‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 209 sur 520 · ACTE I, SCÈNE I. 33i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. 33i

i On sait que ce pied-plat, dig;ne qu'on le confonde, Par de sales emplois s'est poussé dans le monde, Et que par eux son sort , de splendeur revêtu, |

Fait gronder le mérite et rougir la vertu. 1

Quelques titres honteux qu'en tous lieux on lui donne , Son misérable honneur ne voit pour lui personne : . Nommez-le fourbe, infâme, et scélérat maudit, , {

/ Tout le monde en convicjnt , et nul n'y coiitredit. Cependant sa grimace est par-tout bien venue , On l'accueille, on lui rit, par- tout il s'insinue^ Et s'il est par la brigue un rang à disputer, Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter.

/ Tétebleu! ce me sont de mortelles blessures AT De voir qu'avec le vice on garde des mesures;

f Et parfois il me prend des mouvements soudains

^ De fuir dans un désert l'approche des humains.

PHILINTE

Mon dieu ! des mœurs du temps mettons-nous moins en peine ,

Et faisons un peu grâce à la nature humaine ;

Ne l'examinons point dans la grande rigueur.

Et voyons ses défauts avec quelque douceur.

Il faut parmi le monde une vertu traitable; ]

A force de sagesse on peut être blâmable :

La parfaite raison fuit toute extrémité, f Et veut que l'on soit sage avec sobriété. ' Cette grande roideur des vertus des vieux âges

Heurte trop notre siècle et les communs usages ; \ Elle veut aux mortels trop de perfection : I II faut fléchir au temps sans obstination ; ^ Et c'est une folie, à nulle autre seconde,

ifi

33i LE MISANTHROPE.

I Dé vouloir se mêler de corrigrer le monde.

J'observe, comme vous, cent choses tous les jours

Qui pourroient mieux aller, prenant un autre cours ;

Mais, quoi qu'à chaque pas je puisse voir paroitre, .

En courroux , comme vous , on ne me voit point être : j \ Je prends tout doucement les hommes comme ils sont, " J'accoutume mon ame à souffrir ce qu'ils font; ^ Et je crois ^u'à la cour, de même qu à la ville , I Mon flegme est philosophe autant que voti'e bile.

Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien, Ce flegme pourra -t-il ne s'échauffer de rien ? Et s'il faut par hasard qu'un ami vous trahisse, Que pour avoir vos biens on dresse un artifice. Ou qu'on tâche à semer de méchants bruits de vous, Verrez-vous tout cela sans vous mettre en courroux ?

PHILINTE

Oui : je vois ces défauts, dont votre ame murmure , Comme vices unis à l'humaine nature ; Et mon esprit enfin n'est pas plus offensé De voir un homme fourbe, injuste , intéressé, Que de voir des vautours affamés de carnage. Des singes malfaisants, et des loups pleins de rage.

ALCESTE

Je me verrai trahir, mettre en pièces, voler.

Sans que je sois... Morbleu ! je ne veux point parler,

Tant ce raisonnement est pleip d'impertinence !

PIIIL^NTE.

Ma foi, vous fçriez bien de garder le silence. Contre votre partie éclatez un peu moinsy

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