ACTE II, SCÈNE II. iB
je n*ai jamais vu une si charmante personne.
Monsien, cela vous plaît à dire, et je ne sais pas si c'est pour vous railler de moi.
D. JUAN
Moi, me railler de vous? Dieu m'en garde l Je vous aime trop pour cela, et c'est du fond da cœur que je vous parle.
CHARLOTTE
Je vous sis bian obligée, si ça est.
D. lUàN.
Point du tout , vous ne m'êtes point obligée de tout ce que je dis : et ce n'est qu'à votre beauté que vous en êtes redevable.
CHARLOTTE
Monsieu, tout ça est trop bian dit pour moi, et je n'ai pas d'esprit pour vous répondre.
D. JUAN
Sganarelle , regarde un peu ses mains.
CHARLOTTE
Fi, monsieu! elles sont noires comme je ne sais quoi.
^ D. JUAN
Ah ! que dites-vous là , elles sont les plus belles
du monde : souffre* que je les baise, je vous
prie.
i86, LE FESTIN DE PIEftRE.
Monsieu, c'est trop d'honneur que vous me faites; et, si j'avois su ça tantôt, je n'aurois pas manqué de les laver avec du son.
D. JUAN
Hé! dites-moi un peu, belle Charlotte, vous n'êtes pas mariée, sans doute ? •
CHARLOTTE
Non , monsieu ; mais je dois bientôt l'être avec Piarrot , le fils de la voisin^ Simonette.
D. JUAIV.
Quoi! une personne comme vous seroit la femme d'un simple paysan! Non, non: c'est pro-* faner tant de beautés , et vous n'êtes pas née pour demeurer dans un villa(];e. Vous méritez, sans doute, une meilleure fortune; et le ciel, qui le connoît bien , m'a conduit ici tout exprès pour empêcher ce mariage, et rendre justice à vos charmes: car enfin, belle Charlotte, je vous aime de tout mon cœur ; et il ne tiendra qu'à vous que je vous arrache de ce misérable lieu, et que je vous mette dans l'état où vous méritez d'être. Cet amour est bien prompt, sans doute: mais quoi! c'est un effet, Charlotte, de votre {];rande beauté; et Ton vous aime autant en un quart d'heure qu'on feroit une autre en six mois.