‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 64 sur 269 · Le Gamines espagnol, chap. vin, note A · texte numérisé non relu

Le Gamines espagnol, chap. vin, note A

2. Section xiii de la H* partie do l'Ambassadeur et ses fonctions.

3. Intitulée : Lettre d'un Français , bien informe des affaires, au conUe de Pegnaranda, laquelle le cardinal a toujours reconnue pour une des sienne*.

u un des plus grands ministres qu'ait aujourd'hui la couronne d'Es- « pagne. Vous avez rendu au roi votre maître, dans la paix de a Hollande, le service le plus signalé qu'il pût jamais attendre d'aucun o de ses sujets. Vous avez en vôtre particulier acquis beaucoup de « réputation, d'avoir su, par votre adresse, séparer d'avec la France « des alliés qui lui étaient si unis et si obligés, et dont les intérêts, en « bonne politique, devaient être à jamais communs et indivisibles. « Vous avez fait éclater votre prudence, quand vous avez tout sacrifié « pour rompre le nœud de cette liaison. >» Témoignage qui détruit entièrement ce qu'ajoute Wicquefort, que Pegnaranda « n'acquit pas a Munster la réputation d'un habile négociateur, et qu'il n'avait pas l'expérience nécessaire pour sortir avec succès d'une négociation de cette force. Car s'il rejetait toutes les propositions qui pouvaient avancer l'accommodement entre les deux couronnes, ce n'était ni par orgueil, ni par opiniâtreté, ni par incapacité, comme le veut Wicquefort1 ; mais parce qu'il avait ordre de ne traiter la paix qu'avec la Hollande seule, et de n'entendre à celle de France qu'après toute espérance perdue de conclure un traité parliculier avec cette république. Ce qui est si vrai que dès le jour où ce traité fut signé, il ne resta plus a Munster que pour les formes, se roidissant toujours de plus en plus sur des conditions qu'il savait bien que les plénipotentiaires de France n'accepteraient jamais. Si, leur disait-il comme les Privernates aux Romains, vous voulez nous donner une bonne paix, elle sera éternelle, mais si vous nous en donnez une désavantageuse, elle ne sera pas de durée2. Ce qu'il appelait bonne ]Hti.r, était que nous rendissions au roi d'Espagne toutes nos conquêtes, faute de quoi il déclarait qu'il n'y aurait jamais de paix stable et durable entre les deux couronnes.

De tout cela il résulte que les empêchements de la paix générale avec l'empire et l'Espagne ne venaient point du côté de la Fiance, dont les intentions étaient bonnes et sincères , mais du côté de l'Espagne qui comptait sur une révolution prochaine, dont la France

\. L'Ambassadeur et ses fondions, dernière section.

î. « Si buend nos la dieredes, perpétua; si mala, poco durable. » Paroles qu'il répétait à tout propos.

était menacée alors, parmi un nombre infini de brouillons et de malcontents, qui voulaient profiter de la faiblesse de la minorité. D'ailleurs, le conseil d'Espagne, qui depuis longues années régentait souverainement à Vienne, ne pouvait pas s'imaginer que l'empereur pût jamais se résoudre à conclure la paix avec la France sans y comprendre le roi catholique. Mais le comte de Servien, qui restait seul plénipotentiaire a Munster depuis le départ du duc de Longueville et du comte d'Àvaux, tous deux suspects au cardinal Mazarin, mania si bien cette affaire que huit mois après le traité de Hollande, dont il n'avait jamais pu empêcher la conclusion, ni par caresses, ni par menaces, lorsqu'il était ambassadeur à La Haye, en 16ft8, il fit le sien avec l'empereur et les États de l'empire, à l'exclusion du roi d'Espagne et du duc Charles de Lorraine leur allié*. De sorte que le cardinal ne tarda guère à avoir sa revanche du comte de Pegnaranda, qui sans doute ne fût point parti de Munster s'il eût prévu ce coup. Sur quoi le cardinal le raille agréablement dans la même lettre en ces termes : « Avouez « donc, Monsieur, que si vous nous avez porté une botte franche dans « le traité de Hollande, la riposte que nous vous avons rendue par la « paix que nous avons conclue en Allemagne à votre exclusion vaut « encore mieux. » En effet, il était bien plus difficile de séparer l'empereur d'avec le roi d'Espagne, que le sang et l'intérêt d'État unissaient ensemble, que de détacher la Hollande d'avec la France, à qui elle n'était unie que par l'intérêt, et dont elle se sépara en vue d'un plus grand intérêt, qu'elle crut rencontrer dans la paix avec l'Espagne, quoique même alors toutes les provinces ne fussent pas tout à fait d'un même sentiment sur ce sujet. Ajoutez à cela que le roi d'Espagne se trouvant alors sans mâles, l'empereur avait d'autant plus d'intérêt de le ménager et de ne se pas brouiller avec lui, qu'en ce temps-la même il négociait le mariage du roi de Hongrie, son fils, avec l'infante d'Espagne, qui était l'héritière présomptive de tous les États de son père, et que les grands d'Espagne songeaient à la marier au duc de Savoie, dans la crainte qu'ils avaient de voir transférer le siège de la monarchie à Vienne, et de devenir les simples courtisans des vice-rois

Le 11 octobre.

allemands, que l'empereur leur enverrait, si la succession d'Espagne venait à tomber entre ses mains, circonstance qui semblait rendre insurmontables les difficultés de la paix particulière avec l'empereur.

Je ne dois pas omettre ici une particularité que le procurateur Nani raconte dans son Histoire de Venise *, laquelle montre évidemment le peu d'inclination que les grands d'Espagne ont pour la maison d'Autriche impériale. C'est que le roi de Hongrie ayant accompagné jusqu'à Milan la reine d'Espagne, sa sœur, qui est la mère de don Carlos régnant aujourd'hui , en intention d'aller avec elle jusqu'à Madrid pour y épouser l'infante, les ministres de Philippe IV lui firent dire qu'il n'était pas à propos qu'il passât plus avant, leur paraissant étrange et messéant que les Allemands voulussent confondre par ces deux mariages les noces du roi catholique avec les funérailles de sa succession.

Pour finir l'article de la paix de l'empire, il ne me reste rien à ajouter qu'une petite remarque, qui est que les Suédois assiégeaient la ville de Prague et en tenaient déjà le château, lorsque arriva la nouvelle de la paix conclue qui fit incontinent lever le siège. De sorte que la guerre de l'empire prit fin à Prague où elle avait commencé trente ans auparavant par la révolte des protestants de Bohême, qui élurent en 1619 pour leur roi Frédéric V, électeur palatin, chef de l'Cnion évangélique.

Mais puisque la paix de Hollande m'a donné lieu de parler du comte de Pegnaranda, je dirai encore ici que ce fut lui qui, après la mort de Philippe IV, fit les premières ouvertures de la paix du Portugal, et qui en concerta si bien les moyens avec le comte de Sandwick, alors ambassadeur d'Angleterre à Madrid , que le traité en fut conclu et signé à Lisbonne le 13 février 1CG8, quoique l'année précédente le Portugal eût fait une ligue offensive et défensive avec la France, par le septième article de laquelle le roi très-clin' tien et dom Alphonse VI, roi de Portugal, s'obligeaient réciproquement de n'écouter aucune

4. A la fin du livre IV de la seconde parlie sur l'an IG48. Le marquis de Caslel- Rodrigo, parlant de ce mariage, dit alors qu'au lieu d'une fille si jeune pour le roi d'Espagne, il lui en fallait donner une qui fût déjà grosse. ( Lettre du comte d'Avaux au cardinal Mazarin, du 4 mars «647.)

proposition de paix particulière avec l'Espagne, et de ne traiter point l'un sans l'autre, et que dom Pedro, devenu régent quelques mois après, eût promis trois fois par écrit1, non-seulement en foi de prince, mais encore en foi de brave gentilhomme (c'est l'expression dont il usait) d'observer religieusement et inviolablement ce traité, et de n'entrer en aucune négociation avec le marquis de Liche5, ni avec le comte de Sandvvick, qui était venu exprès a Lisbonne, en qualité de médiateur entre le roi d'Espagne et le royaume de Portugal. Tant il est fatal à la France d'éprouver l'inconstance des princes et des Etats, que sa protection a sauvés du naufrage. Soit dit, en passant, que lorsque deux princes traitent ensemble, l'un puissant et l'autre faible, il arrive presque toujours que le grand est trompé par le petit , parce que le grand n'a en vue que la réputation, et l'autre que l'intérêt. Celui qui est protégé regarde la protection qu'il reçoit comme une dette qu'il contracte et comme une sujétion qui le déshonore , et par conséquent, à la première occasion qu'il trouve de rompre ses liens, il fait banqueroute à la reconnaissance.

Tous les traités faits par Charles IV, dernier duc de Lorraine, avec Louis le Juste et Louis le Grand, en sont de beaux témoignages, et ceux qui liront sans prévention l'histoire de ces deux règnes, et qui feront attention a toutes les infidélités de ce duc, qui se glorifiait de ses tromperies comme d'autant de victoires , s'étonneront que deux tels rois, si souvent offensés, eussent pu lui pardonner tant de rechutes avant que de se résoudre à le dépouiller. Cependant, un de ses minis-

4. Une de ces trois promesses fut exigée par la feue reine Marie-Fram.oise-FJiâabeth de Savoie, sa femme, à qui il donna le billet qui suit :

Page 1