‹ Répertoire diplomatiqueChapitre 66 sur 269 · Papes 77, S{ et 83. J. D'Ossat, leltre CCXLVIII · texte numérisé non relu

Papes 77, S{ et 83. J. D'Ossat, leltre CCXLVIII

3. Lettre du cardinal Mazarin, écrite de Saint-Jean-de-Luz, le 4 septembre 4659.

trouverait heureux, s'il voulait repasser dans sa mémoire tant de princes qui avaient perdu leurs Étals, quoiqu'ils n'eussent pas fait la centième partie de ce qu'il avait fait contre la France; qu'il avait devant les yeux l'exemple tout récent de l'électeur Palatin , qui , tout protégé qu'il était de la France, de la Suède et des protestants de l'Allemagne, dont les armes étaient victorieuses, avait tenu a grande grâce de recouvrer une partie de ses États, en sacrifiant l'autre au ressentiment de l'empereur et de toute la maison d'Autriche. »

Tout ce que je viens de dire de Charles IV, duc de Lorraine, et du traitement qui lui a été fait par les couronnes de France et d'Espagne, sert à vérifier la prédiction que Balzac avait faite quelques années auparavant, qu'il serait la victime des deux empires :

Alternis rapient te Teuto et Olta ruinis, Et nisi Pars uni es, praeda duobus eris.

Le 6 février 1662, il céda par un traité les duchés de Lorraine et de Bar à la couronne de France, à la charge que tous les princes de sa maison fussent déclarés princes du sang royal , et comme tels , capables de succéder à la couronne immédiatement après les Bourbons, et le 27 suivant, les lettres patentes en furent registrées au Parlement ; mais comme l'on y ajouta une condition, qui n'était point dans le traité, savoir : qu'aucun des princes de Lorraine ne pourrait jouir des prérogatives et prééminences qui leur étaient accordées par ce traité, si tous ceux qui y avaient intérêt n'y donnaient leur consentement 4. Le duc écrivit trois semaines après au roi et au premier

1. Cette clause était absolument nécessaire, car autrement tous les princes de la maison de Lorraine établis en Franco y auraient prétendu le titre et le rang de princes du sang, tandis que le prince Charles, neveu du duc, qui n'avait garde de consentir à ce traité, comme fait à son préjudice, se serait porté pour légitime héritier des duchés de Lorraine et de Bar, lesquels il soutenait ne pouvoir être aliènes par le duc son oncle, qui ne les possédait qu'en qualité d'usufruitier. Ainsi, l'auteur des Eclaircissements n'a pas eu raison de dire, pages 21 1 et 213. « que la Franco avait manqué à sa promesse, ou qu'au moins elle avait promis ce qu'elle ne pouvait exécuter; » car, au contraire, c'était son maître qui avait promi? ce qu'il sa\ait bien qu'il ne pouvait accomplir. Quoi qu'il en soit, il faut convenir franchement de ce que dit Wicquefort, que ce ne fut pas par ce traité que feu M. de Lionne mérita l'éloge que Saint- Évremond fait de lui, comme du plus grand politique de notre temps.

16ft OBSERVATIONS HISTORIQUES ET POLITIQUES

président, que si Sa Majesté n'accomplissait les conditions auxquelles elle avait bien voulu s'obliger, et ne faisait vérifier ledit traité sans restriction, il le tenait pour nul, quelque chose que l'on pût alléguer au contraire.

TRAITÉS AVBC LES CANTONS SDISSEB

Jusqucs ici je n'ai rien dit des Suisses , qui sont les plus anciens alliés de la France, parce que cette matière étant relative à dix de nos rois, j'ai voulu la traiter tout de suite, pour en faire un abrégé historique, où l'on trouvât à point nommé et sous un môme chapitre tout ce qu'il importe de savoir de lu correspondance que la couronne de France a entretenue et entretient, depuis plus de deux cents ans, avec cette nation.

Louis XI fut le premier qui fit alliance avec eux lorsqu'il n'était encore que dauphin de Vienne. Mais avant que de parler de ce traité, il faut dire quelle en fut la cause.

Louis ayant pris la ville de Montbéliard, dont le seigneur avait fait quelques courses sur les terres de France, marcha ensuite vers Bàle pour venger la querelle d'Eugène IV 4, contre le concile de ce nom qui l'avait déposé en 1439, et avait élu a sa place le duc Amédée de Savoie, et contre son père même qui protégeait le concile. Les habitants, se voyant donc à la veille d'être assiégés et de tomber entre les mains des écorcheurs* qui n'épargnaient ni femmes ni enfants, appelèrent les Suisses a leur secours, lesquels donnèrent la bataille au dauphin et la perdirent tous avec la vie, de quatre mille n'en étant échappé qu'un seul pour en aller porter la nouvelle aux cantons. Mais comme cette victoire alarma fort les Allemands, naturellement jaloux

1. Frà Paolo dit que le Dauphin avait reçu de l'argent d'Eugène pour prendre les armes contro le Concile de Baie. {Trait/1 des bénéfices, article de la Pragmatique.)

2. C'étaient des brigands et des assassins, que 4e peuple surnomma ainsi à cause de leurs cruautés. Le Dauphin en avait mené cinq ou six mille qui n'eussent fait aucun scrupule d'écorcher tou9 les pères de ce Concile.

de la prospérité des Français, ils armèrent si puissamment que le vainqueur fut obligé de se retirer, de peur d'être accablé de leurs forces qui se trouvaient beaucoup plus nombreuses que les siennes. Peu après, les légats du concile le sollicitèrent si vivement de vouloir entendre à la paix, que ne pouvant plus résister à leurs prières, il la conclut à Ensisheim, en Alsace, aux conditions suivantes :

Qu'il y aurait bonne, sincère et perpétuelle amitié entre lui dau- • phin et les cantons et communautés de Bàle, Berne, Lucerne, Soleure, Ury, Schwitz, Unterwald, Zug et Claris; comme aussi avec leurs alliés, savoir : Louis, duc de Savoie, fils du Pape Félix V; Jean, comte de Fribourg et de Neufchâtel ; Jean, comte d'Arberg et de Valengin ; et les villes de Biennc et de la Neuville.

Que tous les sujets desdites communautés pourraient demeurer, habiter et trafiquer dans tous les pays de l'obéissance du roi de France et du seigneur dauphin, sans nul empêchement et sans qu'il leur fût fait aucun dommage en leurs biens.

Que tous les nobles, qui s'étaient déclarés contre la ville de Bâle, ou contre les autres cantons suisses, se réconcilieraient parfaitement avec lesdites communautés, et que le seigneur dauphin se déclarerait contre ceux qui ne voudraient pas s'accommoder avec elles.

Que ledit seigneur ne pourrait entrer, demeurer, ni séjourner avec son armée dans les villes et terres appartenantes auxdits cantons, où toutefois les marchands et pèlerins français pourraient habiter et trafiquer avec toute liberté, à condition que la même chose fût permise aux marchands et pèlerins suisses dans les terres de France et de Dauphiné.

Que si, par hasard, ou autrement, il était contrevenu par l'une ou l'autre des parties à quelque article de ce traité, la réparation en serait faite de bonne foi et sans délai.

Que lesdits cantons voulaient bien accepter la médiation du seigneur dauphin pour leur accommodement avec le duc d'Autriche et la communauté de Zurich, pourvu que ce fût sans préjudice du présent traité qui demeurerait en toute sa force et vigueur, quand même cet accommodement ne réussirait pas.

Que tous les capitaines, qui se trouvaient alors avec le seigneur

dauphin, jureraient sur les saints Évangiles d'observer inviolablement tous les points et articles de ce traité sans y contrevenir jamais en aucune manière.

Qu'en vertu de ce traité, toutes les inimitiés, rancunes, animosités, querelles et injures passées seraient abolies, éteintes et mises en oubli comme si elles ne fussent jamais arrivées.

Après que Louis fut parvenu à la couronne, et qu'il eut formé dans sa tête le dessein de ruiner entièrement le duc et la maison de Bourgogne, il regarda les Suisses comme les instruments les plus propres à lui faciliter cette difficile entreprise. Il leur offrit, dit Comines1, de beaux et grands partis, premièrement 20,000 francs, qu'il donnait tous les ans aux villes de Berne, Zurich, Luzerne et Fribourg; et 20,000 autres qu'il distribuait à des particuliers qui soutenaient ses intérêts dans leurs diètes. Il se fit leur bourgeois et leur premier allié, et voulut en avoir des lettres patentes, comme d'un titre dont il voulait leur faire croire qu'il se tenait très-honoré. Mais il est à remarquer ici que, bien que Louis eût fait deux traités avec eux, du vivant de Charles, duc de Bourgogne, l'un du 10 janvier ihllx 2 et l'autre du 26 octobre 1475, qui est celui dont Comines fait mention 8, et dont la teneur est clans le tome ier de ce Becueil (et dans le ni* du Corps diplomatique, etc.) ; il n'entra néanmoins ouvertement dans leur alliance, et eux à son service, qu'après la mort du duc Charles dont ils redoutaient la puissance à tel point que, dès qu'ils surent qu'il voulait leur faire la guerre, ils lui firent offrir par leurs ambassadeurs de renoncer h l'alliance de tous les princes ses ennemis, et de le servir, au prix qu'il voudrait, de six mille hommes contre le roi Louis, toutes les fois qu'ils en seraient requis. De sorte que ce fut une grande prudence à Louis XI de se contenter d'avoir un commerce secret avec eux durant la vie de Charles qui, sans doute, se fût bien gardé de leur faire la guerre si Louis eût été leur ami déclaré, et qui, par conséquent, n'eût pas perdu la bataille de Gran-

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