‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 116 sur 520 · ACTE II, SCÈNE It · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE It

CHARLOTTE

Aussi , vrai , monsieu , j e ne sais comment faire quand vous parlez. Ce que vous dites me fait aise , et j'aurois toutes les envies du monde de vous croire ; mais on m*a toujours dit qu'il ne faut jamais croire les monsieux, et que vous autres courtisans êtes des enjôleux qui ne songez qu àabuser les filles.

n. JUAN.

Je ne suis pas de ces (j^ens-là.

SGANARELLE, à part*

Il n*a garde.

CHARLOTTE

Voyez-vous, monsieu, il n y a pas plaisir à se laisser abuser. Je suis une pauvre paysanne ; mais j'ai rhonneur en recommandation, et j'aimerois mieux me voir morte que de me voir déshonorée.

D. juaiî.

Moi , j'aurois Famé assez méchante pour abuser une personne comme vous ! Je serois assez lâche pour vous déshonorer ! Non , non ; j'ai trop, de conscience pour cela. Je vous aime, Charlotte, en tout bien et en tout honneur ; et, pour vous montrer que je vous dis vrai, sachez que je nai point d'autre dessein que de vous épouser. En voulez-vous un plus grand témoignage ? M'y voilà prêt, quand vous voudrez; et je prends à témoin.

i88 LE FESTIN DE PIERfiE.

rhomme quevoilàde la parole qiie je vous donne.

SGAVARELLE.

Non, non, ue craignez point; il se mariera arec vous tant que vous^roudrez.

D. JUAN

Ab,! Charlotte, je vois bien que vous ne me connoissez pas encore. Vous me faites grand tort déjuger de moi par les autres ; et 8*il y a des fourbes dans le monde, des gens qui ne cherchent qu*à abuser des filles, vous devez me tirer du nombre, et ne pas mettre en doute la sincérité de ma foi : et puis, votre beauté vous assure de tout. Quand on est faite comme vous ,' on doit être à couvert de toutes ces sortes de craintes : vous n*avez point Tair, croyez>moi, d*nne personne qu on abuse ; et pour moi , je Tavoue , je me percerois le cœur de mille coups , si j'avois eu la moindre pensée de vous trahir.

CHARLOTTE

Mon guieul je ne sais si vous dites vrai, ou non; mais vous faites que Ton vous croit.

D. JUAN

Lorsque vous me croirez, vous me rendrez justice assurément; et je vous réitère encore la promesse que je vous ai ^ite. Ne Tacceptez-vous pat» ? et ne voulez-vous pas consentir à être ma femme ?

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