Lettre CCCXXV
m OBSKKVATIONS HISTORIQUES ET POLITKH ES
armées du roi, et de fournir les étapes dans toutes les terres de son État, moyennant un payement raisonnable ; mais encore de joindre ses armes avec celles de France, et de laisser Suse en dépôt entre les mains du roi, jusqu'à ce que ses prétentions sur le Monlfi rrat eussent été jugées. Mais tandis que ce traité était sur le tapis, le duc en avait fait secrètement un autre1 avec Philippe IV, pour partager enfre eux le Montferrat, et pour s'opposer conjointement au passage de Louis X 111 en Italie, s'il y venait au secours du duc de Mantoue, dont les Espagnols se croyaient en droit de machiner la ruine, parce qu'il était né en France, et que les terres qu'il y possédait l'attachaient à des intérêts contraires aux leurs.
Le Montferrat est un très-petit pays, mais il est de si grande importance a cause de sa situation, qu'il eût servi aux Espagnols, nonseulement a joindre ensemble les États qu'ils possèdent en Italie; mais encore à en fermer le passage aux armes de France. Et ce qui montre, qu'en cette rencontre Mes Espagnols n'agissaient que par des motifs d'ambition, et dans le dessein d'asservir l'Italie, c'est que depuis treize ou quatorze ans, ayant toujours traversé et contesté les prétentions du duc de Savoie sur le Montferrat, parce que la maison de Mantoue vivait sous leur protection ; ils les reconnurent comme légitimes et certaines, dès que le duc de Nevers. qui avait le cœur tout français, fut devenu duc de Mantoue, sachant bien, que lorsque le duc de Savoie les aurait une fois introduits dans le Montferrat, ils n'auraient pas de peine à l'en chasser lui-même ou ses enfants. Enlin, le différend des maisons de Savoie et de Mantoue fut terminé par les deux traités de Ouerasque, l'un du 6 avril, et l'autre du 19 juin Ki.il.
Si l'on demande pourquoi deux traités si près l'un de l'autre ; c'est parce que le duc de Feria , alors gouverneur de Milan, qui ne trouvait pas son compte à la paix de l'Italie, empêcha par ses menées l'effet du premier, par lequel l'empereur, qui y procédait de meilleure foi que les Espagnols, promettait d'envoyer au plus tôt l'investiture des duchés de Mantoue et de Montferrat au duc de Nevers. De sorte qu'il
1. Il en fil pareillement un en même temps avec le duc de Rohan; infraction qui
fut suivie du siège ot puis de la prise de Pipucrol.
fallut un second traité pour expliquer l'autre. Encore le second ne se fùt-il jamais exécuté, s'il n'eût tenu qu'à eux, qui, dès le lendemain de l'expédition de l'investiture , firent passer dans la chancellerie de l'empereur un acte clandestin qui déclarait nulle cette investiture, au cas que le nouveau duc de Mantoue contrevînt au moindre article du traité de Hatisbonne du 13 octobre 1 030, quoique, par plusieurs traités publics, il eût été dit qu'elle serait donnée purement et simplement, et sans aucune restriction. Rubrique dont ils s'avisèrent, afin que toutes les fois qu'ils trouveraient quelque chose à redire aux actions du nouveau duc, dont ils se faisaient juges et parties tout ensemble, ils pussent lui contester sa souveraineté, sous prétexte qu'il aurait violé quelqu'un des articles du traité de Ralisbonne.
Vittorio Siri 1 dit que bien que le duc de Montoue recueillît tout le fruit de ce traité, qui le mettait en possession du duché de Mantoue, et lui conservait le Monti'crrat, qu'il courait grand risque de perdre, il ne laissa pas, néanmoins, de se plaindre de plusieurs articles qu'il trouvait être à son désavantage. Sur ces mots du préambule : « Le pape voyant toute l'Italie en armes à l'occasion du ditTé- « rend meu pour la succession des duchés de Mantoue et de Mont- « ferrât; » il disait qu'il ne fallait point admettre cette expression, qui révoquait en doute la succession des duchés de Mantoue et de Montferrat, dont ou savait qu'il était le légitime héritier et successeur, puisque les ducs de Savoie et de Guoslalle ne lui avaient point disputé cette succession , mais seulement avaient formé quelques prétentions pour en arracher quelque pièce.
Sur le premier article, où le roi promet « de n'attaquer, ni faire attaquer, eu aucune façon, l'empereur, ni le saint empire, ni les provinces héréditaires de Sa Majesté Impériale, et de ne donner aucune assistance d'hommes, d'argent, de vivres et de munitions, aux ennemis de Sadite Majesté et du saint empire, qui sont déjà déclarés, ou qui se déclareront ci-après;» il disait que cet article liait les mains à la France, en lui ôtant tous les moyens de s'opposer à l'agrandissement de la maison d'Autriche, qui montrait bien, par les usurpations con-