‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 208 sur 520 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

A Dorillas , qu'il est trop importun , Et qu'il n'est à la cour oreille qu'il ne lasse A conter sa bravoure et Téclat de sa race?

ALGESTE.

Fort bien.

PHILINTE

Vous vous moquez.

ALCESTE

Je ne me moque point ; Et je vais n'épargner personne sur ce point : f Mes yeux sont trop blessés ; et la cour et la ville j Ne m'offrent rien qu'objets à m'échauffer la bile. ^ J'entre en une humeur noire, en un chagrin profond, '•^ Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font. I Je ne trouve par-tout que lâche flatterie, > Qu'injustice, intérêt, trahison, fourberie : I Je n'y puis plus tenir, j'enraj^e; et mon dessein ^ Est de rompre en visière à tout le genre humain.

PHILINTE

Ce chagrin philosophe est un peu trop sauvage.

(Je ris des noirs accès où je vous envisage. Et crois voir en nous deux, sous méknes soins nourris, Ces deux frères que peint l'École des Maris ; Dont...

ALGESTE.

Mon dieu ! laissons là vos comparaisons fades.

PHILINTE

Non : tout de bon, quittez toutes ces incartades ; I Le monde par vos soins ne se changera pas.

33o L£ MISANTHROPE.

Et puisque la franchiae a pour vous tant d'appas , | Je vous dirai tout franc que cette maladie ^

Par-tout où vous allez donne la comédie ; r |

Et qu'un si grand courroux contre les moeurs du temps > Vous tourne^n ridicule auprès de bien des gens.

ALCESTE

Tant mieux, morbleu ! tant mieux*; c'est ce que je demande: Ce m'est un fort bon signe , et ma joie en est grande. \ Tous les hommes me sont à tel point odieux, |

Que je serois fâché d'être sage à leurs yeux. |

PHILINTE. i

Vous voulez un grand mal à la nature humaine !

ALCESTE. V

Oui , j'ai conçu pour elle une effroyable haine. ^

PHILINTE. . J

Tous les pauvres mortels, sans nulle exception ,

Seront enveloppés dans cette aversion ?

Encore en est-il bien dans le siècle où nous sommes...

ALCESTE

Non : elle est générale , et je hais tous les hommes ; ! Les uns, parcequ'ils sont méchants et malfaisants ; Et les autres, pour être aux méchants complaisants, } Et n'avoir pas pour eux' ces hai«es vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses. De cette convplaisance on voit l'injuste excès Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès. Au travers de son masque on vo^t à plein le traître ; Par-tout il est connu pour tout ce qu'il peut être ; ^

Et ses roulements d'yeux et son ton radouci ;

N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici. a

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