‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 7 sur 269 · Jacques Meyer, dans son Histoire de Flandre · texte numérisé non relu

Jacques Meyer, dans son Histoire de Flandre

haine, la noise, la discorde et tous les diables entrèrent avec lui dans cette maison. Hoslis, non hospes fuit.

Quand Louis fut parvenu a la couronne, il se souvint bien moins des bons traitements qu'il avait reçus du duc de Bourgogne pendant son séjour en Brabant, que des sujets qu'il croyait avoir de n'aimer pas le comte de Charolais. son fils. Kl c'est ce qu'il fit éclater ouvertement dans l'ambassade, dont parle Comines tout au commencement de ses Mémoires. Car bien que tout ce dont il accusait ce comte et le duc de Bretagne fût peut-être vrai (ce que Comines n'assure pas), il est certain que ces plaintes partaient d'un cœur envenimé depuis longtemps, et que si son mécontentement eût été; nouveau, il aurait donné des ordres plus modérés au chancelier de Mon illier, qui parla plutôt comme un héraut. que comme un ambassadeur. Quoi qu'il en soit , le roi ne tarda guère à se repentir de cette ambassade qui quelques mois après fit éclore la Ligue du bien public, durant laquelle il eut besoin de toute sa cervelle et de toute son adresse pour regagner les grands qu'il avait dépouillés, et pour désunir les princes du sang qui, à. la réserve des comtes d'Ktampes, de Vendôme et d'Ku, prirent tous les armes contre lui, sous couleur de réformer les abus du royaume et de procurer le soulagement des peuples, par l'abolition des impôts; charité qui sert toujours de masque à l'ambition des grands, à la vengeance des malcontents et à l'humeur inquiète des brouillons.

Le dessein de cette Ligue était de prendre Paris pendant que le roi était occupé contre le duc et le cardinal de Bourbon, qui avaient mis les Bourguignons dans Moulins, et si le duc de Berry, frère unique du roi, et le duc de Bretagne fussent arrivés a temps à Saint-Denis, où était assigné le rendez-vous de tous les confédérés, il est certain qu'ils auraient pris Paris, où il y avait très-peu de milice et grand nombre de personnes qui désiraient un changement en faveur du duc de Berry, qui avait dans son parti toutes les créatures de Charles VII, son père.

Comme le comte de Charolais était à Longjumeau et son avantgarde à Monthléry, le roi, qui avait été averti en Bourbonnais du dessein du comte et des confédérés, arriva inopinément à Châtres, qui est à une lieue de Monthléry. L'un et l'autre furent également surpris

de se rencontrer si près, et ni l'un ni l'autre ne songeait alors à combattre; le roi naturellement craintif, ne voulant rien hasarder, et le comte, qui attendait le duc de Bretagne, ne trouvant pas à propos de rien entreprendre avant qu'il fût arrivé avec ses troupes. Ainsi le combat qui se donna près de Monthléry fut une renconte plutôt qu'une bataille en forme. Il n'est point de mon sujet d'examiner qui fut le vainqueur, les historiens en ayant jugé différemment. Comines donne la victoire au comte, qui pensa y être tué par deux fois; mais, selon le récit même de Comines, Mézeray a eu raison de dire que le roi et le Bourguignon eurent tous deux du pire, et que ni l'un ni l'autre n'eut l'avantage. Véritablement le champ demeura au comte de Charolais qui, depuis ce jour-là, se crut aussi grand capitaine qu'Alexandre, et aussi habile homme que Jules César. Témoin la réponse fanfaronne qu'il fit un jour aux ambassadeurs de France et d'Angleterre, qui lui remontraient que leurs maîtres, n'étant pas contents de son procédé, pourraient bien se liguer ensemble contre lui : « Je donnerai cent « mille écus, dit-il, pour avoir le plaisir d'être attaqué par vos deux « rois, et celui de voir venir la queue a ce petit chien que vous voyez « sur ce buffet1. » Au reste, si le Charolais gagna la bataille de Monthléry, Louis \I eut bien sa revanche deux jours après, lorsqu'il entra dans Paris où tout était perdu pour lui, si le duc de Berry, le duc de Bretagne et ce comte y fussent entrés les premiers : « Car le « peuple, ajoute Comines2, se fût aisément tourné de leur part, pour « plusieurs raisons ; et par conséquent toutes les villes du royaume à « l'exemple de Paris. »> De sorte que, s'il n'eût pu y entrer, sa résolution était prise de se retirer vers les Suisses ou dans le Milanais3,

1. Don Juan Vitrinn, dans le chapitre lxw de son Co/in'ucs, lettre H, el don Juan Antonio de Vera dans Y Epitoinr de la Viotlr C/m rlrx-Qtii ni , qui, selon son rapport, fit la même réponse que le duc Charles, son bisaïeul , au héraut qui alla lui dénoncer la guerre de la part de François I". et d'Henri VIII, roi d'Angleterre.

Page 1