‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 58 sur 269 · C'était un fils de l'archiduc d'Inspruck · texte numérisé non relu

C'était un fils de l'archiduc d'Inspruck

2. Ce traité faillit à se rompre avant la signature, à cause de l'obstination du baron de Charnacé, qui voulait absolument que dans l'original, qui devait rester entre les mains du roi de Suède, le roi très-cli rétien fût nommé le premier, aussi bien que d;ms celui que Gustave devait fournir à Louis XIII, Gustave disant que la prétention de Charnacé était une nouveauté, non-seulement contraire à l'usage et au stylo pratiqué do tout temps entre les princes, mais encore injurieuse à sa dignité royale, et protestant qu'il renoncerait pour jamais à toute alliance avec la France plutôt que de relâcher un iota de tout ce qui appartenait h la couronne qu'il avait reçue de Dieu et de ses ancêtres. ( Vittorio Siri, vol. VII do ses Mémoires secrets. )

Le chevalier Temple dit que Gustave-Adolphe fut le premier des rois du Nord qui prétendit que tous les rois étaient égaux , et qu'un jour il dit à l'ambassadeur de France, qui résidait auprès de lui, qu'il ne connaissait point d'autre différence entre les rois que celle de leur mérite personnel. Selon ce principe, la préséance ne serait attachée qu'aux personnes et non point aux couronnes ; ce qui causerait cent mille querelles entre les princes; car qui serait le juge de leur mérite? où est le roi qui voulût acquiescer à ce jugement, quand il ne serait pas en sa faveur? Il faut donc de toute nécessité qu'il y ait une préséance permanente attachée à la dignité des royaumes et des États, et non point à la condition personnelle dis rois qui les possèdent. lit d'ailleurs,

avaient faite en 1542 contre Charles-Quint. Et c'est à celle seconde ligue de la France avec la Suéde que les princes catholiques et protestants d'Allemagne sont redevables de la conservation de leur liberté, et que ceux que la maison d'Autriche avait dépouillés ont l'obligation entière du recouvrement de leurs États. Et ceux qui parlent de cette confédération comme d'une blessure faite à la religion catholique * savent si peu ce qu'ils disent, qu'il est indubitable que, si le roi très-chrétien ne se fût pas ligué avec Gustave, qui était déjà entré dans les terres de l'empire, toute l'Allemagne courait risque de devenir protestante, soit par force, soit par complaisance pour le vainqueur, soit en haine de la maison d'Autriche qui, depuis la régence des Espagnols, y était presque aussi haïe des catholiques que des protestants, d'autant qu'elle en voulait également à la liberté des uns et des autres. Et tout bon catholique qu'était l'électeur de Bavière, il fut néanmoins le premier qui travailla à rabaisser cette énorme grandeur a laquelle aspirait Ferdinand II. Véritablement les protestants d'Allemagne, qui appelaient le roi de Suède à leur secours, avaient deux motifs dans cette guerre : l'un d'intérêt, qui était de conserver les biens ecclésiastiques qu'ils avaient usurpés sur les catholiques depuis la paix de Passa vv, lesquels Ferdinand voulait leur ùter par « l'Édit de Restitution » de J629; l'autre, de religion, appréhendant fort qu'après cette restitution l'empereur ne leur ôtàt encore la liberté de conscience. Mais à l'égard du roi très-chrétien, c'était purement une guerre d'Étal, le premier article de l'alliance avec Gustave portant

quand ainsi serait que la préséance fui adjugée à un roi par-dessin Ions les autres, à cause de son mérite présent, comment savoir ou prévoir si ce roi ne se laisserait point corrompre à sa fortune; si dans un long règne les plaisirs, la flatterie, l'orgueil et tous les autres alléchements qui accompagnent le souverain pouvoir, ne le métamorphoseraient point en fainéant ou eu tyran, comme il est arrivé à tant de rois et do princes qui avaient bien commence?

t. Les Espagnols disaient, dans le manifeste que j'ai cite ci-dessus, que les ministres de France avaient appelé des extrémités du Nord Gustave-Adolphe, roi intrus de Suède, pour ruiner l'empire d'Allemagne et la maison d'Autriche, et par conséquent pour éteindre la religion catholique, non-seulement dans les jtaysdu Nord, mais encore par toute l'Europe; et que ce n'était que pour faciliter à Gustave celte entreprise sacrilège qu'ils lui avaient procuré par leurs oflices une trêve do six ans avec Sigismond, roi de Pologne et de Suéde, et qu'ils avaient engagé le duc de Havièro et les autres princes de la Ligue catholique à demeurer neutres et à fane Oter le souverain comman-

que la religion catholique serait conservée dans tous les lieux de ses conquêtes où il la trouverait établie, sans y rien changer ni innover, et Louis XIII ayant toujours tenu un ministre public dans l'armée de Suède, pour être averti de tout ce qui s'y passait à l'égard de la religion, et du traitement que Gustave faisait aux catholiques des villes conquises. Et Gustave observa si fidèlement cet article, que les prêtres et les moines étaient plus contents de sa domination qu'ils ne l'avaient jamais été de celle des princes dont ils étaient nés sujets.

Mais, puisque la maison d'Autriche fait sonner si haut sa catholicité, il est bon de dire en passant quelque chose de cet édit de restitution qui, au lieu de donner le coup de mort aux protestants, comme se le figurait Ferdinand, qui s'en rapportait à la parole des moines de Vienne, produisit d'abord le soulèvement de la ville de Magdebourg, dont l'archevêque et le chapitre étaient protestants, puis l'union des électeurs de Saxe et de Brandebourg avec le roi de Suède, le premier voulant maintenir son fils dans cet archevêché que le chapitre lui avait déféré contre l'archiduc Léopold, fils de Ferdinand, que le pape en avait pourvu, et l'autre voulant se venger de l'empereur qui avait ôté ce riche bénéfice à la maison de Brandebourg, en la personne de Christian-Guillaume, mis au ban de l'empire pour avoir suivi le parti du roi de Danemark qui faisait la guerre à l'empereur. Ce roi me fait souvenir d'une particularité que je ne dois pas omettre ici : c'est que Ferdinand contrevint le premier à son propre édit, suanim legum

dément des armées à Walstein, afin que l'empereur se trouvât sans général et sans défense lorsqu'il serait attaqué par les Suédois.

Le cardinal de Richelieu répond on partie à co manifeste dans le premier chapitre de son Tcslnmcnt ftolitiifup. « Cette paix des rois do Pologne et île Suède, dit-il, donna lieu h l'entreprise que le second fit peu après, pour empêcher l'oppression des princes de l'empire, et ce dessein ne vous fut pus plutôt connu, que, pour prévenir le préj dice que la religion catholique pouvait en recevoir. Votre .Majesté fit un traité avec lui, qui' l 'obligeait à n'en point troubler l'exercice dans tous les lieux do ses conquêtes. Je sais bien que vos ennemis, qui pensent justifier leurs actions en décriant les vôtres, n'ont rien oublié pour rendre celte convention odieuse ; mais I innocence de Votre Majesté est d'autant plus claire, que son ambassadeur n'entra en aucun traite avec le roi Gustave que six mois après qu'il fût entré en Allemagne, et que les traités faits avec ce conquérant et avec plusieurs princes de l'empire étaient absolument nécessaires pour le salut du duc do Mantoue, injustement attaque, et pour celui de toute l'Italie, que les Espagnols voulaient opprimer.

autor idem ac subversor, en donnant après la paix de Lubcck l'archevêché de Brème au second fils1 de ce roi, qui était luthérien, quoique, par un article do celte paix, Christian eût renoncé positivement à tous les évêchés d'Allemagne 2. Ce qui montre bien que Ferdinand n'avait point publié cet édit par un motif de religion, ainsi que ses ministres le disaient , mais seulement pour affaiblir et ruiner les princes protestants, et pour être en état, en profitant de leurs dépouilles, d'opprimer ensuite les princes catholiques. Aussi ceux-ci ne manquèrent-ils pas de pénétrer la ruse, indignés d'ailleurs de la réponse hautaine et imprudente que Walstein leur faisait quand ils se plaignaient des contributions et des quartiers d'hiver où les troupes impériales vivaient à discrétion, comme parmi des vaincus, « que l'empereur aimait mieux que ses sujets fussent pauvres que rebelles. » De sorte que toute la Ligue catholique s'étant assemblée a Heidelberg, il y fut résolu de prier l'empereur de surseoir l'exécution de cet édit et de licencier l'armée de Walstein qui, sous couleur de le faire exécuter, désolait toutes les villes de l'empire. Knfin, l'électeur de Bavière, qui était le chef de cette ligue, et l'électeur de Maycnce, conduisirent cette affaire si prudemment que l'an 1630 l'empereur ayant convoqué la diète à Ratisbonne dans l'espérance d'y faire élire son fils roi des Romains, et de rendre l'empire héréditaire dans sa maison, il se vit, avant que d'en avoir eu le moindre soupçon, obligé d'accorder aux plaintes et aux clameurs de toute l'assemblée la déposition de Walstein, et, par conséquent, de renoncer à la domination absolue dont le courage de ce général lui avait ouvert le chemin et facilité les moyens. Voila le succès qu'eut l'édil de restitution. Dieu ne voulant pas que la religion servît de voile a l'ambition, ni que la dépouille des protestants, quoique usurpateurs, fût le prix et la récompense de la politique d'une maison qui n'avait point en cela d'autre but que son agrandissement temporel. Ainsi, Henri IV avait bien raison de dire que dans la guerre que les Espagnols avaient faite aux religionnaires durant trente ans,

i. Frédéric, qui, on l'an 1C18, fut élu roi dp Danemark après la mort dp son pèn?.

i. « Coaluerat illa pax tali lege, ut Hanus rerum imporii, non nisi uti dux Hol- Mlia\curam liaboret, i>t episropatus in Germaniiï non oceuparel. » / Tiasrc, in Chron. ad mm. 1Ci9; Nam, Histoire de Venise, à l ann.-c 162'.*.

SUR LES TRAITÉS DES PRINCES. 14b

ils ne s'étaient étudiés qu'à tenir la chrétienté en combusti on pour arriver plus facilement à leur but qui était d'envahir le bien d' autrui et de gourmander un chacun sous des protextes de religion, aux dépens mêmes de la religion1. Mais comme le mal va toujours en croissant, Ferdinand III fit encore pis que son père. Durant la négociation de Munster, le comte de Trautmansdorff, premier ministre et plénipotentiaire de l'empereur, pour obliger les Suédois et les autres confédérés protestants de traiter avec lui, sans les plénipotentiaires de France qui étaient à Munster, demeura six mois entiers à Osnabruck, leur offrant tous les biens ecclésiastiques que Ferdinand II avait ûtés aux princes de l'union évangélique, à la charge que la Suède et ses alliés ne demandassent aucune des terres héréditaires de la maison d'Autriche; témoignage que ces princes sont bien plus jaloux de leur patrimoine que de leur religion. Il paraît même que Ferdinand III ne souhaitait rien davantage que d'attirer les Suédois dans son alliance pour nous faire la guerre avec eux, ayant choisi exprès trois plénipotentiaires qui avaient été tous trois luthériens 2 , afin que les Suédois en prissent plus facilement confiance en eux. Or, s'il était permis à Ferdinand III de faire alliance avec la reine et la couronne de Suède pour faire conjointement la guerre a la France, la maison d'Autriche ne pouvait pas raisonnablement reprocher a Louis XIII de s'être allié avec Gustave-Adolphe pour la faire à Ferdinand II. Outre que, si ledit de restitution sert à prouver le 7.èle que Ferdinand II avait pour l'accroissement de la religion catholique, l'infraction de ce même édit prouvera que Ferdinand 111 n'avait guère de conscience ni de religion, puisqu'il donnait si libéralement les biens ecclésiastiques à la couronne de Suède et à l'électeur de Brandebourg, malgré toutes les oppositions qu'y faisait le comte d'Avaux qui en fut assez longtemps brouillé avec les ambassadeurs de Suède et les députés des protestants. D'où résulte ce que j'ai déjà dit, que si le roi de France n'eût pris luimême la protection des évêques catholiques d'Allemagne, tous les évêchés qui n'étaient point dans les pays héréditaires de la maison d'Au-

1. Lettre do Henri IV au duc do Luxembourg, datée du 4 juin 1597.

2. Maximilien, comte de TrautmansdorfT; Jean-Louis, comte de Na>s.iu, et le doceur Isaac Volmar.

triche couraient risque d'être sécularisés et de devenir le patrimoine des luthériens, ainsi que les archevêchés de Brème et de Magdebourg, et les évêchés de Verden, de Mindcn et d'Halberstadt que l'empereur leur abandonna d'une manière scandaleuse : au lieu que la landgrave régente de Hesse, Amélie de Hanau, qui avait tout hasardé pour le service de la France sans vouloir jamais entendre a aucune proposition d'accommodement particulier avec l'empereur, tandis que Melander ravageait et brûlait toute la Hesse, ne put, avec toutes ses instances, obtenir quatre bailliages de l'archevêché de Mayenee qui étaient enclavés dans ses États, ni même la moindre partie de l'abbaye de Fulde, quoique cet éleeteur 1 fût alors tout dévoué a l'Espagne, nonobstant plusieurs grandes obligations qu'il avait à la France. De sorte que les catholiques d'Allemagne, qui du commencement s'étaient alarmés de la confédération des Français avec les Suédois, furent à la fin édifiés du procédé de la Fiance et fort scandalisés de celui de la maison d'Autriche qui mettait tous leurs bénéfices à l'encan.

Tout ce que je viens de dire sur l'alliance de la France avec la Suède servira aussi à justifier celle d'Henri IV avec Elisabeth, reine d'Angleterre, et le roi Jacques son successeur, pour la défense des provinces unies des Pays-Bas, contre Philippe II et Philippe III, rois d'Espagne, qui firent eux-mêmes tout ce qu'ils purent pour détacher l'Angleterre des intérêts de la France. Ainsi, M. d'Ossat répondit très-bien à ceux qui lui proposaient une trêve ou une paix avec l'Espagne, à la charge de rompre avec l'Angleterre : « Que le roi son « maître, se faisant catholique, avait bien renoncé aux erreurs passées, « et s'était en cela séparé de la reine d'Angleterre et de tous les autres « protestants; mais qu'il n'avait pas renoncé à la reconnaissance, à « l'humanité, ni à la bonne foi des traités, pour être capable de faire « la guerre a ceux qui l'avaient aidé, et qui l'aidaient encore k se « défendre contre le roi d'Espagne, qui voulait lui ôler la couronne, « l'honneur et la vie ; et qu'enfin le roi catholique voudrait être aussi «< bien avec la reine d'Angleterre, qu'y était le roi très-chrétien; et « qu'il ne demanderait pas ni. ux que de tenir un ambassadeur auprès

Page 1