Siri, i. VII
vous êtes un très-gentil personnage, et c'eût été un grand pèche" de vous couper la tôle, comme vous en avez bien couru risque. » Assurément le cardinal eût fait ce péché, si le séraphique Père Joseph , son plus intime confident, n'eût point eu de part au malheureux traité de Ratisbonne; témoin ce qu'il dit dans le premier chapitre de son testament politique, où il parle de Brulart en ces termes: u La raison d'État « requérait un châtiment exemplaire en celui qui avait outre-passé vos « ordres, dans une matière si délicate et dans une occasion si imporu tante, mais votre bonté lia les mains à votre justice, parce que, bien « qu'il fût seul ambassadeur, il n'avait pas agi seul en cette affaire, « mais avec un adjoint d'une condition dont le respect vous fit plutôt « considérer le motif de la faute que la faute même. »
Il était dit par le huitième article de la paix de Ratisbonne que toutes hostilités cesseraient de part et d'autre, en Italie, dès que la signature du traité aurait été notifiée aux généraux des deux années. Mais le maréchal de Schomberg ayant examiné ce traité, refusa de l'exécuter à cause des sixième et neuvième articles, qui portaient que l'empereur donnerait au duc Charles l'investiture des duchés de Mantoue et de Montferrat, dans six semaines après que ce duc lui en aurait fait la demande par écrit, et que quinze jours après que l'acte de cette investiture aurait été mis entre les mains du duc, l'empereur retirerait d'Italie toutes ses troupes, et le roi catholique les siennes pareillement de la ville et du château de Casai et de tout le Montferrat. Il considérait que cette condition l'obligeait à demeurer encore deux mois en Italie, avec toute son armée, avant que les Espagnols sortissent de Casai; pendant quoi* son armée, qui commençait à manquer de vivres, périrait de faim ou de maladie, l'automne étant très-pluvieux et très-incommode en ce pays-là; que si ses troupes, qui avaient déjà beaucoup souffert, venaient à se dissiper, comme il avait lieu de craindre, les Espagnols pourraient bien proliter de cette occasion pour ne point tenir un traité où ils n'étaient point autrement engagés que par la promesse faite par l'empereur de le faire agréer et observer au roi catholique *. Cette prudente résolution fut approuvée des deux autres