ACTE I, SCÈNE IL
f Celui de ridicule et misérable auteur.
C'est ce que je tâchai de lui faire comprendre.
ORONTE
Voilà qui va fort bien , et je crois vous entendre. Mais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet...
ALCESTE
y{/ Franchement, il est bon à mettre au cabinet. %
Vous vous êtes réglé sur de méchants modèles , Et vos expressions ne sont point naturelles.
Qu est-ce tjue nous berce uu temps notre ennui ? ^ ^^ Et que, rien ne marché après lui ? 'V
Que^ ne vous pas mettre en dépense, Pour ne me donner que Tespoir ? ' Et que y Philis , on désespère Alors qu'on espère toujours?
Ce style figuré dont on fait vanité *
Sort du bon caractère et de la vérité : ,
Ce n'est que jeu de mots , qu'affectation pure , Et ce n'est point ainsi que parle la nature. Le méchant goût du siècle en cela me fait peur : Nos pères , tout grossiers , l'avoient beaucoup meilleur ; Et je prise bien moins tout ce que l'on admire, Qu'une vieille chanson que je m'en vais vous dire : Si le roi m'a voit donné Paris sa grand' ville, Et qu'il me fallût quitter
L'amour de ma mie, Je dirois au roi Henri :.
Reprenez votre Paris ;
344 Lfi MISANTHROPE.
J'aime mieux ma mie, oh gai !
J'aime mieux ma mie. \
La rime n'est pas riche , et le style en est vieux : \
Mais ne voyez-vous pas que cela vaut bien mieux j Que ces colifichets dont le bon sens murmure; Et que la passion parle là toute pure ?
Si le roi m'avoit donné f
Paris sa grand' ville, ■ i
Et qu'il me fallût quitter
L'amour de ma mie, Je dirois au roi Henri :
Reprenez votre Paris ; ».
J'aime mieux ma mie , oh gai ! ^^
J'aime mieux ma mie.
f Voilà ce que peut dire un cœur vraiment épris. ( à Philinte qui rit. ) Oui , monsieur le rieur, malgré vos beaux esprits, ' t J'estime plus cela que la pompe fleurie »
De tous ces faux brillants où chacun se récrie.
ORONTE
\ Et moi ; je* vous soutiens que mes vers sont fort bons.
ALCESTE
Pour les trouver ainsi , vous avez vos raisons > I Mais vous trouverez bon que j'en puisse avoir d'autres * Qui se dispenseront de se soumettre aux vôtres.
ORONTE
Il me suffit de voir que d'autres en font cas.
1 C'est qu'ils ont l'ait de feindre ; et moi, je ne lai pas,
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