Cette [>;iix fut conclue le 27 novembre
2. Le cardinal d'Ossat rend un témoignage très-avantageux de son esprit , d<? ses bonnes mœurs et de sa capacité, dans une l. :tre à M. de Villeroi , du 47 déc. «599.
« ne le crois pas, quoique cela se soit publié par les plus grands sei- « gneurs de la cour) que le roi étant a Lyon promit à la reine, sa « mère, à force d'en être importuné, de chasser le cardinal quand la « paix serait faite; mais que le cardinal, ayant pris ombrage de la « joie excessive que la reine-mère et tous ceux de sa cabale firent « éclater après que le roi eut reçu la nouvelle de la paix de Ratis- « bonne, signée, ou prête à signer, il sut si bien fonder et manier « l'esprit de son maître, qu'il en tira le secret de la promesse faite a « la reine-mère. Et tout aussitôt il dépêcha un courrier à l'ambassa- « deur Brulart, avec ordre de ne point signer le traité, sous prétexte « qu'il était contraire à son instruction. A quoi il fut déterminé encore « par la conclusion prochaine de la ligue que le baron de Charnacé « négociait actuellement avec le roi de Suède, de laquelle il se pro- « mettait de très-grands avantages sur la maison d'Autriche. » Ce qui lui réussit en effet selon ses espérances.
Quoi qu'il en soit, si les Espagnols employèrent tous leurs artifices pour éluder l'exécution du traité de Ratisbonne à l'égard du nouveau duc de Mantoue, ils ne furent pas de meilleure foi envers les Grisons et les Valtelins, parmi lesquels le duc de Feria semait de la division pour envahir leur pays, qu'il voulait incorporer au duché de Milan, promettant au roi d'Espagne la peau de l'ours avant qu'il fût pris. Les Grisons voyant que le duc de Ecria n'exécuterait point la promesse que le baron de Galas avait faite par écrit , que les troupes impériales se retireraient de Milan , dont la garnison n'avait jamais été composée d'étrangers, et qu'au lieu de vingt compagnies espagnoles que le roi catholique avait accoutumé d'y tenir en temps de paix, il y en avait cinquante-trois, outre dix-neuf étrangères, et un renfort de cavalerie amené par le marquis Rangoni sur les confins du Milanais, voyant, dis-je, que ce duc. au lieu d'accommoder leurs différends avec les Valtelins, de licencier les étrangers, et de faire cesser les nouvelles levées, trouvait mauvais qu'ils fortifiassent leurs passages et criait que c'était une infraction manifeste' du traité de Ratisbonne et une entreprise *ur le Milanais (comme si c'était entreprendre sur les États d'un puissant voisin . que de fortifier les siens propres, pour être en sûreté chez soi), ils furent obligés d'implorer la
protection du roi contre ceux qui cherchaient tous les moyens d'opprimer leur liberté , et qui ne leur faisaient des demandes injustes que pour trouver dans le refus un prétexte de recommencer la guerre. La querelle que les ministres espagnols faisaient aux Grisons était fondée sur ces paroles de l'article 12 : « Et personne à l'avenir ne « pourra plus occuper ni fortifier leurs passages1. »> Il est évident que cette clause est toute en faveur des Grisons, sur les terres desquels les Impériaux avaient fait des fortifications qui, selon la teneur de cet article, devaient être démolies. Cependant les Espagnols, et surtout le duc de Feria, avec tout son bel esprit, interprétait cette clause à l'avantage de son maître, comme si les Grisons, peuple libre et indépendant, se fussent privés de la liberté de se défendre et de se fortifier contre ceux qui voulaient envahir leur pays sans y trouver aucune résistance, comme si les ambassadeurs de France, qui avaient fait insérer cette clause pour couper racine a toutes les prêterions des Impériaux et des Espagnols, eussent pu avoir intention de mettre les Grisons, dont ils défendaient la liberté, à la merci de l'empereur et du roi d'Espagne, qui leur préparaient des chaînes. Le duc de Feria eût aussi bien fait de dire que les Grisons avaient renoncé à la propriété de leur pays, puisque, selon lui , il ne leur était pas permis de s'y fortifier.
Tout ce que je viens de dire regarde la maison d'Autriche espagnole : parlons maintenant de la maison d'Autriche allemande, qui possède l'empire depuis l'année lft38.
Il y avait cinquante ans que la France vivait en très-bonne intelligence avec l'empereur, lorsque Jean-Guillaume, duc de Clèvcs et de Juliers, étant venu a mourir sans enfants, en 1009 , cette bonne correspondance fut troublée par l'empereur Rodolphe qui, prétendant que les sœurs du défunt ne pouvaient succéder à leur frère, et que, par conséquent, il y avait ouverture de fief, avait commis l'administration de ces États à l'archiduc Léopold, son cousin germain, probablement
4. « Eâ tamon condition?, ui à nullo, sub quoeumque eliam colore vel prœti'xtu occupenlur aut forti6centur. »
13i OBSERVATIONS HISTORIQUES ET POLITIQUES
avec intention de lui en donner l'investiture, si les légitimes héritiers ne s'y fussent vigoureusement opposés. Ces héritiers étaient Jean Sigismond, électeur de Brandebourg, qui représentait Marie-Éléonore, sœur aînée de Jean-Guillaume et mère de sa femme, et Wolfgang- Guillaume, duc de Neubourg, qui représentait Anne, sa mère, devenue l'aînée par le décès de Marie-Eléonore sa sœur, morle en 1608, et Tunique héritière de son frère, en vertu d'un privilège de Charles- Quint accordé en 1545 à Guillaume, duc de Clèves, leur père, en faveur de son mariage avec l'archiduchesse Marie, nièce de l'empereur1, lequel portait, qu'au cas que le duc mourût sans enfants maies, celle de ses filles qui aurait des maies lui succéderait ; et par le testament de ce duc qui ordonnait que tous ses États demeurassent unis en une seule main. De sorte qu'Anne ayant un fils elle devait, selon ce privilège et ce testament, exclure de la succession de Juliens et de Clèves Anne de Brandebourg, fille de Marie-Éléonore ; et pareillement les enfants de Madeleine, sa troisième sœur, femme du duc de Deux-Ponts. Henri IV se déclara donc en faveur des deux prétendants contre l'empereur, en faisant l'année suivante (1610) un traité de confédération avec tous les princes de l'Union évangélique, c'està-dire de la religion protestante, de laquelle étaient l'électeur de Brandebourg et le duc de Neubourg, pour conserver la succession de Juliers et de Clèves aux légitimes héritiers. Et Henri ayant été tué trois mois après ce traité , la reine régente leur envoya le maréchal de La Chastre avec une armée de douze mille hommes, laquelle s'étant joinie aux troupes hollandaises, commandées par le prince Maurice de Nassau, obligea la ville de Juliers de se rendre à composition le 2 septembre 1610. Après quoi , toutes les autres places de ce duché se rendirent aussi et furent mises entre les mains des deux héritiers. Il ne restait plus qu'à les accorder tous deux. Pour cet effet, il se tint au mois de septembre une conférence à Cologne, où leurs amis communs se trouvèrent, comme aussi les ambassadeurs de Rodolphe, de France, d'Angleterre, de Hollande, des électeurs palatin et de Saxe,
4. Et non pas avec Mario, reine de Hongrie, sœur de Charles-Quint, comme dit Mézeray dans la Vie d'Henri IV, <609.
du duc de Brunswick et du landgrave de liesse , qui , dès l'année précédente, avait fait consentir Brandebourg et Xeubourg à terminer leurs différends par arbitres; mais Xeubourg n'ayant jamais voulu consentir au séquestre qui y fut proposé , l'assemblée se sépara au bout de deux mois sans rien conclure1. Ensuite, ce duc s'étant imaginé que Brandebourg cherchait à le frustrer de toute la succession de Juliers, et que pour y réussir il s'entendait avec les Hollandais, qui étaient entièrement dans ses intérêts, il se jeta entre les bras de la Ligue catholique et de toute la maison d'Autriche, et se fit catholique lui-même, en épousant la sœur de Maximilien, duc de Bavière, par où il rompit tous les desseins de son compétiteur et des Hollandais, malgré qui Ambroise Spinola, général des armes espagnoles en Flandre, se saisit des villes de Bhimberg et de Wesel, frontières du duché de Clèves. Enfin, Brandebourg et Neubourg, lassés de disputer ensemble , firent par l'entremise de la France et de l'Angleterre un accord provisionnel pour l'administration des duchés de Clèves et de Juliers, en vertu duquel Brandebourg aurait pour partage par intérim le duché de Clèves et les comtés de la Mark et de Ravensberg, et Neubourg, les duchés de Juliers et de Berg, et la seigneurie de Bavenstein. C'est le traité de Santen, qui fut conclu le 12 de novembre de l'année 1614. [Après de nombreuses vicissitudes, le duché de Juliers est resté définitivement adjugé a la Prusse.]
L'archiduc Albert dit que cet accord lui paraissait raisonnable, mais qu'il ne le pouvait signer au nom du roi d'Espagne et de l'empereur, ni, par conséquent, retirer de Wesel la garnison espagnole. Au contraire, Spinola renforça de deux mille hommes cette garnison qui, selon la capitulation faite par les habitants avant la reddition de la place, devait être de mille, disant que cet article de la composition ne portait aucune exclusion d'un plus grand nombre2. Et cela fut cause que les Hollandais ne voulurent point sortir do Juliers, ni en démolir les fortifications.
Le second différend de la France avec la maison d'Autriche impériale fut au sujet de Philippe Christophe de Soeteren, archevêque de