Ast, et pour d'autres seigneuries que le duc de Savoie avait usurpées ; que ce serait démembrer l'héritage que ses pères lui avaient acquis, se fermer la porte de l'Italie pour jamais, et se priver des moyens de recouvrer ce qui lui appartenait justement et de secourir le pape et les autres princes et Etats d'Italie que le roi d'Espagne voudrait opprimer ; que ces places tenaient en bride les Espagnols, qui s'abstiendraient de faire des entreprises contre la France, tant qu'ils craindraient d'être assaillis par le Milanais; que la ville de Pignerol étant située à l'issue de la vallée de La Pérouse, qui est entre le Dauphiné et le Piémont, il fallait bien se garder de laisser cette porte aux Savoyards, qui seraient maîtres de l'ouvrir quand il leur plairait aux Espagnols; que le roi ne se pouvait assurer de la foi du duc de Savoie, en lui donnant ces places, parce que ce duc se tenait plus i. 8
OBSERVATIONS HISTORIOIES ET POLITIQl ES
obligé de son rétablissement au roi d'Kspagne qu'à lui, et que cette restitution, loin de l'attacher aux intérêts de la France, le rendrait plus hardi à conspirer contre elle lorsqu'il y trouverait son avantage. Mais Henri 111 n'ayant pas voulu se rendre aux raisons de M. de Nevers, que M. de Thou dit avoir été prophète en cette occasion *, ce duc, avant que de remettre les trois places au duc de Savoie, protesta contre cette restitution2 et en demanda une décharge, laquelle il fit enregistrer au conseil de Piémont et au Parlement de Grenoble.
Il ne faut pas oublier de dire ici que le chancelier de liirague ne voulut jamais sceller les lettres patentes de cette restitution, et qu'à son refus, le roi s'étant fait apporter les sceaux le 7 octobre 157/i, fit sceller et expédier en sa présence les pouvoirs adressés pour cet effet au duc de Nivernais et au grand prieur de France, à Charles de Birague, lieutenant général delà les monts en l'absence dudit seigneur duc, et à Fizes de Sauve, secrétaire d'Ktat.
Le roi Henri II étant mort trois mois après la paix de 1559 et ayant laissé François II fort jeune, la France était à peine délivrée d'une guerre étrangère que les discordes civiles commencèrent à la tourmenter au sujet de quelques princes du royaume qui voulaient se saisir du gouvernement à l'exclusion les uns des autres; et Charles IX ayant succédé encore plus jeune à François II, qui ne régna que dixsept mois, les factions et les discordes s'augmentèrent d'autant plus qu'à la compétence du gouvernement se joignit la querelle de la religion qui déchira misérablement la France durant les règnes de
1. « Eâ rostitutione elatior ergà regcm, quem ab eo tempore conlcmnere r;r|>it, sicuti Gonzaga ' c'est le duc de Nevers , prspdixerat ; non desiit Sabaudus vnto, consilio, et facto ipso, in regcm ipsum et nomen Gallicum, cui tantùm debcbat, consilia occulta slruere. » [Lib. LVIJI, tmno 1574. ]
C'est pourquoi le cardinal d'Ossal recommandait si forl à M. de Villeroi de trailer le duc de Savoie avec la verge de fer. sans se fier da\anlage à ses promesses ni à ses serments Que si le roi, dit-il, prèle l'oreille aux propos qu'on lui lera tenir d'accord, Sa Majesté et ceux qui seront par elle employés aux traites, se souviendront combien la France s'est mal trouvée d'avoir rendu par la paix de !•''.;>;) tous les Étal- de la maison de Savoie ; et combien ingratement ce duc en a use. et que ses enfants et po-lenle en pourraient encore user plu> mal. descendant d'une mère espagnole, au lieu que ce duc de-cendait d'une française, qui le devait aucunement retenir. Lettre du dernier d'août 4600.)
t. Elle se fit au mois de décembre de 4o74.
SlIK LES TRAITÉS DKS PRINCES. 115
Charles 1\ et d'Henri iil1. Enfin, le prétexte de la religion, « le plus
spécieux et le plus dangereux instrument qu'ait jamais forgé la malice
des hommes, » enfanta la Ligue de 1576, digne fille de l'hypocrisie
raffinée des Espagnols, de l'ambition effrénée des Guises 2 et de la
folle crédulité des peuples. Il n'est point de mon sujet de parler de
cette ligue, et d'ailleurs nos historiens en ont dit tout ce qu'il fallait,
il suffit de dire que la faute que fit Henri III de s'en déclarer le chef,
au lieu de tenir la balance entre ses sujets en qualité de roi et de père,
produisit incontinent une contre-ligue huguenote qui fortifia l'hérésie
dans ses États, qui forma une espèce de république au milieu de la
monarchie, par deux cents villes d'otage * qu'elle se fit accorder à la
pointe de l'épée ; et qui lui fit sentir jusqu'à sa mort qu'il n'était
I . D'Ossat, dans le discours qu'il fit à la seigneurie de Venise sur la paix de Vervin*, n'étant encore qu'évèque de Rennes.
J. Le Uboureur dit que le premier projet de la Ligue se fit à Trente, où le cardinal do Lorraine représenta nu concile qu'on ne pouvait défendre la religion que par une ligue de tous les princes chrétiens, à laquelle le pape donnai un chef capable d'eutrepiendre la destruction de» hérétiques du royaume, durant la minorité de nus princes. Il s'attendait bien à faire tomber le choix du pape sur le duc de (luise, son frère. L'affaire étant résolue, continue-t-il , la mort du duc son frère arriva, qui rompit ce dessein, car ses ne\eux étant jeunes, il ne songea qu'a terminer le concile pour
retourner en France (Juand le duc Henri fut en âge, le cardinal renoua la Ligue
avec le pape et le roi d'Espagne, mais si mort la rompit encoie; et il n'en resta que le désir au duc son neveu, qui conserva l'idée d'un si grand établissement avec nn|mlience d'en voir naître l'occasion, qui se présenta enfin l'an 1 57 (» , quand don Juan, frère naturel de Philippe II, vint pour gouverner les Pays-Bas. Ce roi n'ayant point alors d'enfants mâles, don Juan, qui pensait h se rendre maître de ces provinces, ne douta point que le duc de Guise n'eut un pareil dessein en France; et il le vit secrètement à Joinville, où ils firent alliance ollcnsive et défensive. Aussitôt qu'il fut en Flandre, il gagna les cœurs de la noblesse et du peuple, qui crurent que c'était en leur faveur qu'il ota les garnisons espagnoles des places; mais il lut prévenu par le roj d'Espagne, qui le fil empoisonner. Apres quoi on publia qu'il avait gagne sa maladie dans un lieu pe.-tileré. Oiioi qu'il en soit, le duc de (luise croyait la Ligue morte a vie don Juan, lorsque le roi d'Espagne, qui profitait de tout, trouva moyen de ressusciter pour ses intérêts une confédération qui s ciait faite pour le dépouiller des Pays-Bus. ; Dans \'.\lirrijis ttc la I ic d'il»' mi III.]
J'ai mis celle note à cause de plusieurs particularités qu'elle contient, qui ne îo trouvent point dans nos historiens de France.
3. Villes que les huguenots appelaient places de sûrefé, mais qui étaient véritablement des citadelles de rébellion, puisqu'ils n'en voulurent jamais rendre aucune ; protestant à Henri IV qu'ils étaient plus de trois cent mille hommes qui répandraient jusqu'à la dernière goutte de leur saiig pour défendre la liberté de leur religion.
presque plus roi que de nom, tandis que les huguenots vivaient dans l'indépendance et que les catholiques adoraient les (luises.
Quiconque lira le traité de Joinville, fait en 1584 entre Philippe II et ces princes, verra comme ils disposaient de la couronne de France en faveur du vieux cardinal de Bourbon, qui s'en disait le plus proche héritier, « en excluant pour toujours et à jamais (ce sont les termes du « premier article) ceux d'entre les princes du sang de France qui sont « hérétiques et relaps, sans que nul puisse jamais régner qui soit « hérétique ou qui permette, étant roi, impunité publique aux héré- « tiques; auxquels princes hérétiques prétendante à la couronne, ils « s'opposeront par tous les moyens possibles et même par les armes, « s'il en est besoin. » Où il est a remarquer que le but du roi d'Espagne dans ce traité était de mettre le feu dans la France en irritant les huguenots ; et celui des Guises, de diviser les Bourbons en appelant le cardinal a la couronne, à l'exclusion de tous les autres. Encore ne l'y appelaient-ils que parce qu'ils savaient, qu'excepté la naissanoe, il n'avait aucune des qualités requises pour régner; et Henri III le connaissait si bien qu'il tacha toujours de le guérir de la fausse opinion qu'il avait d'être son héritier présomptif, à cause qu'il lui était plus proche d'un degré que le roi de Navarre : « Mon cousin, « lui dit-il un jour, croyez-moi, vous le gagneriez au Chàtelet unis « vous le perdriez à la cour. • Car bien que ce cardinal fût le plus proche parent qu'il eut de son sang, et qu'en 1588 il l'eût reconnu pour tel pour faire plaisir à la Ligue, qui tenait alors le haut bout, il n'était pas pour cela le plus habile à succéder.
11 était dit par ce traité, qu'au cas que le cardinal de Bourbon parvint à la couronne, il renouvellerait et confirmerait celui de Cateau- Cambrésis : tant le roi d'Espagne y trouvait son compte et craignait d'en perdre les avantages qui étaient tous de son côté.
Un autre article portait que ce cardinal, ou le roi son successeur, renoncerait entièrement aux ligues et aux confédérations que la couronne de France avait alors avec le Turc, et ne pourrait dorénavant en faire d'autres ni entretenir aucune correspondance avec cet infidèle; et que le roi catholique en userait de même. 11 faisait beau voir Philippe II exiger que le roi de France renonçât à l'alliance du Turc,
lui qui n'avait corrompu Codignac, ambassadeur d'Henri II àConstantinople, que pour y faire recevoir le sien et pour y ruiner le crédit et l'autorité de la France ; tentative qu'il fit encore au commencement du règne d'Henri IV, à qui il débaucha Jacques Savary de Lencôsme, son ambassadeur à la Porte. Le cardinal d'Ossat en parle avec un ressentiment digne de son zèle et de sa fidélité, dans ses Lettres 1 et 88 : Si le roi, dit-il, rompait avec le Turc, il se trouverait surchargé de ce puissant ennemi de plus; et la maison d'Autriche venant à faire la paix avec la maison ottomane, comme elle n'y manquerait pas, le roi d'Espagne, fortifié et enorgueilli de cette alliance, s'en prévaudrait à l'oppression, non-seulement de la France, mais encore de tous les princes chrétiens. Tellement que ces deux Turcs symbolisant en plusieurs choses, et n'ayant point d'autre différence entre eux que l'apparence de la religion, partageraient ensemble la chrétienté, l'asservissant et captivant, l'un d'un côté et l'autre de l'autre.
Le roi Philippe et les Guises étaient convenus de tenir secret ce traité, et de ne le publier que du consentement commun des deux parties, de peur d'alarmer les huguenots ; mais les députés des États des Pays-Bas étant venus en France dès le commencement de l'année suivante, pour offrir a Henri III la souveraineté de leur pays, et ce prince leur ayant donné audience favorable, et les ayant renvoyés avec des chaînes d'or et de bonnes paroles1, don Bernardin de Mendoze, alors ambassadeur d'Espagne, et le commandeur don Juan Moreo, pressèrent si fort le duc de Guise de se déclarer qu'il leva enfin le masque, en faisant conduire à Péronne le cardinal de Bourbon, qui servait d'idole a la Ligue et de prétexte à la guerre. Ipse neque jubendi, neifiw. retandi potens, tantùm belli caussa erat.
Herrera2 dit que le roi ayant envoyé un gentilhomme à Péronne,
1. Quand ces députés arrivèrent à Abbeville, l'ambassadeur Mendoze employa toute sa rhétorique pour persuader au roi qu'il ne devait p.ts donner audience à des retwlles, et que ce serait un exemple de dangereuse conséquence pour ceux de son royaume ; mais Henri répondit qu'il ne voulait pas les écouter comme des rebelles, mais seulement comme des sujets opprimes, à qui il désirait de procurer quelque accommodement raisonnable awc leur roi, puisque les ministres d'H^pauno les avaient tant de fois éconduits. ( Herrera, liv. XV de h II' partie de son Histoire, chap. I.)
J. Chap. xii du liv. XIV de la seconde partie de son Histoire.
118 OBSERVATIONS HIS OKIQl'ES ET l'OUTIOlKS
pour demander au duc de (luise pourquoi il armait, ce duc lui avait répondu que c'était pour chasser du royaume tous 1rs calvinistes . au prix de son sang, et pour y rétablir le bon ordre, puisque Sa Majesté ne le faisait pas. Soit dit en passant que cette catholique réponse acheva de déterminer le roi a commencer par lui le martyrologe de la Ligue.
Mais puisque nos historiens ne font aucune mention du commandeur Moreo, qui fut le principal instrument du traité de Joinville, je crois que l'on sera bien aise d'apprendre quelques particularités de sa vie. Vorci donc ce qu'en dit don Carlos Coloma, dans le m' et le vu* livre de son Histoire drx guerre* de Flandre :
« Le 30 août 1590, mourut à Meaux le commandeur Juan Mo- « reo, homme adroit, vif et pénétrant, qui de pauvre chevalier de Malle, « parvint a un si haut degré d'autorité et de réputation, qu'il fut le « premier mobile des guerres civiles dont la France fut si longtemps « agitée. Distributeur prodigue de l'argent de son roi ; négociateur « hardi, et heureux à suborner ceux dont il voulait acheter les services; « tellement maî.rc de l'esprit et du co ur du duc de Guise1, qu'il le « rendit tout espagnol, et le plus irréconciliable ennemi des htigue- « nols et de leurs fauteurs, sans nul exception. Ce fut lui qui fit entrer « dans la Ligue Balagny 2, seigneur de Cambrai, et qui l'affermit dans « ce parti en lui payant ponctuellement 12.000 ducats par mois». « Comme il mourut au sortir d'un festin, ce fut le bruit commun que « le duc de Parme, qui se trouvait alors à Meaux, l'avait fait em- » poisonner, pour se venger de certaines lettre;- que ce gentilhomme « avait écrites contre lui à la cour d'Kspagne. » Coloma l'appelle : Gastador e.rressiro, c'est-à-dire dissipateur; au contraire, don Juan Vitrian dit qu'il donnait et promptement et bien a propos, mais que tous ses hameçons ayant été d'or, sa pèche avait coûté beaucoup et