‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 109 sur 520 · CHARLOTTE, PIERROT · texte numérisé non relu

CHARLOTTE, PIERROT

CHARLOTTE

Notre dinse ! Piarrot, tu t'es trouvé là bian à point !

PIERAOT.

Parguienne ! il ne s'en est pas fallu l'époissâur d'une éplingue qu'ils ne se sayant oayés tous deux.

CHARLOTTE

Cest donc le coup de yent d'à matin qui les aToit renvarsés dans la mar ?

PIERROT

Aga, quien, Charlotte, je m'en vas te conter tout fin drait comme cela est venu : car, comme dit l'autre, je les ai le premier avisés, avisés le premier je les ai. Enfin donc, j'étions sur le bord de la mar, moi et le gros Lucas, et je nous amusions à batifoler avec des mottes de tarre que je nous jesquions à la tête ; car, comme tu sais bian,

le gros Lucas aime à batifoler, et moi, par fouas, je batifole itou. En batifolant donc, pisque batifoler y a , yak aparçu de tout loin queuqne chose qui ^rrouilloit dans gliau , et qui venoît comme envars nous par secousse. Je voyois cela fixibiement ; pis tout d*un coup je voyois que je ne voyais plusrian. Hé! Lucas, c'ai-je fait, je pense que vlà deux hommes qui nageant là-ibas. Voire, ce m*a^t-il fait, t'as été au trépassement d'un chat, t'as la vue trouble. Par sanguienne 1 c'ai-je fait, je n'ai point la vue trouble, ce sont des hommes. Point du tout, ce m'a-t-il fait; t'as la barlue. Veux-tu gager, c'ai-je fait, que je n'ai point la baiiue, c'ai«je fait, et que ce sont deux hommes, c'ai-je fait, qui nageant droit ici, c'ai-je fait? Morguienne ! ce m'a-t-il fait, je gage que non. Oh çà, c'ai-je fait, veux-tu gager dix sous que si? Je le veux bian , ce m'a-t-il fait ; et pour te montrer, vlà argent sur jeu, ce m'a-t-il fait. Moi, je n'ai point été ni fou ni étourdi, j'ai bravement bouté à tarre quatre pièces tapées , et cinq sous en doubles, jemiguienne! aussi hardiment que si j'avois avalé un varre de vin ; car je sis hasardeux, moi, et je vas à la débandade. Je savois bian ce que je faisois pourtant. Queuquegniais... Enfin donc je n'avons pas putôt eu gagé , que j'avons vu les deux hommes tout à plein qui nous

faisiant signe de les aller quérir ; et moi de tirer auparavant les enjeux. Allons , Lucas, c ai-jc dit, tii vois bian qu'ils nous appelont ; allons vite à ieu secours. Non, ce m*a-t-il dit, ils m'ont fait pardre. Oh donc, tanquia qu'à la parfin, pour le faire court, je l'ai tant sarmonné, que je nous sommes boutés dans une barque ; et pis j'avons tant fait cahin caha, que je les avons tirés de gliau ; et pis je les avons menés cheux nous auprès du feu ; et pis ils se sant dépouillés tout nus pour se sécher; et pis il y en est venu encore deux de la même bande qui s'équiant sauvés tout seuls; et pis Mathurine est anivée là, à qui l'en a fait les doux yeux. Vlà justement, Charlotte, comme tout ça s'est fait.

CHARLOTTE

Ne m'as-tu pas dit, Piarrot, qu'il y en" a un qu'est bian pu mieux fait que les autres?

PIERROT

Oui , c'est le maître. Il faut que ce soit queuque gros gros monsieu , car il a du d'or à son habit tout depis le haut jusqu'en bas, et ceux qui le servont sont des monsieux eux-mêmes; et slapandant, tout gros monsieu qu'il est, il seroit, parmafiqué, nayé si je n'aviomme été là.

CHARLOTTE

Ardez un peu !

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