‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 236 sur 520 · ACTE. III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE. III, SCÈNE V

CELIlkÈNE.

Et moi , je n« sais pas , madame , aussi pourquoi

On vous voit en tous lieux vous déchaîner sur moi.

Faut-il de vos chagfrins sans cesse à moi vous prendre ?

Et puis-je mais des soins qu'on ne va pas vous rendre?

Si ma personne aux gens inspire de l'amour,

Et si Ton continue à m'offrir chaque jour

Des vœux que votre coeur peut souhaiter qu'on m*6te,

Je n'y saurois que faire , et ce n'est pas ma faute ;

Vous avez le champ libre, et je n'empêche pas

Que , pour les attirer, vous n'ayez des appas.

AKSINOÉ.

Hélas ! et croyez-vous que Ton se mette en peine De ce nombre d'amants dont vous faites la vaine. Et qu'il ne nous soit pas fort aisé de juger A quel prix aujourd'hui l'on peut les engager ? Pensez-vous faire croire , à voir comme tout roule , Que votre seul mérite attire cette foule, ,

Qu'ils ne brûlent pour vous que d'un honnête arooui-, • Et que pour vos vertus ils vous font tous la cour ? On ne s'avetfgle point par de vaines défaites ; ^

Le monde n'est point dupe ; et j'en vois qui sont faites < A pouvoir inspirer de tendres sentiments. Qui chez elles pourtant ne fixent point d'amants : Et de là nous pouvons tirer des conséquences, Qu'on n'acquiert point leurs coeurs sans de grandes ava liées; Qu'aucun , pour nos beaux yeux , n'est notre soupirant. Et qu'il faut acheter tous les soins qu'on nous rend, l Ne vous enHez donc point d'une si grande gloire Four les petits brillants d'une foible victoire,

Et corrigez un peu Vorgueil de vos appas De traiter pour cela les gens du haut en bas. Si nos yeox eovioient les conquêtes des vôtres , Je pense qu'on pourroit faire comme les autres , Ne se point ménager, et vous faire bien voir Que Ton a des amants quand on en veut avoir :

CÉLIMÉNE.

Ayez-en donc, madame, et voyons cette affaire : Par ce rare secret efforcez-vous de plaire ; Et sans...

ARSINOé. ,

Brisons , madame , un pareil entretien , Il pousseroit trop loin votre esprit et le mien ; Etj'auroispris déjà le congé qu'il faut prendre. Si mon carrosse encor ne m'obligeoit d'attendre.

CÉLIMÉNE.

Autant qu'il vous plaira vous pouvez arrêter, Madame, et là-dessus rien ne doit vous hâter. {

Mais , sans vous fatiguer de ma cérémonie , Je m'en vais vous donner meilleure compagnie ; Et monsieur, qu'à propos le hasard fait Veuir, i

Remplira mieux ma place à vous entretenir. |

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