ACTE I, SCÈNE H. 34i
Vos soins ne m'en peuvent distraire :
J Belle Phi lis, on désespère ^ Alors qu'on espère toujours.
PHILINTE
La chute en est jolie, amoureuse , admirable. |
ALCESTE^ bas ^ à part. \
La peste de ta chute ! empoisonneur, au diable ! \
En eusses-tu fait une à te casser le nez !
PHILINTE
Je n'ai jamais oui de vers si bien tournés.
AUGtSAxs-f4i(iSjàpart. j
Morbleu ! \
ORONTE, àPAi&Vife. i
yous me flattez, et vous croyez peut-être...
PHILINTE
Non , je ne flatte point. à
ALCESTE^ bas , à part. ^'
Hé ! que fais- tu donc , traître ?
o R O NT E , à Alcésie. I
Mais, pour vous, vous savez quel est notre i^aité : Parlez-moi , je vous prie, avec sincérité. 1"
ALCESTE
(Monsieur, cette matière est toujours délicate. Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte. Mais un jour à quelqu'un , dont je tairai le nom , i Je disois, en voyant des vers de sa façon, ^
Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours (j^rand empire Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire ; Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements i Çu'on a de faire éclat de tels amusements ; ^
Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,
Ou s'expose à iouer de mauvais personnages.
ORONTE
Est-ce que vous voulez me déclarer par là Que j*ai tort de vouloir...
ALCESTE
Je ne dis pas cela.
Mais je lui disois, moi , qu un froid écrit assomme ; Qu il ne faut que ce foible à décrier un homme ; Et , qu'eût-on d'autre part cent belles qualités,' On regarde les gens par leurs méchants côtés.
ORONTE
Est-ce qu'à mon sonnet vous trouvez à redire ?
ALCESTE. '
Je ne dis pas cela. Mais, pour ne point écrire.
Je lui mettois aux yeux comme dans notre temps j
Cette soif a gâté de fort honnêtes gens.
ORONTE
Est-ce que j'écris mal ? et leur ressemblerois-je ?
ALCESTE
Je ne dis pas cela. Mais enfin , lui disois-je,
Qyel besoin si pressant avez-vous de rimer?
Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer ?
8i l'on peut pardonner l'essor d'un mauvais livre ,
Ce n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre.
Croyez-moi, résistez à vos tentations ;
Dérobez au public ces occupations.
Et n'allez point quitter, de quoi que l'on vous somme,
Le nom que, dans la cour, vous avez d'honnête homme,
Pour prendre de la main d'un avide imprimeur