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Chap. x du dernier livre de ses Mémoires

5. On a dit d'eux que le duc Charles les avait aguerris par le fer, et le roi Louis par son or.

6. Toutefois, dit Comines, ils avaient tort, car il ne leur avait été promis qu'un mois de payement; et d'ailleurs ils ne servaient point. (Chap. x du dernier livre de ses Mémoires. ) Ajoutez à cela une raison convaincante, qui est qu'à toute rigueur la clause qu'ils alléguaient pour être payés de trois mois ne pouvait "valoir que pour cinq mille hommes, puisque les quinzo mille autres étaient venus sans ôtre appelés ni demandés,

qui montait bien à 500,000 francs. Tant est vrai ce qu'Aristophane fait dire aux Athéniens par Périclès, « qu'il ne faut point nourrir le lion si l'on ne veut en souffrir tout après l'avoir nourri. »

On trouvera dans ce Recueil un traité de confédération fait le h août itiSli, entre Charles VIII et les Suisses, lequel ne contient que des promesses réciproques de vivre en bonne intelligence ensemble et de favoriser et maintenir de part et d'autre la liberté du commerce entre les marchands des deux nations, sauf toutefois le payement des droits ordinaires d'entrée et de sortie : Suivis lamen ex uirâque parte teloniis consuetis hue usquè inlroductis.

En 1499, un an après la mort de Charles VIII, Louis XII fit un nouveau traité d'alliance et de confédération avec les Suisses, par lequel il leur promettait de les assister et défendre envers et contre tous ; de leur payer en forme de pension annuelle, dix ans durant, à compter du jour de la signature de ce traité, la somme de 20,000 francs, à raison de 2,000 francs par canton ; et de leur donner, outre cette pension, 80,000 florins du Rhin par an lorsqu'ils seraient en guerre, et que la France y étant aussi, il ne pourrait pas leur envoyer les troupes qu'ils lui demanderaient. Ils s'obligeaient pareillement de fournir au roi, lorsqu'ils en seraient requis, tel nombre de soldats qu'il serait nécessaire, à moins qu'ils n'en eussent besoin pour euxmêmes, ayant la guerre : auquel cas ils ne laisseraient pas de permettre à ceux de leurs sujets qui voudraient servir le roi, d'y aller sans nul empêchement, pourvu que ce fût à ses dépens.

Quant a la paye des soldats suisses auxiliaires, il était dit qu'ils auraient chacun b, florins d'or et demi par mois, à commencer du jour

et malgré qu'on en eût; de sorte qu'il fallut défendre l'entrée du Piémont pour n'en pas laisser passer davantage, comme le rapporte Comines, qui accompagnait Charles VIII en ce voyage. C'est pourquoi Louis XII , son successeur, prit toutes les précautions nécessaires pour obvier à ce désordre, lorsqu'il fit insérer dans le traité de Lucerne. de 4469, cet article en termes clairs et formels : « Ad hoc caulum est quod si aliquos nostratum, ultra numerum à rege petitum, ad servitium regiae majestatis sua» proficisci contigerit, nulla eisdem regia Majestas stipendia pra»slare débet.» C'est-à-dire, de plus, on est convenu que, s'il arrive que quelques-uns des nôtres aillent au service du roi très-chrétien, outre le nombre qu'il aura demandé, Sa Majesté ne sera point obligée de leur donner aucune paye.

qu'ils seraient partis de leurs maisons; outre quoi ils jouiraient de toutes les immunités et privilèges dont jouissaient tous les autres stipendiâmes du roi.

Les cantons promettaient ensuite de ne faire aucune paix ni trêve, sans y comprendre expressément le roi, et de soutenir ses droits comme les leurs propres; et le roi, pareillement, de les comprendre dans tous les traités qu'il ferait avec ses ennemis et les leurs , et de défendre leurs intérêts comme les siens propres. Enfin, les Suisses promettaient de ne point souffrir, durant tout le temps que cette confédération aurait à durer, qu'aucun de leurs sujets prît les armes contre Louis XII, ni donnât secours à pas un de ses ennemis, sous quelque prétexte ou occasion que ce fût, et de punir ceux, qui le feraient, comme des rebelles. Protestant sincèrement qu'ils n'avaient aucune alliance, intelligence, ni liaison avec Louis-Marie Sforce , ni avec ses héritiers.

En effet, ils en donnèrent une bonne marque à Louis XII dès 'année suivante, car ils lui abandonnèrent ce pauvre duc 4, qui se servait d'eux au recouvrement du duché de Milan, où rentrèrent ainsi les Français qui, en moins d'un an, le conquirent, le perdirent et le regagnèrent.

Après cette heureuse expédition des Français, les Suisses, s'en retournant en leur pays , se saisirent de la ville de Bellinzone, qui ferme le passage des montagnes de ce côté-là. D'abord lès Français, qui avaient alors le vent en poupe, eussent pu ravoir cette place pour une médiocre somme d'argent; mais les Suisses ayant eu le loisir d'en considérer l'importance, et reconnu que c'était une porte par où ils entreraient dans le Milanais toutes les fois qu'ils voudraient, s'obstinèrent à la garder, sans qu'on pût jamais la tirer d'entre leurs mains. De sorte que Charles d'Amboise, gouverneur du Milanais, si connu dans l'histoire sous le nom de seigneur de Chaumont, fut obligé

1. Guichardin dit que les Suisses ayant promis à Louis Sforce de le conduire en lieu de sûreté, ils l'indiquèrent eux-mêmes aux capitaines français, tandis qu'il marchait en rang parmi eux, babillé et armé comme un soldat suisse. (A la fin du liv. IV de son Histoire.) Le Nardi dit la môme chose au commencement du liv. IV de son Histoire de Florence.

de faire un traité avec les cantons d'Ury, Schwitz et Unterwald, en 1503*, par lequel il leur cédait et transportait, au nom du roi son maître, la ville et tout le territoire de Bellinzonc, avec deux villages au delà du mont Cenis , qui n'avaient jamais été de la juridiction ni de la dépendance du comté de Bellinzone ; promettant de plus, que Louis XII enverrait au plus tôt des ambassadeurs aux Ligues, pour confirmer et renouveler les capitulations faites entre les ducs de Milan et la nation helvétique; comme aussi tous les privilèges, exemptions et immunités que Louis Sforce leur avait tout nouvellement accordés touchant le commerce , lesquels privilèges s'étendraient à tous ceux de leurs alliés et adhérents, qui avaient été compris dans leurs anciennes confédérations, et pareillement aux habitants du comté de Bellinzone et de Walbrune. Enfin, il était dit, que tous les prisonniers de guerre faits de part et d'autre seraient mis en liberté et renvoyés sans rançon, et pourraient, sans nul empêchement, retourner au service de leurs premiers maîtres, et que ceux de la Ligue-Grise remettraient Jean-Jacques Trivulce, maréchal de France, dans son premier état, attendu que ce seigneur était ancien serviteur de la couronne de France : d'Amboise protestant que, sans cela, il ne serait point obligé de faire ratifier ce traité au roi très-chrétien son maître. Louis XII le ratifia à Lyon, le 24 de mai 1503, sous le titre de roi de France, de Naples, et de Jérusalem, et de duc de Milan, etc.

En 1509, le même roi ayant refusé aux Suisses une augmentation de vingt mille livres 2 par an, parce qu'ils la lui demandaient avec menaces, et ayant appelé les Ligues-Grises à son service , ils s'en tinrent si offensés qu'ils se mirent à celui du pape Jules II, son ennemi mortel, pour une pension de mille florins par canton, tout glorieux du titre qu'il leur donnait de « Défenseurs du saint-siége, >» titre, dont la plupart des papes ont été plus libéraux que de leur argent.

1. Ce traité fut conclu à Arona, au camp devant Locarno. qui est un dos quatre bailliages que les Suisses appellent les bailliages de delà les monts.

2. Le même Guichardin dit que tous les ministres de Louis XII étaient d'avis d'accorder aux Suisses l'augmentation qu'ils demandaient, remontrant à leur maître combien il lui importait de ne pas perdre l'amitié de ceux dont les armes l'avaient rendu redoutable à tous ses ennemis. ( Liv. IX de son Histoire. )

En 1513, ils défirent presque toute l'armée française qui assiégeait le duc François Sforce dans Novare , d'où ils vinrent ensuite en Bourgogne, où ils assiégèrent Dijon, bien résolus de ravager les meilleures provinces de la France, s'ils eussent pris cette ville. Mais le seigneur de La Trimouille, qui la défendait, arrêta prudemment l'orage par le traité qu'il fit avec eux, promettant de leur faire donner six cent mille écus par le roi, et qu'outre cela, le roi renoncerait au duché de Milan , abandonnerait le concile de Pise, convoqué contre Jules II, et se soumettrait a celui de Latran. Il est vrai que Louis XII ne voulut pas ratifier ce traité que La Trimouille avait conclu sans ordre, mais il ne laissa pas d'en être très-obligé à ce seigneur, qui sauva le royaume par un trait de plume. Car si, Dijon pris, les Suisses fussent venus jusqu'à Paris, tandis que l'empereur et le roi d'Angleterre étaient en Picardie avec une armée de plus de cinquante mille hommes, que fût devenue la France? C'est en ces rencontres qu'un bon sujet doit aller, tête baissée, au salut de l'État, sans regarder à droite, ni à gauche, sans s'amuser aux formalités qui, dans les nécessités pressantes, font la ruine des affaires; sans se soucier du désaveu du Prince, ni même de son indignation, qui, tôt ou tard, se convertit en estime et en reconnaissance, s'il est homme d'esprit. Enfin, c'est dans ces occasions qu'il se faut dire a soi-même : // y a du danger jmtr moi, mais il n'importe, si je perds les bonnes grâces du Prince, je sauverai l'État, et la jmtérilé me fera justice. Et le cardinal d'Ossat était bien de ce sentiment. « Il s'en trouvera, dit-il dans une de ses lettres à « Henri IV, qui diront que j'ai été bien hardi de promettre l'article « des douze cautions, et je le confesse moi-même ; mais outre que , « sans cela, je n'eusse pu rien faire, la raison et l'expérience m'ont « appris, qu'aux grandes affaires , pour éviter un grand mal et ob- « tenir un grand bien, il faut oser quelque chose et se résoudre à « temps et à point pour sortir d'un mauvais et dangereux passage le « plus tôt et le mieux que l'on peut. Outre que si j'eusse envoyé vers « Votre Majesté pour avoir ses ordres, l'occasion d'accommoder cette « affaire eût pu se perdre pendant ce délai, pour les accidents qui « peuvent survenir d'heure en heure. » Le cardinal Mazarin, qui savait parfaitement négocier, autorise aussi cette maxime dans une

de ses lettres, t. Je considère quelquefois, dit-il , qu'un ambassadeur « ne pourrait pas se résoudre à porter les affaires, comme je fais, « parce qu'il craindrait d'être désavoué et d'être rappelé de son am- ■ bassade avec peu d'honneur. Ainsi, je vois que c'est un grand « avantage pour les rois, quand ils emploient, dans les grandes affaires, a des personnes qui, étant pleinement assurées de leur bienveillance, « négocient hardiment et n'hésitent point à proposer de leur chef des u expédients pour les terminer avantageusement ». »

Dès que François I" fut parv enu à la couronne, l'empereur, le roi d'Aragon, les Suisses et François Sforce firent une ligue contre lui, pour le contraindre à renoncer au duché de Milan ; et six mois après, le pape Léon X entra dans cette ligue, lorsqu'il vit le nouveau roi entrer en Italie, croyant que sa tiare donnerait un grand poids aux affaires. Mais après que François eut gagné la fameuse bataille de Marignan 2, qui fut suivie du recouvrement du duché de Milan, Léon, suivant la coutume des papes, de se ranger toujours du côté des plus forts, se hâta de faire son accord particulier avec ce prince », sans vouloir attendre la résolution des Suisses, qui tenaient leur diète, ni la réponse de l'empereur, qui n'était pas fort éloigné. Le roi d'Aragon étant mort en 1516, et Maxirnilien , qui n'avait plus d'argent pour continuer la guerre qu'il faisait depuis l'an 1509 aux Vénitiens, ayant accepté la paix de Noyon (paix perpétuelle de 1516), et rendu Vérone à la république de Venise, les Suisses, épouvantés de ce qui leur était arrivé à Marignan, firent leur paix avec le vainqueur, qui leur accorda la somme de quatre cent mille écus, pour acquitter le traité de Dijon, et trois cent mille autres pour leurs pensions, payables en trois

1. Lettre du 30 août 1659, écrite de Saint-Jean-do-Luz à M. Le Tellier.

8. Guichardin raconte que Jean-Jacques Trivulce, l'un des plus grands capitaines de son siècle, disait que ce n'étaient pas des hommes, mais des géants, qui avaient combattu à la bataille de Marignan, et que les dix-huit autres auxquelles il s'était trou\é n'étaient, en comparaison de celle-ci, que des batailles d'enfants. (L\v. XII de son Histoire.)

3. Le Nardi dit que Léon X s'alarma d'autant plus de la victoire de François 1", qu'il appréhenda que le vainqueur ne remit en liberté la ville et l'Étal de Florence, dont le gouvernement était entre les mains des Médicis. ( Liv. VI de son Histoire de Florence.) Le pape et le roi s'entrevirent à Boulogne, vers la fin du mois de décembre, et ce fut dans celte entrevue que la Pragmatique fui abolie.

termes, spécifiés dans l'article VI, avec promesse aux Grisons de leur donner les mêmes appointements qu'ils recevaient de Louis XII son prédécesseur i. Cette paix fut négociée en partie par un gentilhomme milanais, nommé Galeas Visconti, qui étant banni de sa patrie pour quelque offense faite à François 1*% mérita par ce service la permission d'y retourner, et fut depuis honoré de la bienveillance et des bienfaits de ce grand prince 2 .

En 1521, ils firent une action très-généreuse" en faveur du même roi, qui venait de perdre Milan. Car le cardinal Jules de Médicis leur ayant envoyé, au nom du pape Léon X, l'évêque de Veruli , pour essayer de les détacher de l'alliance de la France, et pour les attirer au service du pape, qui voulait, à quelque prix que ce fût , achever de chasser de l'Italie les Français, qu'il regardait comme les anciens amis des Florentins, et par conséquent comme les plus dangereux ennemis des Médicis qui les avaient opprimés : ils ne se contentèrent pas de rejeter les offres du cardinal, mais encore ils firent mettre en prison cet évêque, pour montrer au Pape qu'ils étaient à l'épreuve de ses corruptions *.

En 1531, François I" leur rendit la pareille, lorsque l'ambassadeur de l'empereur le vint solliciter de la part de son maître, de vouloir contribuer à la guerre, que les cinq cantons catholiques faisaient alors à ceux de Berne et de Zurich, au sujet de la religion. Car il répondit résolument à cet ambassadeur, que toute la chrétienté savait l'ancienne alliance qu'il avait avec les Suisses, et qu'après avoir donné à l'empereur deux millions d'or pour sa rançon, il se garderait bien de se mettre en nouvelle dépense, en se mêlant de cette guerre : que les deux parties ayant prié ses ambassadeurs4 résidant à Soleure de les mettre d'accord par une bonne paix, il ne pouvait pas honnêtement se déclarer en faveur des uns contre les autres, et d'arbitre qu'il était devenir partie. Enfin , que si madame sa mère lui avait laissé de l'argent, il voulait le garder pour la défense et la conservation de son

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