ORGON, DAMIS, TARTUFE
Ce que je viens d'entendre, ô ciel ! est-il croyable?
TARTtTFB.
Oui, mon frère, je suis un méchant, un coupable,
Un malheureux pécheur, tout plein d'iniquité,
Le plus grand scélérat qui jamais ait été.
Chaque instant de ma vie est chargé de souillures ;
Eile n^est qu'un amas de crimes et d'ordures;
Et je vois que ie ciel , pour ma punition ,
Me veut mortifier en cette occasion. -
De quelque grand forfait qu'on mie puisse reprendre,
Je n'ai garde d'avoir f orgueil de m'en défendre.
s6o LE TARTUFE.
Croyez ce qu*on voas'dit, armez votre courroux « • Et comme un Griroinel» chassez-moi de chez vous; Je ne saurois avoir tant de honte en partage, Qae je n^en aie encor mérité davantage.
ORGON, à son fis.
Ah, traître! oses-tu bien , par cette fausseté, Vouloi^ de sa vertu ternir la pureté?
DAMIS
Quoi! la feinte douceur de cette ame hypocrite Vous fera démentir...
ORGON
Tais-toi, peste maudite.
Ah! laissez-le parler; vous l'accusez à tort,
Et vous ferez bien mieux de croire à son rapport
Pourquoi sur un tel fait m*étre si favorable?
Savez-vous , après tout, de quoi je suis cajiable?
Vous fiez-vous, mon frère, à mon extérieur?
Et, pour tout ce qu'on voit, me croyez- vous meilleur?
Non , non : vous vous laissez tromper à Tapparence;
Et je ne suis rien moins, hélas! que ce qu'on pense.
Tout le monde me prend pour un homme de bien;
Mais la vérité pure est que je ne vaux rien.
{^adressant à Dtunis.) Oui, mon cher fils, parlez; traitez-moi de perfide. D'infâme, de perdu, de voleur, d'homicide; Accablez-moi de noms encor plus détestés : Je n'y contredis point, je les ai mérités; Et j'en veux à genoux souffrir l'ignominie, Comme une honte due aux crimes de ma vie.