‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 63 sur 269 · Dominicus Bnndius in Tract, de Indue, lieltj., art · texte numérisé non relu

Dominicus Bnndius in Tract, de Indue, lieltj., art

2. Le Père Jean Neyen ou Ney, que le président Jcannin appelle toujours le Pèro Commissaire, lequel était fils d'un Martin Neyen, dont Guillaume, prince d'Orange, s'était servi en plusieurs affaires de confiance.

3. Il s'appelait Claude de Cilly, et a*ait été maître d'hùlel de Philippe I", roi de Castille, père de Charles-Quint.

la princesse Marguerite, tante paternelle du pupille; et, selon Zurita,sa négociation fut si heureuse, que tout ce qu'il avait accordé et appointé secrètement avec Ferdinand fut confirmé ensuite par la sentence arbitrale du roi Louis XII et du cardinal d'Amboisc, son premier ministre, que Maximilien et Ferdinand avaient pris pour juges de leurs différends1. Le cardinal de Richelieu se servait ordinairement du fameux capucin, dit le père Joseph, pour métamorphoser les ministres des princes étrangers en pensionnaires, ou, pour parler plus français, en traîtres. Le premier homme à qui il s'expliqua du dessein qu'il avait de rendre la couronne de Portugal à la maison de Bragance fut un marchand joaillier, nommé Broïial, qu'il avait rencontré plusieurs fois chez la duchesse d'Aiguillon, à qui il vendait des pierreries et des bijoux2. Lui ayant trouvé de l'esprit et du jugement, il l'envoya par deux ou trois fois a Lisbonne pour sonder le gué, ce que Broùal, qui parlait bien portugais, fit avec tant d'adresse auprès des seigneurs et des fidalgues, chez qui il eut accès, qu'il assura positivement M. le cardinal qu'il ne leur manquait qu'une occasion et de l'appui pour changer de maître. Et ce fut sur ce fondement que ce grand ministre entreprit et acheva la fameuse révolution du Portugal ; tant un homme employé à propos à ce qui est conforme à son génie est capable de donner un bon branle aux affaires de la plus grande importance.

La trêve d'Anvers ayant expiré le 9 avril 1621, la guerre recommença au mois de septembre suivant au sujet de Juliers, qui fut assiégé par les Espagnols, et depuis ce temps- là les Etats firent divers traités avec la France, dont les assistances leur étaient absolument nécessaires contre une nation qui, après les avoir reconnus pour un peuple libre et indépendant, prétendait être encore en droit de les dominer. Comme il serait inutile de parler de tous ces traités, on ne peut pas aussi se dispenser de faire mention de la Ligue offensive et défensive de 1635, dans le sixième article de laquelle il était dit :

1. Col accord fut signé à Mois, le \ î décembre 4509. IV>n Juan Vitrian en parle sur le rapport do Zurila, dans le rhap. xx de son Comincs. lettre A.

2. J'ai appris cetto particularité du feu Père Cossirt, jésuite illustre, qui disait le savoir de madame d'Aiguillon même.

« Que la rupture entre les deux couronnes durerait jusqu'à l'entière « expulsion des Espagnols des Pays-Bas * sans que ni le roi très-chré- « tien ni les États généraux des Provinces - Unies pussent traiter « paix, trêve, ni suspension d'armes, que conjointement et d'un cornet mun consentement. » L'article 9 portait : « qu'au cas que l'on vînt « à faire une paix, trêve ou suspension d'armes, elle ne pourrait se « conclure que conjointement et du commun consentement du roi et des « États généraux. » Et l'article 10 ajoutait : « que si lesdits Etats rom- « paient ouvertement avec l'empereur ou avec tout autre prince de la « maison d'Autriche, le roi s'obligeait de rompre pareillement ; et que « si l'empereur, ou quelque autre prince de la même maison attaquait « directement ou indirectement le roi très-chrétien, en sorte que Sa « Majesté en vînt à une rupture ouverte avec cette maison , les États « généraux seraient obligés de rompre aussi. » Ajoutez à cela l'article 2 du traité de 1644, par lequel il était dit : « Que dans les négociations « de Munster, les plénipotentiaires de France et de Hollande s'entr'aide- « raient et se soutiendraient réciproquement; » et l'article 6 qui porte « que si après la paix conclue , le roi très-chrétien ou les Provinces- « Unies étaient attaqués directement ou indirectement par le roi d'Es- « pagne ou par l'empereur, on exécuterait ponctuellement de part et « d'autre les articles 6, 9 et 10 du traité de 1635. »

Cependant en 1646 les Espagnols, se voyant dans la nécessité de faire la paix, tâchèrent de la faire avec le moins de désavantage qu'ils pourraient. Dans cette vue, ils résolurent de conclure séparément la paix avec les États généraux. Le cardinal Mazarin, ayant pressenti cela, envoya promptement à La Haye M. Servien qui était un des plénipotentiaires à Munster. Ce ministre fit tout ce qu'il put pour empêcher les Etats de traiter seuls avec l'Espagne, et de penser même h la paix; il leur remontra que la France et la Hollande unies ensemble chasseraient entièrement les Espagnols de la Flandre dans deux ou trois ans, et que, par ce moyen, la république de Hollande délivrée d'un si redoutable ennemi deviendrait extrêmement puissante. Le prince d'Orange, qui avait l'humeur martiale, goûta d'abord les propositions et les raisons de M. Servien, et plusieurs des États se rangèrent du côté du prince ; mais comme les conditions du traité de

paix que les Espagnols voulaient faire avec les Hollandais étaient dans le fond très-avantageusé*s à ces derniers, le plus grand nombre de voix alla à faire la paix. Ainsi les États généraux conclurent en 16ft8 la paix avec l'Espagne sans y comprendre la France. Les Provinces. Unies avaient de grandes obligations à la France , cela est hors de doute; mais l'intérêt leur fit fermer les yeux à toutes ces considérations. Il y a de certaines maximes d'État auxquelles tout doit cedor, et ce sont ces maximes que les princes et les chefs des républiques suivent sans aucun scrupule. Adrien Paaw et Jean Rnuyt, plénipotentiaires à Munster de la part des États, conclurent et signèrent ce traité avec le comte de Pegnaranda, plénipotentiaire d'Espagne. A l'occasion de ces deux ambassadeurs des Provinces-Unies, on peut remarquer que le cardinal de Richelieu, qui se connaissait merveilleusement en esprit, avait dit, après la signature du traité de lO.'iô : u Ces deux « Hollandais ont bien la mine de nous donner le change. » En eiïet, la suite a montré que les États généraux avaient envoyé pour ambassadeurs en France les deux plus fins personnages de leur pays, et qu'ils ne s'étaient servis de noire alliance et de nos armes que pour faire à nos dépens leur condition meilleure auprès des Espagnols, selon la maxime de Ferdinand d'Aragon, qui ne signait jamais de traité qu'avec cette réserve mentale : « le profit pour moi, le danger et les frais pour mes alliés1. »

Au reste, je ne puis comprendre comment Wicqucfort, qui décide souverainement du mérite et des actions des ambassadeurs et souvent sans jugement, a pu dire que « Pegnaranda était un ministre sans expérience et sans génie , » lui qui convient que ce comte , « en faisant consentir les Hollandais à une paix particulière, rompit toutes les mesures du cardinal Mazarin 2. » Ce cardinal môme , qui n'était pas d'humeur à prodiguer à autrui les louanges sur la science de négocier où il était grand maître, ne put s'empêcher de reconnaître l'habileté du comte. « Votre Excellence, lui dit-il dans une lettre3, est

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