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Ce travail, qui résume les principales négociations européennes depuis la paix d'Arras, en 14:15, jusqu'au traité do Venins de 1598, est dû à la plumo érudile d'AiiELOT de la HoissAYE, ancien secrétaire de l'ambassade de France à Venise, et sert d'Introduction au grand Recueil de Léonard, sur lequel on peut consulter notre Histoire générale des Traités, tome I", p. clviii et 276.
Il y a si peu de gens qui sachent bien à quoi sert la lecture ou l'étude des traités qui se font entre les princes, qu'il est besoin d'en dire ici quelque chose, avant que de parler des traités mêmes, pour désabuser tous ceux qui croient que cette sorte d'étude n'est nécessaire qu'aux ministres, aux secrétaires et aux conseillers d'État, ou qu'aux ambassadeurs, aux plénipotentiaires et enfin à ceux qui aspirent au maniement des affaires publiques, lesquels sont toujours en trèspetit nombre dans les monarchies où tout dépend du choix et de la volonté du prince. Mais si la science de faire des traités a peu de disciples parce que c'est un métier qui, à cause de son importance et des difficultés qui s'y rencontrent , ne convient qu'à des personnes d'un génie supérieur, d'une prudence exquise et d'une longue expérience, ce n'est pas dire que ceux qui ne sont pas capables de négocier eux-mêmes, ou qui n'ont point de part au gouvernement, ne puissent employer utilement leur temps à lire des traités de paix et des méi. 1
moires d'ambassadeurs. Car il y a mille choses dans l'histoire, où l'on n'entend rien, faute d'avoir connaissance des traités sur lesquels elles sont fondées: et beaucoup d'historiens raisonnent en l'air sur les différends des princes, a faute d'être informé des conventions, des capitulations et des transactions que ces princes ont faites entre eux. Or, comme l'histoire fait la principale occupation de la plupart des gens du monde, de quelque profession qu'ils soient, de robe ou d'épée, il faut conclure que la lecture et l'intelligence des traités des prim es leur est absolument nécessaire pour entendre divers points d'histoire qui ne sont pas suffisamment éclaircis par les historiens, et pour discerner de quel côté est le bon droit dans les querelles que les princes ont tous les jours ensemble au sujet de leurs traités. Car, bien que ceux-ci sachent donner le sens qu'ils veulent aux articles auxquels ils contreviennent (sur quoi Maurice, électeur de Saxe, reprochait a Charles-Quint qu'il avait cru traiter avec un empereur et non pas avec un légiste), les personnes de bon entendement ne laissent pas de découvrir la mauvaise foi du prince qui manque à sa parole, en conférant la glose ou l'interprétation avec le texte de l'article litigieux. C'en est assez dit sur les traités en général ; il faut parler maintenant du recueil que l'on donne au public.
Il commence par la paix d'Arras, conclue en 4'|35 entre Charles VII, roi de France, et Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Jamais paix ne fut traitée avec tant de cérémonie, ni par tant d'ambassadeurs et de députés. Le pape Eugène IV et le concile de Bàle y avaient chacun un légat pour médiateur, et les deux légats étaient assistés de plusieurs évoques. Pour Charles VII s'y trouvèrent le duc de Bourbon, le connétable, le grand maître et le chancelier de France, avec le premier président de Paris et dix ou douze conseillers du parlement ; pour le roi d'Angleterre, un cardinal, un archevêque, trois évoques, deux comtes et quantité de gentilshommes et de docteurs; pour le duc de Bourgogne, les évêquesde Liège, de Cambrai et d'Arras. le chancelier Rolin, le duc de Gueldrc, les comtes d'Ktanipes, de Sainl-Pol. de Ligny, de Vaudemont, de \eveis. de \assau. de Montl'oit, de Mègue, etc. Les ducs de Bretagne et de Bar y avaient aussi leurs ambassadeurs, et les villes de Flandre, de Brabant et de Hollande
leurs députés. Enfin, il suffît de dire que les fourriers marquèrent les logis pour neuf à dix mille chevaux1.
Quant au traité, il est à remarquer que les Anglais n'ayant pas voulu se contenter de la Guienne et de la Normandie que Charles VII leur offrait, à la charge de lui en faire hommage, le duc de Bourgogne se détacha d'eux et fit la paix séparément avec la France ; ce qui porta malheur aux Anglais ; « car, abandonnés de cette maison de « Bourgogne, dit Comines2, ils perdirent Paris (en 1436) et puis, « petit a petit, tout ce qu'ils tenaient dans le royaume. » Tant il importe de mettre Dieu et la raison de son côté, comme fit Charles en cette rencontre ; et de n'exiger pas trop de ceux qui, pour avoir la paix, cèdent amiablement une partie de ce qui leur appartient justement.
Des trente et un articles de ce traité, dont plusieurs n'ordonnent que des fondations de chapelles, de messes et de prières pour le repos de l'âme du duc Jean de Bourgogne, tué à Montereau-faut-Yonne, il n'y en a qu'un dont il soit besoin de parler ici : c'est celui du délaissèment et engagement des villes, terres et seigneuries assises sur la rivière de Somme, à condition de les pouvoir racheter. Et ce fut à l'occasion de ce rachat que commencèrent les brouillcries et les guerres entre Louis XI et Charles de Bourgogne, qui trouva très-mauvais que son père eut rendu ces villes qui lui tenaient lieu de récompense de plusieurs services rendus à la couronne, et que Louis se fût si fort hâté de les racheter.
J'avoue que quelques-unes des conditions de cette paix étaient dures, et que Charles VII avait accordé au duc Philippe plus qu'il ne devait ; mais si l'on considère le misérable état auquel une longue et cruelle guerre avait réduit le royaume, et les bons effets que produisit cette paix, qui détrôna les Anglais, on conviendra qu'elle élait avantageuse3, et que si l'on eût chicané davantage, le roi courait risque
1. M Hoire rie Charles VII , de Jean Chartier. "i. Chap. vu de ses Mémoires.
3. Cette paix, dit Jean de Saint-Gelais. fut plus profitable pour le roi qu'honorable. Toutefois, selon le temps, il élait nécessité de Taire ainsi; car par ce moyen les Anglais commencèrent à diminuer de forces, do laveur et d'amis. Histoire île Louis Ml.
de perdre tout, d'autant que le Bourguignon n'aurait pas manqué de renouer avec l'Anglais. Dans les grands dangers il meglio guasta il bene, dit le proverbe italien ; trop de prudence et de précaution gale tout. Le cardinal d'Ossat 1 fait une excellente leçon aux négociateurs publics, quand il se moque de la haute sapicncc et générosité extraordinaire de ces gens inflexibles qui, voulant faire aller les affaires à leur mode, prolongent et empirent les maux, au lieu d'y remédier. « Nous les prions de nous excuser, dit-il, si au lieu de leurs paroles « magnifiques et braves, nous avons mieux aimé la substance et la « vérité, et la réalité du salut et de la grandeur du roi, et de la « couronne de France, laquelle pourra beaucoup mieux se défendre « de toute usurpation contre qui que ce soit et maintenir ses préro- « gatives et prééminences, quand elle sera remise et renforcée, qu'elle • n'eût fait, si sous de beaux mots et spécieux elle se fût opiniùtré- « ment laissé consumer et fondre, étant nécessaire pour braver avec « effet et avec dignité, premièrement d'être et de vivre, puis d'avoir « santé, force et vigueur. » Par exemple: si les plénipotentiaires de Charles VII n'eussent pas voulu passer à ceux du diic le dernier article qui porte que « le roi, pour assurance de l'observation et de « l'accomplissement entier du traité, donnerait les scellés des princes « de son sang, des grands du royaume et des principales villes; et « qu'en cas de contravention, ces princes et seigneurs seraient absous « du serment de fidélité envers le roi, et obligés de servir le duc « contre lui. » Il n'eût fallu que cela pour tout rompre. Car les Bourguignons auraient pris de là sujet de soupçonner qu'on aurait eu dessein de les tromper; étant l'ordinaire des inférieurs ou des plus faibles de se défier de la foi des supérieurs ou des plus forts. Ainsi, quoique cet article blessât la majesté royale, en ce qu'il n'appartient point aux sujets de répondre de la foi de leur prince qui, au contraire, est le dépositaire et le garant de la foi publique; ni d'être les arbitres de leur obéissance, le salut de PKlat, qui est la souveraine loi, ne permettait pas alors de s'arrêter par une vaine délicatesse à cette formalité. Ce traité fut confirmé, quinze jours après sa conclusion, par le
t. Dans ses Lettres au minière Villemi : liv. II, lettre lH.
concile de Bàle, qui en avait été le principal promoteur; et Louis, dauphin de Viennois, le ratifia en 1456 à Bruxelles où il s'était retiré tout nouvellement pour se mettre à couvert de l'indignation du roi son père, promettant au duc Philippe, son oncle, de l'entretenir et garder ponctuellement, tandis qu'il serait dauphin; et d'en donner ses lettres patentes en forme duc et valable, quand il serait parvenu à la couronne. Charles VII qui, selon Gaguin1, n'attendait qu'une occasion pour rompre ce traité avec quelque apparence de justice, menaça plusieurs fois Philippe de recommencer la guerre s'il ne lui renvoyait son fils : mais Philippe, dont les affaires étaient en très-bon état, lui ayant enfin répondu, comme par un défi, qu'il ne s'agissait plus que de savoir si le roi voulait tenir et garder la paix d'Arras ou non; la querelle ne passa pas plus avant, le conseil du roi n'ayant pas jugé à propos qu'il s'embarquât dans une nouvelle guerre sur la fin de ses jours. Voilà comme Charles VII et Philippe le Bon traitèrent ensemble. Voyons maintenant comment Louis XI et le duc Charles, leurs enfants, en usèrent entre eux.
Si, selon Comines2, il est presque impossible que deux grands princes s'entr'aiment après s'être vus, il ne faut pas s'étonner que Louis et Charles, qui avaient demeuré et vécu cinq ou six ans ensemble, eussent une horrible antipathie l'un pour l'autre. Louis était si pénétrant et si fin qu'il ne pouvait pas manquer de connaître Charles jusqu'au fond de l'âme; et Charles était si emporté, si fougueux et si présomptueux qu'il eut fallu que Louis ne l'eût jamais vu pour ne le point haïr. C'est pourquoi Louis ne balança point à prendre le parti du duc Philippe contre son fils qui le voulait régenter; et loin de contribuer k leur réconciliation, comme le requérait le devoir de l'hospitalité, il attisa si bien le feu, que le père, en dépit du fils, redoubla son affection pour les seigneurs de Crouy, ses ministres, et leur confia d'autant plus volontiers les soins de son Ktat, qu'ils étaient en butte à son fils. Et c'est ce qui a donné lieu à un auteur flamand3 de dire que lorsque le dauphin de France se réfugia à la cour du duc de Bourgogne, la