‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 107 sur 520 · ACTE I, SCÈNE III lyr · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III lyr

qu'à m'en retourner d'où je viens, assurée que vous suivrez mes pas le plus t6t qu'il vous sera possible ; qu'il est certain que vous brûlez de me rejoindre^ et qu'éloi^é de moi vous souffrez ce que soufifre un corps qui est séparé de son ame ? Voilà comme il faut vous défendre, et non pas être interdit comme vous êtes.

D. JUAN

Je vous avoue, madame, que je n'ai point le talent de dissimuler, et que je porte un cœur sincère. Je ne vous dirai point que je suis toujours dans les mêmes sentiments pour vous, et que je brûle de vous rejoindre, puisqu'enfin il est assuré que je ne suis parti que pour vous fuir, non point par les raisons que vous pouvez vous fi(irurer, mais^ uar un pur motif de conscience , et pour ne croure pas qu'avec vous davantage je puisse vivre sans péché. Il m'est venu des scrupules, madame , et j'ai ouvert les yeux de l'ame sur ce quejefaisois. J'ai faitréHexion que, pour vous épouser, je vous ai dérobée à la clôture d'un couvent, que vous avesi rompu des vœux qui vous engageoient autre part, et que le ciel est fort jaloux dé ces sortes de choses. Le repentir m'a pris, et j'ai craint le, courroux céleste. J'ai cru que notre mariage n'étoit qu'un adultère déguisé, qu'il nous attireroit quelque disgrâce d'en hau(,

17a LE FESTIN DE PIERRE,

et qu'enfin je devpis tâcher de tous oublier et TOUS donner un moyen de retourner à vos pre^ mières chaînes. Voudriee-vous, madame, tous opposer k une si sainte pensée, et que j'allasse, en vous retenant, me mettre le ciel sur les bras; que par...?

DONE ELTIRE.

Ah! scélérat, c*est maintenant que je te con- Bois tout entier; et, poui* mon malheur, je te copnois lorsqu'il n'en est plus temps, et qu'une telle connoissance ne peut plus me servir qu'à me désespérer : mais sache que ton crime ne de^ ibeurera pas impuni , et que le même ciel dont tu te joues me saura venger de ta perfidie.

D. JUAN

Sganarelle , le ciel. ^ ,

SGAMARELLE.

Vraiment oui, nous nous moquons bien de cela, nous autres.

D. JUAN

Madame...

DONE ELVIRE

Il suffit, je n'en veux pa& ouïr davantage, et je m'accuse même d'en avoir trop entendu. Cest une lâcheté que de se faire expliquer trop sa honte; et, sur de tels sujets, un noble cœur au premier mot doit prendre son parti. M'attends

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