‹ Répertoire du théâtre français (volume 3)Chapitre 383 sur 520 · COMÉDIE EN CINQ ACTES · texte numérisé non relu

COMÉDIE EN CINQ ACTES

Les trois premiers actes représentés à Versailles le

12 mai i664< La pièce entière fut jouée à Rioci le 29 novembre

1G64, puis le 9 novembre i665.

La première représentation à Paris fut donnée le 5 août 1667. La pièce fat défendue le lendemain : elle reparut à Paris le 5 février 1669.

PHÊFA-CË.

Voici utic'ccAnédie dont on a faitibeâilicoixp de brait, qvà a été iong^temps persécotée; ^ les gcfns cfu'^He jiolie ont tnen fait voir '^'ilï étoient |>tti8 {(tiissanis en Frimce que tcw» oeux que j'ai joués jusqtiHci. Les marquis, les précieuses , Jes fioGus , et les médecins^ om sdaffeit doucenem qu on les afk 'représentés ; et ils ont 6ait semblant de se <divertir, avec <dut letmend'e, des pcnnturesque l'on a fidies d'eux : maôs les by pocnieB n «itt point esftdfvdtt rsrtllerie^ ils se «sont effa»» rouelles d'ïibord , et ont trouvé étrange iqne j'^eusse la liiai>dieseie'de jouer leurs (^«nao^, et de «vïitfldir dé^er un méùec émit «aift d^koin nêtes-gens -se iinélent.*G'c^t nin orime qu'lils ne stnifôient me pardonner ; et ils se 9ont tous armés contre ma comédie: avec mne^fureurépotivantable. ils n'otit «eu garde ^de Tattaquer par le cè«é 'qoi lies a idessés ; ils sont trop politiques pdar<;0la, et savent trcp bien 'vivveipotR'^âéco&vnrite fond de lefh'<anie. Suivant leur loua- Me 'Cotftitine, ils >eint couvert leurs intérêts de

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la cause de Dieu; et le Tartufe^ dans leur bouche, est une pièce qui offense la piété ; elle est, d*un bout à Fautre, pleine d*abominations , et Ion n*y trouve rien qui ne mérite le feu : toutes les syllabes en sont impies ; les gestes même y sont mminels; et le moindre coup d*œil, le moindre branlement de tête, le moindre pas à droite ou à gauche, y cachent ào» mystères qu'ils trouvent moyen d'expliquer à mon désavantage. J'ai eu beau la soumettre aux lumières de mes amis , et à la censure de tout le monde ; les corrections que j'ai pu faire; le jugement du rgi et de la reine, qui l'ont vue; l'approbation des grands princes et de messieurs les ministres, qui l'ont honorée publiquement de leur présence; le témoignage des gens de bien, qui l'ont trouvée profitable^ tout cela n'a de rien servi : ils n'en veulent point démordre ; et tous les jours encore ils font crier en public de zélés mdiscrets y qui me disent des injures pieusement, et me damnent par charité. Je me soucierois fort peu de tout ce qu'ils peuvent dire, n'étoit l'artifice qu'ils ont de me faire des ennemis que je respecte, et de jeter

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dans leur parti de véritables gens de bien , dont ils préviennent la bonne foi, et qui , par. la chaleur qu'ils ont pour les intérêts du ciel, sont faciles à recevoir les impressions qu on veut leur donner. Voilà ce qui m'oblige à me défendre. C'est aux vrais dévots que je veux partout me justifier sur la conduite de ma comédie; et je les conjure, de tout mon cœur, de ne point condamner les choses avant que de les voir, de se défaire de toute prévention, et de ne point servir la passion de ceux dont les giimaces les déshonorent.

Si Ton prend la peine d'examiner de bonne foi ma comédie, on verra sans doute que mes intentions y sont par-tout innocentes, et qu elle ne tend nullement à jouer les choses que l'on doit révérer; que je l'ai traitée avec toutes les précautions que demandoit la délicatesse de la matière; et que j*ai mis tout l'art et tous les soins qu'il m'a été possible pour bien distinguer le personnage de l'hypocrite d'avec celui du vrai dévot. J'ai employé pour cela deux actes entiel^ à préparer la venue de mon scélérat. Il ne tient pas un seu^ moment l'auditeur en balance ; 4. iG

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on le coimott «d^abord aux mafrques que je lui . donner et d'un bout à Fdutre il ne 'dit pas tm mot , il ne fait pas une action , qui ne peigne aux spectateurs le caractère dim méchant bomme, et ne fasse éclater celui du véritable homme de bien que je lui oppose.

Je sais bien que , pourréponse , ces messieurs tâchent dlnsinuer que ce n é^t point au théâtre à parler de ces matières : mais je leur demande, «vecleur peirti^ission , sur quoi ils fondent <^tt€ belle maxime. C*e^t ime proposition qu ils ne font que supposer, et qu ils n'e prouvent en aucune façon : et sans iente il ne seroit |>as difficile de leur fatire voir que la comédie, ^Shez les ^mciens, 'a pris son origine de la religion , et faisoit partie de leurs mystères ; que les Espagnols nos voisins ne ^célèbrent guère de fête où la comédie ne soit mêlée, et que même parmi nous elle doit sa -naissance aux soins d'une confrérie à* qui appartient encore aujour^ â*hui rh6tél de Bourgogne;; que cedt un lien qui fut donné pour f ^représeuter les plus importants mystères de notre foi; qu*on en voit encore des comédies imprimécsen l^resfjotbi-

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(yifis , sous Le noat d'un docteur de Sorbonne ; et,,»aDS aller chercher si loiu^que Tod a joué, do notre teo^s, des pièces saintes de M. Corneille, €ffù ont été ladwiration de toute la France.

Si remploi de. la comédie est de corriger les vices, des hommes.,, j[e ne vois pas pai- quelle raison.il y- en aura de privilégiés. Celui-ci est, dans Tétat^ d'une conséquence bûsn plus dangereuse que tous les autres 9 et nous avons, vu ^ue le théâtre a une g^^ande vertu pour la correction. Les plus beawL traits d'une sérieuse morale sont moins puissants , le plus souvent, que ceux de la satire; et rien ne reprend mieui^ la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts.. C'est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhension^s^mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien* être méchant, mais on. ne veut point être rtdicuie.

On me reproche d'avoir mis des termes, de piété dans la bouche de mon imposteur. Eél pouvoifr-j^ men empêcher pour bien représen-

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ter le caractère d*iin hypocrite? Il suffit , ce me semble, qae je fasse coonottre les motifs crinù* Dcb qai lui font dire les choses, et qae j'eo aie retranché les termes consacrés , dont on anroit eu peine à lui enteiMlre faire un mauvais usage. — Mais il dâ>ite au quatrième acte nne morale pernicieuse. — Mais cette morale est-^e quelque chose dont tout le monde n eût les oreilles rebattues? dit-elle rien de nouveau dans ma comédie? et peut-on craindre que des choses si généralement détestées fassent quelque impression dans les esprits ; que je les rende dangereuses en les faisant monter sur le théâtre ; qu^elles reçoivent quelque autorité de la bouche d*un scélérat? Il n*y a nulle apparence à cela ; et Ton doit approuver la comédie dû Tartufe^ ou condamner généralement toutes les comédies.

C'est à quoi Ton s'attache furieusement depuis un temps-; et jamais on ne s'étoit si fort déchaîné contre le théâtre. Je ne puis pas nier qu'il n'y ait eu des pères de l'Église qui ont condamné la comédie; mais on ne peut pas me nier aussi qu'il n'y en ait eu quelques uns qui

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l'ont trakée un pau pJus doucement. Ainsi Ifautorké dont on prétend appuyer la censure est détruite par ce partage : et toiiste la eonsé^ ^eneequ oft peut tirer de cette diversité d*opir nipnfi endes esprits éclairés des mêmes lumières, e*est qu'ils ont pris, la comédie difFéremmant, et que le»una l'ont considérée dan& sa pureté, laisqjHie' l€)9> autres Toi^ i^egardée dans sa. cor* rufHâony «t ceafondoe avec tous, ces yilaina speeÊacles quo» a eu raison de- iwmmer des spMStaelQar dir turpitude:

Est effet, p«ûsq« ont dioit diseourir des choses et noui pas des motSv, et que la plupart des conr Iranétês yiennewk de ne se pa» entendre, et dmv^pper dsms. un; snéme mot de» choses c^fqpoaées, il ne êmH quêter le vcnle de Téqui^ voque^ et regarder ce qu est la comédie en soi , puNnr voijr si eUe est. coméusinable. ON» conaoîtia , sans douls , que , n'étant aittre chose qu'un poëme ingénieux ,. qui> par disB leçons: agréer hleSysepnnd les défauts des hommes, e» ne saMrott.lia; censurer sans injustice. Et si ncius voidons ouir la-de^ns le témoif^iiage de l'antiquité, ^le nousr éira que ses plus eéléhres phi^

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Josopbes oDt donné des louanges à W comédk*, eux qui Êûsoient profession dTone sagesse si aostère, et qui crioient sans cesse après les vices de leur siècle. Elle noas fera voir qa*AristoCe a consacré des veilles au théâtre , et s*est donné le soin de réduire en |Méoeptes Fart de faire des comédies. Elle nous apprendra que de ses plus grands hommes, et des premiers en dignité, ont fait gloire d*en composer eux-mêmes ; qu'il y en a eu d'autres qui n ont pas dédaigné de réciter en public celles qu'ils avoient composées; que la Grèce a feit pour cet art éclater son estime, par le prix glorieux et par les superbes théâtres dont elle a voulu llionorer; et que dans Rome enfin ce même art a reçu aussi des honneurs extraordinaires; je ne dis pas dans Rome débauchée, et sous la licence des empereurs, mais dans Rome disciplinée, sons la sagesse de8«consub, et dans le temps de la vigueur de la vertu romaine.

J avoue qu'il y a eu des temps où la comédie 8 est corrompue. Et qu est-ce que dans le monde on ne corrompt point tous les jours? Il n y a chose si innocente où les hommes ne puissent

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