‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 50 sur 269 · I. Dans le t. VII de ses Mémoires secrets · texte numérisé non relu

I. Dans le t. VII de ses Mémoires secrets

i28 OBSERVATIONS HlSTORNH'KS ET POLITIQIKS

tinuclles qu'elle faisait, qu'elle tendait à la monarchie universelle, que cette convention anéantissait toutes les ligues faites par le roi, soit en Allemagne, ou ailleurs, puisque les ligues ne se font que pour assister les amis et les confédérés, ou pour attaquer les ennemis. Oue ces paroles : llostex 71//' mine sitnt, ont t/ui alù/tuimln declarabutitur, avaient une longue et fâcheuse suite, pan e qu'il pouvait arriver que le duc de Bavière et les autres électeurs catholiques, devinssent ennemis de l'empereur; et le pape et les autres princes d'Italie, du roi d'Espagne, en voulant se défendre contre leurs entreprises, ainsi qu'il était arrivé déjà; auquel cas la France ne pourrait les assister, en aucune manière, contre la maison d'Autriche. Il ajoutait, qiîe la condition réciproque de l'empereur et de l'empire envers la France, de ne donner aucune aide à ses ennemis, était spécieuse et sûre en apparence, mais en effet très-périlleuse, d'autant que d'un Ktat purement monarchique, tel qu'est la France, où le roi est très-absolu, on en voulait faire un de même nature que l'empire, dont les princes et les États font partie, et sont membres: ce qui n'est pas faisable en France, sinon lorsque le désordre et la dissension sont dans le royaume.

Sur le second article, par lequel on convenait «■ de donner au duc de Savoie, pour tous les droits et prétentions qu'il avait sur le Montferrat et ailleurs, la ville de Trino, et quelques autres terres, jusqu'à la valeur de 48.000 écus de rente perpétuelle, selon les baux anciens, » il remontrait que le duc de Savoie ayant contrevenu à tous les points du traité de S use, l'infraction duquel avait obligé le roi de lui faire la guerre en Savoie et en Piémont ; Sa Majesté n'était plus tenue à l'observation de ce traité, puisqu'il n'avait tenu qu'à ce duc de l'accomplir, et (pic loin d'y satisfaire, il avait appelé en Italie les Allemands, qui y avaient causé- toutes sortes de calamités; qu'après un tel procédé, il n'était pas juste de lui laisser la v ille de Trino, qui était comme le grenier de Montferrat, et l'unique endroit d'où Casai put tirer sa nourriture ; que si Trino demeurait à ce duc, tout au moins le roi ne devait jamais consentir à la conservation des fortifications de cette place, s'il ne voulait voir bientôt de nouveaux troubles en Italie, en y laissant cette pierre d'achoppement, qui tiendrait toujours

Casai en échec et le duc de Mantoue en alarme et en frais, au grand détriment de ses États, que la guerre avait entièrement ruinés. Outre qu'étant dit dans l'article il que toutes les nouvelles fortifications des places, que le roi rendrait au duc de Savoie, seraient démolies, il n'y avait nulle apparence de raison que celles de Trino, qui causaient tant d'incommodités à Casai, restassent en l'état qu'elles étaient.

Enfin, il censurait cette clause, « selon les anciens baux, » soutenant qu'elle était contraire au traité de Suze et à celui que l'on avait fait en Savoie avec le seigneur Mazarin, ministre du pape; comme aussi aux droites intentions du roi, qui avait déclaré que le duc de Savoie aurait dans les terres du Montferrat, qui lui étaient cédées, les mêmes droits et revenus que le duc de Mantoue y possédait avant la guerre; au lieu que si l'on se réglait sur les « anciens baux, » ce serait céder obliquement au duc de Savoie plus de la moitié du Montferrat, qui, cent ans auparavant, ne rapportait pas 40,000 écus de rente, ajoutant que ce duc devait bien être content des 18,000 écus de revenu que le roi lui accordait, puisqu'il ne lui en était octroyé que 15,000 par le traité de Suze, qui avait été ratifié l'année précédente.

Toutes ces considérations, et quelques autres, qui sont énoncées dans le mémoire inséré dans ce recueil, firent tant d'impression sur l'esprit du cardinal de Richelieu, que le roi, par son conseil, ne voulut jamais ratifier ce traité de Ratisbonne, désavouant publiquement Brulart de Léon, son ambassadeur, pour avoir excédé les ordres contenus dans son instruction, qui n'étendait son pouvoir qu'aux seules affaires d'Italie. Et le ressentiment du cardinal alla si loin contre lui, qu'un jour qu'ils jouaient ensemble à la grande prime, y ayant eu quelque dispute entre eux sur quelque carte, et tous ceux qui étaient présents ayant jugé en faveur du cardinal, quoiqu'il eut tort, Brulart s'émancipa de dire que la terre avait ses corsaires, aussi bien que la mer, et poussant devant le cardinal les 13,000 pistoles qu'il perdait, se retira brusquement. Mais le cardinal, allant du même pas après lui, le prit par le cou et lui dit avec un souris moqueur1: «Véritablement.

Page 1